Débat Mercier 2026 : seuls trois partis au rendez-vous

Le Parti communiste du Québec, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire ont expliqué leurs propositions sur les enjeux de l’itinérance, du logement, de l’insécurité alimentaire et de l’environnement.

Adrien Welsh (communiste), Ruba Ghazal (QS) et Thierno Diallo (PLQ) sont assis alors qu'Anaïs Hélie-Martel prend la parole et que Soraya Elbekkali s'apprête à animer.
Adrien Welsh, Ruba Ghazal et Thierno Diallo sont les trois seules figures politiques à avoir répondu à l'appel de la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal pour cet unique débat de la circonscription de Mercier. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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Lundi soir s’est tenu le débat électoral de la circonscription de Mercier, organisé par la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal.

Seuls deux des dix candidats locaux aux élections provinciales étaient présents à l’église Saint-Denis: Ruba Ghazal, députée sortante en poste depuis 2018 et co-porte-parole de Québec solidaire (QS), et Thierno Diallo, du Parti libéral du Québec (PLQ).

La candidate du Parti communiste du Québec (PCQ) pour Mercier, Michelle Paquette, était absente. Toutefois, le parti était représenté par son chef, Adrien Welsh, candidat de la circonscription voisine de Sainte-Marie–Saint-Jacques.

«Certaines personnes avaient déjà des engagements, comme la candidate du Parti québécois (Phoudsady Vanny), certains ont simplement refusé, comme la candidate de la CAQ (Kelly-Anne Gagné), et le Parti conservateur (François Plamondon) ne nous a jamais répondu», a précisé Anaïs Hélie-Martel, coordonnatrice de la Table de quartier, au sujet des absences.

Adrien Welsh, Ruba Ghazal, Thierno Diallo, Anaïs Hélie-Martel et Soraya Elbekkali sur scène, vus depuis le public.
Si certains candidats n'ont pas répondu à l'appel, la plupart des chaises du sous-sol de l'église Saint-Denis avaient trouvé preneur et certains membres du public se sont résignés à assister à l'événement debout. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Le Parti communiste du Québec: «casser le pouvoir des grands monopoles»

Avisant le public que les autres partis politiques allaient «promettre monts et merveilles», M. Welsh a lui-même lancé plusieurs propositions ambitieuses. En effet, le PCQ souhaite nationaliser tous les géants alimentaires, comme Metro et Loblaw, et acquérir 25 000 logements vacants à Montréal pour les transformer en logements sociaux. 

Il a présenté le Parti communiste comme étant celui qui ose lutter «contre les grandes entreprises», voire les «grands monopoles». Il les a accusés de mettre à mal l’environnement, les droits syndicaux, les services publics et les droits démocratiques.

Imputant cette situation à la «complaisance politique», M. Welsh a affirmé que le PCQ chercherait à «casser le pouvoir des grands monopoles» et ne tenterait donc pas de les «amadouer» ou de les encadrer.

Le Parti libéral du Québec: «la gauche pragmatique»

«Je suis certes libéral, mais un libéral de gauche; la gauche pragmatique», a souligné pour sa part Thierno Diallo, disant partager plusieurs constats de ses adversaires sur scène et croire «profondément aux services publics».

«Je ne vous promettrai pas la lune», a-t-il martelé, semblant réagir aux propos de M. Welsh. «Ce qui va nous distinguer ce soir, ce sont les moyens.»

Parlant de mesures «réalistes», M. Diallo s’est engagé à créer «250 logements abordables» dans Mercier au cours d’un mandat de quatre ans. 

Notant son propre engagement dans le secteur communautaire, M. Diallo a rappelé la promesse libérale de rehausser le financement total des organismes communautaires du Québec de 200 millions $ sur quatre ans. Le candidat du PLQ a également souligné que son parti privilégierait un mode de «financement pérenne et stable» à la mission, au lieu qu’il soit accordé par projet.

Thierno Diallo faisant face à Ruba Ghazal, vue de dos.
Le candidat libéral, Thierno Diallo, en discussion avec Ruba Ghazal, de Québec solidaire, quelques minutes avant le début du débat. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Québec Solidaire: conserver les services publics

Comme Thierno Diallo, qui a expliqué être un immigrant souhaitant redonner à sa communauté d'accueil, Ruba Ghazal a évoqué son propre parcours.

«Je suis arrivée au Québec quand j’avais dix ans. Je ne parlais pas un mot de français», a raconté la native du Liban d’origine palestinienne. «Je suis très fière», a-t-elle poursuivi, se montrant reconnaissante de l’apport de l’école publique en matière de langue et de culture dans son parcours. 

Mme Ghazal a enchaîné, soulignant les «valeurs de justice sociale, d’égalité» de sa terre d’accueil, où des choix politiques avaient été faits pour assurer la vitalité des services publics.

«Pour moi, tout ça, c’est précieux. Je m’engage en politique parce que je veux conserver cette richesse qu’on a.»

Notant les engagements phares du cadre financier de QS, la co-porte-parole a rappelé son intention de taxer le patrimoine des «grandes fortunes de 25 millions $». Cette mesure est censée rapporter 5 milliards $ à l’État québécois.

Nicolas Quirion se tient debout devant un micro placé derrière le public assis et lit à partir d'une feuille qu'il tient dans ses maines.
Avant de poser sa question, Nicolas Quirion a affirmé que des personnes en situation d'itinérance disent «vivre des formes de discrimination et de profilage au sein de services publics». En décembre, l'organisme Plein Milieu, dont il est devenu le DG, demandait un meilleur accès aux soins de santé. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Les solutions proposées pour lutter contre l’itinérance

Le hasard aura voulu que Mme Ghazal soit la première à répondre à la première question de la soirée, posée par le directeur général de l’organisme Plein Milieu, Nicolas Quirion. 

«Que comptez-vous faire pour faciliter l'accès aux soins, assurer une réponse préventive et un suivi personnalisé aux personnes en situation d'itinérance?»

QS propose 200 nouveaux points d’accès aux soins de santé

La candidate solidaire a proposé la création de 200 points d’accès aux soins de santé de proximité au cours d’un premier mandat. Leurs équipes multidisciplinaires connaîtraient donc mieux leur terrain et sa population, permettant ainsi «de rapprocher la santé des gens de façon globale et, évidemment, des personnes en situation d’itinérance», a-t-elle soutenu.

Tout comme M. Diallo, Mme Ghazal a dit vouloir financer le secteur communautaire à la mission. Elle a également dit vouloir doubler le financement d’organismes comme Plein Milieu, qui se spécialise dans le soutien aux personnes en situation d’itinérance et de précarité.

Le PCQ veut augmenter les salaires et les pensions de retraite

«Vous savez qu’au Québec, le taux d’endettement moyen par ménage est de 180%», a répondu de son côté Adrien Welsh. «Ça veut dire qu'il y a potentiellement des dizaines de milliers de personnes au Québec qui pourraient demain matin se retrouver en situation d'itinérance.»

Accusant les gouvernements des dernières décennies d’avoir mis les services publics en état de «pleine déliquescence», le chef communiste a laissé entendre que les solutions se trouvaient du côté des augmentations de salaires et de pensions de retraite. 

Il a également dit vouloir élargir la mission des CLSC de manière à intégrer une partie du rôle que joue le secteur communautaire.

Le PLQ veut renforcer les équipes sur le terrain

«On ne peut pas demander à une personne qui se trouve dans une situation de grande précarité de naviguer seule dans un système aussi complexe», a affirmé Thierno Diallo au sujet du réseau de la santé.

Pour lui, l'amélioration passe par le renforcement des équipes sur le terrain, leur collaboration avec le secteur communautaire, et les services d’accompagnement à plus long terme des personnes en situation de précarité.

Soulignant les initiatives évaluées à 60 millions $ que propose le PLQ en matière de lutte contre l’itinérance, M. Diallo a noté celle voulant que des intervenants «pivot» accompagnent les jeunes à leur sortie de centres de jeunesse.

Maxime Claverie prend la parole au micro dans une allée entre des places assises et devant un mur jaune-orange.
«Il n'existe plus aucun programme exclusivement dédié à la construction de logements sociaux», a souligné Maxime Claverie, représentant le comité Habitation et Aménagement de la CDC Plateau-Mont-Royal. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Les solutions proposées pour la crise du logement

Le PLQ souhaite construire 100 000 unités résidentielles par année

«La meilleure politique contre l’itinérance, c’est un loyer qui ne double pas», a aussi affirmé M. Diallo après une question concernant la précarité des aînés.

Pour l’ensemble de la population, le parti de Charles Milliard mise sur la construction de 100 000 unités résidentielles par année. Il compte également créer 40 000 nouveaux logements sociaux et abordables d’ici cinq ans, dont 250 dans la circonscription de Mercier.

QS mise sur l’ajout de 50 000 logements sociaux et communautaires

«Je suis extrêmement fière de la “loi Françoise David” [...] qui interdit à des propriétaires d’évincer des locataires aînés, sauf dans des cas très spécifiques», a pour sa part souligné Ruba Ghazal. 

Elle a rappelé sa proposition d’indexer les hausses de loyer à l’inflation, et d’ajouter 50 000 logements sociaux et communautaires au parc locatif québécois, dont la moitié serait construite et l’autre serait acquise du marché. 

Parmi ceux-ci, 6000 seraient voués à la lutte contre l’itinérance. On y offrirait des services d’accompagnement et «pas juste un toit», a-t-elle précisé. 

Le PCQ souhaite transformer 25 000 unités vacantes en logements sociaux

«Ce sont les grandes entreprises qui doivent être mises à contribution pour permettre de créer de l’emploi et, évidemment, du logement social», a pour sa part déclaré Adrien Welsh. 

En plus de sa «mesure d’urgence» qui transformerait 25 000 unités vacantes montréalaises en logements sociaux, M. Welsh a dit carrément vouloir geler les loyers, sans indexation. 

Au-delà de Montréal, il a dit vouloir lancer «un vaste chantier de construction de logements sociaux à 100% publics». Sans chiffrer le nombre d’unités, il a noté que l’objectif était que les loyers ne dépassent pas 20% des salaires, après impôts.

Mme Ghazal gesticule en parlant de son pupitre sur scène.
La proposition de Ruba Ghazal de créer des épiceries publiques a été perçue comme étant trop timide, par M. Welsh, et menaçante pour les petits commerçants, par M. Diallo. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Des propositions pour améliorer la sécurité alimentaire 

Au niveau de la sécurité alimentaire, Ruba Ghazal et Adrien Welsh ont tous deux souligné que plus de 20% de la population a recours à de l’aide alimentaire. Mais alors que Mme Ghazal a proposé la création d’épiceries publiques, censées faire concurrence au secteur privé et générer des économies annuelles de 2500$ par famille, M. Welsh a rejeté le bienfondé de cette idée.

«On ne croit pas, au Parti communiste, qu’il soit judicieux de mettre en compétition le privé et le public», a-t-il expliqué, disant préférer nationaliser les géants de l’alimentaire et de sortir de «la logique du marché». 

«Ce n’est pas au gouvernement de fixer le prix du panier», a indiqué pour sa part Thierno Diallo, préférant miser sur l’abordabilité du logement pour alléger les dépenses des ménages québécois. Selon lui, la création d’épiceries publiques viendrait nuire aux affaires des fruiteries et autres «petits commerçants du coin».

Il a plutôt souligné les coupons nourriciers que propose son parti, censés aider les ménages vulnérables à s’acheter des denrées.

Adrien Welsh prend la parole de son pupitre sur scène. On perçoit derrière lui, à droite, Ruba Ghazal et Thierno Diallo.
Le Parti communiste ferait en sorte que le fait «de polluer soit considéré comme un acte criminel, et que l'on puisse justement poursuivre au criminel les entreprises qui polluent», a avisé Adrien Welsh. – photo: Devin Ashton-Beaucage 

Des mesures pour lutter contre les changements climatiques

Pour lutter contre les changements climatiques et assainir l’environnement, Thierno Diallo a indiqué que le PLQ miserait sur le transport collectif, la multiplication des bornes de recharge pour les voitures électriques, et un rehaussement du financement en matière d’infrastructure pour le maintien des actifs. 

Adrien Welsh, qui a aussi été candidat aux élections fédérales, a noté les fortes émissions de CO2 que produisent les avions de chasse qu’Ottawa cherche à se procurer. 

Il a aussi indiqué qu’Investissement Québec devrait délaisser l’industrie de la défense pour plutôt investir en recherche scientifique pour s’attaquer aux changements climatiques.

Notant les imposantes empreintes écologiques de certaines entreprises, il a suggéré de les mettre «sous contrôle public et démocratique» afin d’atteindre une exploitation «rationnelle» de nos ressources naturelles. 

Le Parti communiste du Québec ferait en sorte que «de polluer soit considéré comme un acte criminel», a-t-il signalé.

Ruba Ghazal a, quant à elle, souligné que l’une des cinq priorités de QS est la gratuité du transport en commun pour les usagers de moins de 25 ans et pour ceux de 65 ans et plus. Les autres utilisateurs auraient également droit à un crédit d’impôt de 20%.

Au cours des trois heures de l’événement, d’autres sujets, comme la rémunération des stages, le mode de scrutin ainsi que la relation entre Québec et Israël, ont aussi été discutés. 

Il est possible de réécouter les échanges complets du débat, dont la vidéo est hébergée sur la page YouTube de la CDC du Plateau-Mont-Royal.

Du côté de Mon Plateau, nous avons invité tous les candidats de Mercier à nous parler et publierons les portraits de ceux qui auront répondu à l’appel au cours des prochains jours et avant le jour du scrutin, soit le 5 octobre.

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