Le Communautaire à boutte sur Le Plateau
Quelque 200 personnes revendiquant de meilleures conditions pour le secteur communautaire ont manifesté dans les rues du Plateau-Mont-Royal, mercredi.
Quelque 200 personnes revendiquant de meilleures conditions pour le secteur communautaire ont manifesté dans les rues du Plateau-Mont-Royal, mercredi.
«Il faut offrir aux gens qui prennent soin des personnes en situation de vulnérabilité des conditions qui leur permettent à eux aussi de vivre dans la dignité», a affirmé Sarah Hadjou, notant que certains travailleurs du secteur communautaire ont recours à des banques alimentaires.
«Il y a eu une explosion des besoins depuis la pandémie et le financement n’a pas suivi. Ce n'étaient déjà pas des postes qui étaient super bien payés dans le communautaire, mais, là, les gens se retrouvent avec quatre fois plus de travail et des salaires qui ne leur permettent pas de suivre l’augmentation du coût de la vie», a poursuivi celle qui est responsable des communications et de la vie associative de la Corporation de développement communautaire du Plateau-Mont-Royal.

Mme Hadjou se trouvait parmi les représentants d’une quarantaine d’organismes du Plateau qui s’étaient réunis à la place Gérald-Godin, devant l’entrée du métro Mont-Royal, en fin d'après-midi, mercredi. La foule s’est éventuellement spontanément déplacée, prenant d’assaut différentes artères du quartier avant de retourner au point de départ, vers 17h.
La manifestation s’est inscrite dans le contexte du mouvement Le communautaire à boutte. Plus de 1600 organismes communautaires à travers le Québec prennent part à des journées de grèves et des actions de visibilité depuis lundi. Cette démarche prendra fin le 2 avril avec une manifestation devant l’Assemblée nationale.

Le mouvement revendique «des conditions de travail décentes» pour les employés du secteur et un financement stable et «suffisant» en fonction des missions des organismes.
On déplore une trop grande part de subventions octroyées par projet, créant ainsi des situations précaires et imprévisibles pour les organismes.
Le mouvement souhaite également voir Québec reconnaître le rôle de «pilier stratégique» du modèle communautaire et investir dans le secteur en conséquence, tout en respectant l’autonomie des organismes.
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«Les besoins sont grandissants, mais le financement ne suit pas du tout», a soutenu Guillaume Veilleux, alors que ses pieds quittaient l’asphalte de la rue Marie-Anne pour se poser sur celui de la rue Saint-Denis.
L’organisme Le Fil, dont il est le directeur général, offre des services de suivi aux personnes vivant avec des enjeux de santé mentale.
«On voit de plus en plus de personnes qui ont un emploi – ou même parfois des familles où les deux personnes ont des emplois –, mais ne peuvent pas joindre les deux bouts et ont besoin de faire appel à une banque alimentaire», a pour sa part indiqué Elsa Seibert du Centre d’aide à la famille.
Bien que son organisme soit encore capable d’accueillir de nouvelles personnes en besoin de soutien alimentaire, elle a affirmé que la plupart des ressources du genre dans Le Plateau «sont à saturation».


En discussion avec Mon Plateau quelques jours plus tôt, Cassandre Rossel-Thomas avait aussi évoqué le «peu de ressources» du milieu communautaire pour répondre aux besoins de la population et les effets de la situation sur les travailleurs.
Elle a confié avoir rarement connu une équipe complète d’organisateurs communautaires depuis son entrée en poste au Comité logement du Plateau-Mont-Royal, il y a deux ans.
«Il y a eu beaucoup d’arrêts de maladie [...] Après, on entre dans un cercle vicieux. Quand une personne est en arrêt, ça veut dire que les trois autres compensent», a-t-elle souligné, évoquant un potentiel effet domino d’épuisement.
À la charge de travail s’ajoute un «climat d’insécurité» politique. Certaines ambitions du gouvernement du Québec suscitent des craintes de réduction d’autonomie et de pertes de financement des organismes, a-t-elle indiqué.
«C'est complètement absurde!», a lancé Maroussia Faubert-Bravo, du Centre d’aide à la famille, au sujet de son propre poste. Dans sa description de tâches se trouve la quête de fonds pour permettre à son organisme de faire face à la demande croissante.
«Ça veut dire qu'il y a une partie du financement de l'organisme qui sert à chercher plus de financement, parce que le financement de base à la mission globale n'est pas suffisant», a-t-elle expliqué.
«Je passe ma journée à me dire que l’argent devrait servir à aider les gens.»

Du côté de la Maison des jeunes l’Imagerie, Maxime Garneau a souligné l’aspect chronophage de la production de demandes de subventions par projet.
«C'est beaucoup de temps qu'on ne met pas à travailler avec les jeunes, malheureusement.»
Cette forme de financement instable ne permet pas non plus à l’organisme de la rue Marie-Anne de maintenir certains employés en poste et d’ouvrir ses portes aux jeunes du quartier cinq jours par semaine, a soutenu le coordonnateur.
Se plaignant aussi des ressources vouées à la recherche de financement, le directeur général de Plein Milieu, Nicolas Quirion, a dit craindre que son organisme n’ait pas accès aux fonds nécessaires pour répondre à sa mission de soutien aux personnes en situation d’itinérance, de précarité et toxicomanes.
«Je ne sais même pas comment je vais réussir à garder mes services de jour et de soir», a-t-il confié.

Notant que le site fixe de Plein Milieu compte 1600 fréquentations mensuelles, il avise qu’une réduction de services causerait une dispersion de la clientèle dans les espaces publics.
«Il risque d'y avoir des surdoses dans les parcs et personne pour administrer de la naloxone.»
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Souhaitant voir l’autonomie et les compétences du milieu communautaire respectées par Québec, M. Quirion a incité le gouvernement à arrêter de gérer la province «comme une business.»
«Le communautaire est là sur le terrain. On a des solutions. C’est important de nous écouter.»
La députée libérale de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, a déposé une pétition à l’Assemblée nationale faisant écho aux revendications de mouvement Le communautaire à boutte. Un peu plus de 19 000 signatures ont été recueillies.
«Il est plus que temps de reconnaître les organismes communautaires comme un besoin pour les Québécois; comme un investissement», a déclaré celle qui représente le sud-ouest du Plateau-Mont-Royal lors d’un point de presse, mercredi matin.
«Si rien ne change, ce qu’on peut constater après ce cri du cœur, c’est que des milliers d’organismes communautaires vont devoir soit fermer leurs portes et réduire leurs services.»
Du côté de Québec solidaire, formation politique des deux autres députées provinciales représentant Le Plateau, on dit se faire «le relais de ce vaste mouvement social». Dans un communiqué publié lundi, le parti a soutenu que le milieu communautaire doit être «reconnu à sa juste valeur», notant «les salaires de crève-faim» de ses travailleurs au passage.