Budget Montréal 2026: des zones d’ombre qui inquiètent le secteur culturel

Malgré le maintien des 5,5 millions $ alloués à la vie nocturne par la Ville de Montréal, des inquiétudes persistent quant au soutien offert aux salles de spectacle du Plateau.

La façade du bar-spectacle, le Quai des brumes.
«Éventuellement, que ce soit dans deux ans, cinq ans ou huit ans, le marché va rendre l'occupation d'une salle assez difficile», avise Jon Weisz.
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Le budget 2026 de Montréal ne fait aucune mention de mesures de soutien et d'encadrement de la vie nocturne montréalaise, un enjeu qui touche particulièrement Le Plateau-Mont-Royal et ses petites salles de spectacles.

«Pendant la campagne [électorale], la mairesse [de Montréal, Soraya Martinez Ferrada,] promettait de défendre la vie nocturne», a souligné la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Cathy Wong, sur Facebook. «Ce silence n’est pas anodin : il fragilise un écosystème déjà précaire».

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5,5 millions $ pour soutenir et insonoriser les espaces culturels

Or, l’équipe de relations médias de la Ville de Montréal a confirmé à Mon Plateau que la distribution de 5,5 millions $ sur trois ans, voués à cet effet, était toujours prévue.

Cette somme est rattachée à la Politique de la vie nocturne montréalaise, dévoilée en 2024 par l’administration de Valérie Plante et Projet Montréal – le parti de Mme Wong. L'objectif est de dynamiser la vie culturelle montréalaise tout en s’assurant d’une bonne cohabitation avec le voisinage des salles de spectacle et autres pôles culturels.

Les 2,5 millions $ prévus pour aider les salles de spectacles indépendantes de moins de 3000 places à minimiser les nuisances sonores demeurent donc disponibles.

Il en va de même pour le 3 millions $ à distribuer de 2025 à 2027, qui serviront notamment à soutenir des lieux désignés comme «pôles de vitalité nocturne», et à «favoriser une vie nocturne dynamique et sécuritaire».

Un manque de dispositifs pour traiter les plaintes liées au bruit

Les Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ), qui représentent les salles de spectacles indépendantes du Plateau et d’ailleurs au Québec, qualifient le maintien de ces mesures de «bonne nouvelle».

Cependant, le directeur général de l’organisme, Jon Weisz, se montre déçu de ne pas trouver d’échos à certains engagements qu’Ensemble Montréal avait pris pendant la campagne électorale municipale. 

Il aurait aimé que le budget 2026 mentionne l’unité spécialisée qui devait remplacer le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dans le traitement de plaintes pour bruit.

«Il n'y a aucun dispositif pour diagnostiquer et s’attaquer à un problème. Le seul dispositif qui existerait serait d'envoyer une amende à la salle, ce qui ne réglera pas utilement le problème.»

Vantant les mérites de la médiation, le directeur général des SMAQ raconte l‘histoire du bar Datcha, de l’avenue Laurier O., qui était l’objet de plaintes pour bruit d’un voisin. 

En amorçant des discussions, les tenanciers du bar ont découvert que, pour tolérer la chaleur estivale, ledit voisin laissait ses fenêtres ouvertes l’été.  

«Le Datcha lui a acheté un climatiseur pour qu’il puisse garder ses fenêtres fermées», raconte Jon Weisz, résumant l’entente qui avait été conclue. 

«Très souvent, il y a des petites affaires niaiseuses comme ça qui peuvent régler les conflits. Mais on n'a aucun service ou aucun dispositif qui oblige les parties à aller vers une médiation.»

De l’aide opérationnelle pour contrer des baisses de revenus

Les SMAQ auraient également souhaité voir l’engagement du parti de Soraya Martinez Ferrada d’offrir un soutien opérationnel aux salles de moins de 1000 places dans le budget 2026.

M. Weisz souligne que ces établissements sont durement touchés par l’inflation et les habitudes changeantes de la population, qui a tendance à moins sortir et consommer.

Mauro Pezzente, responsable de plusieurs salles dans le Mile End, dont la Casa Del Popolo et La Sala Rossa, confirme la situation.

La Casa del Popolo vue du côté opposé du boul. Saint-Laurent.
Mauro Pezzente soutient qu'il devrait exiger 35$ pour une bière s'il ajustait ses prix en fonction de l'augmentation des loyers. – photo: Devin Ashton-Beaucage

En plus de devoir gérer des plaintes pour bruit, M. Pezzente affirme que le prix du loyer de la Casa del Popolo s’est multiplié par dix en 25 ans et que les salaires de ses employés ont doublé au cours des cinq dernières années.

«Je ne peux pas dire “les loyers ont été multipliés par dix, alors le prix de la bière va être multiplié par dix aussi”», illustre-t-il.

Bien que le coût des consommations ait augmenté, il indique que le prix d’une pinte est passé de 3,50$ à 9,50$. «Si c’était multiplié par dix, je devrais charger 35$ par bière, maintenant», souligne-t-il, confirmant du même coût une diminution de 10% à 15% des ventes au bar.

En attende d'une mesure pour protéger les espaces culturels

Finalement, M. Weisz aurait aimé voir la confirmation d’une mesure qui aiderait à protéger la vocation des espaces culturels.

«Ils se sont aussi engagés à financer un de nos projets : une fiducie financière qu'on est en train de monter pour sortir certains bâtiments comprenant des salles de spectacle du marché», indique-t-il au sujet de Mme Martinez Ferrada et Ensemble Montréal.  

En d’autres mots, l’idée serait de racheter et de maintenir les salles afin de pérenniser les lieux de diffusion culturelle. Et bien qu’ils puissent augmenter, les variations de loyers seraient plus stables et prévisibles, soutient le directeur général. 

«C'est pas mal la seule façon de garantir la survie des salles locataires, parce qu'éventuellement, que ce soit dans deux ans, cinq ans ou huit ans, le marché va rendre l'occupation d'une salle assez difficile. Leurs revenus potentiels n'augmentent pas au niveau de l'inflation du loyer.»

Au moment de publication, la Ville de Montréal n’avait pas encore fourni de réponses à Mon Plateau concernant les trois éléments de la plateforme d’Ensemble Montréal auquel M. Weisz fait référence.

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