La rue Saint-Denis reprend «du poil de la bête»

Le taux d'occupation commerciale sur la rue Saint-Denis dans Le Plateau a bondi de 77% à 89% entre février 2024 et décembre 2025.

La rue Saint-Denis en fin d'après-midi d'hiver.
Le nombre de locaux vacants, à louer ou en rénovation a diminué de moitié sur la portion de l'artère qui se trouve dans Le Plateau, selon les données des membres d'Agora Montréal. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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Après des années plus difficiles, seuls 11% des locaux commerciaux de la rue Saint-Denis, entre Sherbrooke et Laurier, sont inoccupés. 

«J’avais l’impression que Saint-Denis avait pris du poil de la bête dernièrement, et les chiffres le confirment», a lancé l’utilisateur vincemtl en décembre, sur un forum de discussion du site Agora Montréal dédié à l’actualité commerciale de la section de l’artère qui se trouve dans Le Plateau. 

Le taux d’occupation des locaux commerciaux était de 88,89%, selon ses données. 

Celles-ci ont été recueillies par lui, Steve Quilliam et Jacques Nacouzi. Ils ont longé les trottoirs des deux côtés de la rue Saint-Denis, de la rue Sherbrooke à l’avenue Laurier, notant le nombre de commerces installés au rez-de-chaussée ou au sous-sol des immeubles. Les hébergements de type Airbnb étaient exclus. 

«Comme toujours, c’est un travail amateur, et nous sommes là pour le plaisir de marcher la rue. Il est fort possible d’avoir une erreur ici et là», a souligné vincemtl dans sa publication.

Tableau de données sur les commerces de la rue Saint-Denis, secteur Plateau.
Portrait de la rue Saint-Denis, entre Sherbrooke et Laurier. Les données proviennent de membres d’Agora Montréal.

Une «grosse bonne nouvelle»

Du côté de la Société de développement commercial (SDC) Rue Saint-Denis, on se réjouit d’un taux record d’occupation depuis 2019, soit 89,1%. La légère différence avec celui rapporté par l’équipe de l’Agora s’explique par le territoire plus restreint de la SDC (des rues Roy à Gilford) et des méthodes différentes d’identification des commerces.

«La rue Saint-Denis avait la réputation d’avoir beaucoup de locaux vacants. Là, on a des chiffres qui nous prouvent le contraire», souligne la directrice générale, Pauline Béchu, parlant d’une «grosse belle nouvelle au niveau de la santé commerciale».

La directrice général de la SDC Saint-Denis, Pauline Béchu, estime que la proportion de locaux actuellement inoccupés est idéal. – photo: Elizabeth Gartside 

La SDC prévoit d’ailleurs que le taux d’occupation dépassera les 90% cette année. À titre comparatif, il était de 74% en 2020. 

Mme Béchu considère que le taux actuel est idéal. S’il augmente au point de laisser trop peu de locaux locatifs disponibles, la situation pourrait mener à des hausses de loyers pour ses membres, craint-elle. 

«On le rappelle, les loyers commerciaux ne sont pas encadrés, contrairement aux loyers résidentiels», souligne la directrice générale de la SDC, notant les «excès de zèle» de certains propriétaires à cet égard. 

En plus de cette absence de plafond, elle ajoute que les locataires assument souvent les améliorations apportées à leurs locaux commerciaux eux-mêmes. 

«L’année dernière, il y avait quand même une grosse surprise au niveau de l’augmentation des taxes», souligne-t-elle également.

Plusieurs nouvelles enseignes sur Saint-Denis

Steve Quilliam dit être fasciné par les villes depuis l’enfance. En plus des recensements précédents, il a scruté plusieurs autres secteurs commerciaux avec d’autres membres d’Agora Montréal.

M. Quilliam, sur le trottoir de la rue Saint-Denis, près de l'entrée du bar L'Barouf.
«On ne croyait pas que tout allait vraiment mal», se remémore Steve Quilliam au sujet de la rue Saint-Denis au tournant des années 2020. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Saint-Denis, c’est notre rue un peu plus préférée, précise toutefois celui qui travaille comme portier-agent de sécurité au centre-ville de Montréal. C’est surtout parce qu’il y a beaucoup de négativisme qui l’entoure depuis une dizaine d’années.»

Il note les bouleversements liés aux travaux et la mise en place du Réseau express vélo (REV), au tournant de la présente décennie, ainsi que la hausse «fulgurante» des loyers observée au cours des dernières années.

«On ne croyait pas que tout allait vraiment mal, que tout était mort, que tout était fini», raconte-t-il. Lui et ses acolytes se sont donc mis à collecter des données à partir de 2019.

Leurs plus récentes observations portent à déduire que la portion de l’artère qui se trouve dans Le Plateau-Mont-Royal est redevenue attrayante. 

Au total, M. Quilliam a dénombré 49 commerces qui se sont installés sur Saint-Denis entre février 2024 et décembre 2025. Une quinzaine de commerçants a toutefois quitté les lieux.

M. Quilliam rapporte une augmentation du nombre de friperies et de boutiques pour cyclistes. «La piste cyclable a amené cette clientèle-là», soutient-il. 

Il a aussi observé «une vague de restaurants mexicains». 

«C’est assez impressionnant! Malheureusement, ils ne vont pas tous tenir», prévoit-il.

Une rue attrayante pour les commerçants

L’Estancia est un exemple récent de restaurant mexicain qui a tenté sa chance sur la rue Saint-Denis. Originalement situé sur la Plaza Saint-Hubert et servant une clientèle «majoritairement mexicaine», l’un des propriétaires explique que le déménagement était lié à un objectif de faire connaître sa culture culinaire à «un public plus large».

«Nous avons atteint des résultats au-delà de nos attentes, affirme Eliseo Cordero. Bien que le parcours n’ait pas toujours été facile, il a été extrêmement enrichissant.»

Façade aux couleurs vives du restaurant mexicain L'Estancia.
«Notre motivation première était d’offrir le véritable goût de la cuisine mexicaine à la clientèle québécoise», explique Eliseo Cordero au sujet du déménagement du restaurant L'Estancia vers la rue Saint-Denis. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Nous croyons profondément que lorsqu’on fait les choses avec le cœur et avec authenticité, cela se ressent et fait toute la différence par rapport à ceux qui considèrent ce métier uniquement comme un commerce.» 

Au coin de la rue Rachel, le Bouillon Albert est venu remplacer le Hachoir en octobre 2024. Les deux restaurants ont des propriétaires en commun. 

La décision de changer de formule a été inspirée par la popularité des restaurants de type «bouillon» en Europe, explique Arthur Dorville, directeur et copropriétaire de l’établissement.

«Ça se passe très bien pour nous, absolument. Le monde est très réceptif à l’offre qu’on propose, au style de cuisine et à l’ambiance.»

Notant un coup de pouce de La Presse, il affirme que la clientèle du Bouillon Albert arrive souvent de l’extérieur du quartier, et même de la ville.

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