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Un petit cinéma de quartier prend forme dans l’est du Plateau
Depuis le 29 novembre, Cinéma au Cinoche propose une programmation variée au sein des locaux du dernier club vidéo de Montréal, situé au 2210, avenue du Mont-Royal E.
«La première projection a bien été. C’était plein», note Luc Major, propriétaire du Cinoche, lieu qui héberge le nouveau Cinéma au Cinoche.
C’est le film Be Kind Rewind qui a brisé la glace. On pourrait déduire que ce choix était un genre d’hommage conceptuel puisque celui-ci portait sur «un cinéma communautaire improvisé dans un vidéoclub – projeté dans un vidéoclub communautaire!»
Au moment d'écrire ces lignes, six films avaient été présentés depuis le lancement du projet. La fréquence des projections est toutefois sujette à changement.
500 heures de travail bénévole
L’espace cinéphile est installé à même l’ancien club vidéo. «Nous sommes déjà au milieu d’un torrent de cinéma. C’est donc le contexte parfait pour regarder un film», lance Sam Meech, qui est responsable du projet de salle de visionnement.
Il avait d’ailleurs déjà transformé d’autres espaces en Angleterre de manière similaire, il y a une dizaine d’années, avant son arrivée à Montréal.
Pour ce faire, «il a tout mis les étagères sur roulettes pour qu’on puisse les tasser», raconte M. Major. La douzaine de bénévoles qui a mis la main à la pâte a passé quelque 500 heures pour que le projet puisse voir le jour, selon les estimations de M. Meech.
Il dit avoir pu bénéficier de 20 000$ du Conseil des arts et des lettres du Québec pour lancer le projet. Un permis d’exploitant de salle a été obtenu auprès du ministère de la Culture et des Communications.
Au lieu de complètement fermer boutique, Luc Major a plutôt décidé de changer de modèle d'affaire, passant de la location à la vente de films sur support physique. – photo: Devin Ashton-Beaucage
De la location à la projection de films
«Il y a deux ans, j’avais fait une vente de fermeture», raconte Luc Major. Cette décision marquait la fin des commerces de location de films à Montréal. «Je me suis aperçu qu’il y avait un marché d’acheteurs.»
Même si les étagères du Cinoche sont encore bien garnies, M. Major dit avoir vendu une part importante de sa collection.
«Ça m’a fait mal au cœur, parce que c’est des films que je ne reverrai plus jamais.»
C’est toutefois de cette manière qu’il a fait connaissance avec Sam Meech, il y a quelques années. M. Meech est non seulement un collectionneur lui-même, mais s’intéresse à la culture des clubs vidéo et des supports physiques.
Il avait d’ailleurs déjà occupé le Cinoche et d’autres commerces similaires de la province avec un projet de vidéos d’art, SVP rembobinez, conçu avec Rob Feulner. Il travaille actuellement sur un documentaire portant sur le Cinoche.
«Je suis content que Sam soit dans le portrait. On reste dans le cinéma. Ça ajoute quelque chose de nouveau à la place», souligne Luc Major. – photos: Devin Ashton-Beaucage
Un projet communautaire
Sam Meech souligne l’importance de l’aspect communautaire de Cinéma au Cinoche, qui, en plus d’avoir pu bénéficier des compétences et des efforts d’habitués de l’ancien club vidéo, a tissé des liens avec les commerçants du secteur.
Le matériel nécessaire pour installer des roulettes sous les étagères du club vidéo a été acheté à la succursale de la quincaillerie Rona, qui se trouve à deux coins de rue du Cinoche.
VidéoMédia a fait un don d’équipement et Vidéographe, l’employeur de M. Meech, a offert une location à bon prix du matériel de projection.
M. Meech a acquis l’écran et les enceintes acoustiques, qui proviennent d’un cinéma Guzzo, dans un encan.
L’équipe de bénévoles qui a aidé au montage de la salle a été nourrie avec des mets provenant de la pizzeria La Focaccia et Bánh Mì Còi.
«Elle ne me laisse plus lui donner de pourboire», note Sam Meech en riant au sujet de la propriétaire du Bánh Mì Còi. «Elle m’a dit qu’on est voisins maintenant.»
De son côté, le café Cin Cin a offert des cafés gratuits et a contribué à la distribution de dépliants. Des billets de Cinéma au Cinoche ont été donnés en échange.
«Les commerçants locaux savent qu’ils doivent s’entraider. Si les gens vont de l’un à l’autre, c’est bénéfique pour tout le monde.»
Emmanuel St-Juste parmi les étalages du Cinoche, tenant le boîtier de À la verticale de l'été, un film de Tran Anh Hung qu'il affectionne particulièrement. – photo: Devin Ashton-Beaucage
Un programme qui propose «un peu de tout»
Emmanuel St-Juste, qui a étudié en cinéma et été chroniqueur alors qu’il habitait en Colombie-Britannique, est aussi un collectionneur. C’est en passant au Cinoche pour «trouver des trésors» qu’il a pris connaissance du projet de lieu de visionnement.
Il raconte que l’aspect communautaire, mis de l’avant par Sam Meech, lui avait plu.
«L’idée de communauté dans Le Plateau, c’est quand même assez fort. On peut le voir et le sentir au niveau culturel et de la vie.»
Le cinéphile a donc proposé de devenir collaborateur et a sélectionné une partie des films qui seront diffusés au Cinéma au Cinoche.
«La programmation va comprendre un peu de tout: des découvertes, des redécouvertes, des hommages à des cinéastes ou même au cinéma québécois», explique-t-il.
Il donne en exemple deux projections de films du cinéaste inuit Zacharias Kunuk, soit son plus récent, Le mauvais mari, qui a remporté le prix du Meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto (TIFF), et Atanarjuat, paru en 2000.
«Les gens vont pouvoir voir la distance parcourue par ce cinéaste», indique M. St-Juste.
De son côté, Sam Meech compte notamment projeter des œuvres d’artistes locaux, qui peuvent être plus axées sur l’expérimentation que la trame narrative du cinéma traditionnel.
Bande-annonce de Screen Burn, un événement qui proposait cinq œuvres projetées au Cinéma au Cinoche mercredi.
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