Déficitaire, La Petite Marche abandonne sa programmation musicale
Après six ans de spectacles gratuits quasi quotidiens, le restaurant La Petite Marche retourne à sa vocation première.
La deuxième franchise des restaurants Frite Alors! a fermé ses portes en décembre en raison des coûts élevés et de l'absence de relève.
La réflexion entourant la fin des activités du Petit Frite Alors! était entamée depuis environ un an, explique Jean Jurdant, l’un des propriétaires et fondateurs de la chaîne.
Frédéric Saint-Jean, qui avait repris les rênes du 1562, Laurier E. pendant la pandémie de COVID-19, s’était «fatigué» et un successeur n’avait pas été trouvé.
M. Jurdant ajoute que la lourdeur de la taxation et du cadre règlementaire entourant la gestion d’un restaurant où l’on manipule des friteuses, en plus de l’évaporation de la marge de profit que la franchise avait connue à ses débuts, n’ont pas aidé la situation.
«C'est un métier difficile», résume M. Jurdant. «Tout coûte cher en restauration.»
Les propriétaires du restaurant avaient tenté de négocier une baisse de loyer de leur local commercial, «qui approche 5000$ par mois», mais sans succès.

«Les gens ont de la misère à concevoir que ça peut coûter ça, le produit final», indique M. Jurdant. Pour illustrer, le menu du Frite Alors! propose une variété de hamburgers, servis avec frites et sauce, dont les prix oscillent entre 17,75$ et 23,75$.
«On a beau faire un demi-million par année, on n'arrive pas à faire de profits». La marge de 5% à 6% que le restaurateur avait connue dans les années 1990 a donc disparu, selon ses dires. «On n’est pas les seuls à avoir fermé», souligne-t-il au sujet des commerçants de l’avenue Laurier.
Il estime que seules les entreprises où le montage de plats est simplifié, comme les chaînes de restauration rapide ou les restaurants servant des soupes ramen, s’en sortent mieux.
C’est d’ailleurs Youki, un restaurant japonais justement spécialisé en ramen, qui reprendra les locaux du Petit Frite Alors! Le propriétaire, Shinichi Hara, espère ouvrir en février.

Le local de l’avenue Laurier, devenu un Petit Frite Alors! pendant les années de restrictions sanitaires de la COVID-19, n’est pas le seul à avoir eu la vie dure.
Alors qu’elles ont déjà été quatorze, il ne reste que sept succursales au Québec, en plus de Poutine centrale, qui est liée à l’écosystème Frite Alors! L’enseigne avait également trouvé trois adresses en France, mais la distance n’a pas suffi pour éviter les impacts de la pandémie. Il n’en reste qu’une, à Lyon.
M. Jurdant note que certains de ses restaurants ont pu braver les difficultés mentionnées plus haut grâce à des loyers moins dispendieux. Il souligne également l’importance de la bonne ambiance au sein d’une équipe stable.
«On n’a pas besoin de grands chefs, mais on a besoin de personnes qui soient intéressées à faire un bon produit.» Ces dernières ont été plus difficiles à trouver après la pandémie de COVID-19. Les taux horaires ont dépassé les 20$/h, ajoute-t-il.
Il note d’ailleurs que ses associés ont tendance à développer des «écœurantites» à force de devoir chercher et former de nouveaux employés «tous les trois ou six mois».
La seule succursale restante du Plateau, située au 433, Rachel E., rassemble les éléments liés au succès qu’a mentionnés Jean Jurdant. Il estime d’ailleurs que le réseau cyclable a été bénéfique pour ses affaires dans l’arrondissement en général.
À l’inverse, il considère que l’arrivée de voies réservées aux autobus sur l’avenue du Parc, et la perte d’options de stationnement en conséquence, a nui au tout premier Frite Alors!, qui a quitté l’artère depuis deux ans.

Jean Jurdant raconte d’ailleurs fièrement le lancement du «restaurant de quartier», qui proposait un style de frite belge difficile à trouver dans la province, à l’époque. Les trois succursales du Plateau avaient ouvert leurs portes au cours des quatre premières années d’existence de l’entreprise.
«Ça a commencé en 1991, sur l’avenue du Parc, dans un demi-sous-sol, avec ma femme et ma mère [...] Je ne savais pas comment opérer un restaurant.»
D’autres personnes ont ensuite contribué à l’aventure en donnant un coup de main, dont un professeur de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.
«On a vraiment eu plein de monde qui nous a aidés parce qu’ils trouvaient le produit intéressant.»
«À part dans un restaurant de Montréal, où ils utilisaient le même procédé que nous, on était les seuls au Québec à faire ce procédé, de blanchir et de cuire en second lieu, puis faire tremper nos pommes de terre pour enlever l'amidon, pour essayer d'enlever le sucre, pour pouvoir les faire cuire d'une certaine manière.»
Soulignant l’importance de l’aspect local inscrit dans l’ADN du projet, il se remémore les partenariats avec le Fromentier et La Maison du Rôti, qui fournissaient les pains et la viande.
Encore aujourd’hui, l'effort d’achat local demeure une préoccupation pour Jean Jurdant.
«Nous, on part de la pomme de terre, puis on travaille jusqu’au produit final. Ça veut dire qu’on sait d’où viennent nos pommes de terre, puis dans quels champs ils étaient.»
Il en va de même pour ce qui est de la variété de choix de mayonnaises sur le menu, qui provient d’une entreprise qui s’est déplacée de Lanaudière à la Mauricie.
Au fil du temps, d’anciens cuisiniers sont devenus associés de Frite Alors!, prenant les rênes de différentes succursales.

Leurs milieux se sont toutefois transformés au cours des décennies et, tel que mentionné plus haut, le coût de la vie s’est fait ressentir du côté de la clientèle et des commerçants.
«C’est rendu beaucoup plus bourgeois», note Jean Jurdant au sujet du Plateau-Mont-Royal. «Les locataires, maintenant, ils ont de la misère à payer leur appartement.»
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