Le premier Noir diplômé en médecine au Canada vivait dans Le Plateau

William Wright, la première personne afrodescendante au Canada à avoir obtenu un diplôme en médecine, a résidé près de 30 ans à Milton-Parc.

Portrait illustré d'un jeune William Wright.
Le docteur et révérend William Wright a habité un immeuble de la rue Sainte-Famille des années 1880 jusqu’à sa mort, en 1908. – archives de l'Université McGill
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Né en 1827 à Québec, William Wright a entamé ses études à l’Université McGill dès l’âge de 15 ans. 

«Il réussissait très bien. Il a été nommé responsable du musée d'anatomie à l'université», raconte Frank Mackey, un journaliste retraité. M. Mackey est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire des Noirs dans le contexte montréalais des 18e et 19e siècles.

Il explique que William Wright a obtenu son diplôme universitaire en 1848, à l’âge de 20 ans. Le jeune docteur a ensuite traversé l'Atlantique pour «parfaire son éducation», précise M. Mackey, s’arrêtant notamment en Angleterre et en Irlande.

Puis, de retour au Québec, le Dr Wright se joignit au corps professoral de McGill. C’était en 1850. Le jeune professeur, spécialisé en pharmacologie, devint également éditeur de la revue Medical Chronicle, qu’il avait cofondée avec le Dr Duncan MacCallum.

Frank Mackey a publié trois ouvrages touchant à l'histoire des communautés noires à Montréal.

Sa carrière académique a toutefois pris fin sur une note amère, après 33 ans. Des étudiants s’étaient plaints, trouvant ses enseignements «incomplets et trop anciens.»

«Ils ont menacé de laisser l'université. Ça a été tout un brouhaha», explique Frank Mackey. Du même coup, William Wright a abandonné le poste qu’il occupait à l’Hôpital général de Montréal.

Docteur, mais aussi révérend

Homme de foi, Wright vouait déjà une partie de ses énergies à la religion, alors qu’il était encore impliqué dans le monde de la médecine. 

Nommé diacre en 1864, il fut le premier vicaire de l’Église Saint-Jean-l’Évangéliste, située sur l’avenue du Président-Kennedy, tout près de Milton-Parc.

Puis, en 1871, l’évêque du diocèse anglican de Montréal, Ashton Oxenden, le nommait prêtre.

Le révérend Wright aura gardé ses liens avec l’église Saint-Jean-l’Évangéliste jusqu’à son décès, au début du 20e siècle. Ses deux fils ont suivi l’exemple paternel en se vouant à l'Église anglicane à leur tour.

Doutes sur l’ethnicité

Bien qu'il puisse parfois être identifié comme étant la première personne noire à avoir obtenu un diplôme en médecine sur le territoire maintenant associé au Canada, Frank Mackey note des doutes sur l’ethnicité de William Wright que les photos d’époque n’aident pas à dissiper. 

Alors que certaines d’entre elles mettent en valeur des traits plus communs chez la population noire, d’autres donnent plutôt l’impression qu’il est caucasien ou d’origine méditerranéenne.

M. Wright pose pour la caméra, vêtu d'un complet, en regardant vers la droite du cadre.
Portrait du Révérend Dr William Wright, capté par le studio Notman & Sandham, en 1882. – collection du Musée McCord

«C’est sûr qu’il était afrodescendant», tranche toutefois l’ancien journaliste. 

Le grand-père de William Wright avait été tambour au sein d’un régiment noir de l’armée britannique. Son oncle Joseph avait été identifié comme étant Noir dans un recensement aux États-Unis.

William Wright lui-même, ainsi que son père, ses frères et ses sœurs avaient été décrits comme étant «de couleur» ou encore «créole» dans le recensement de 1861. Sa mère faisait toutefois exception.

En 1901, alors qu’il demeurait sur la rue Saint-Famille avec sa sœur, les deux avaient plutôt été identifiés comme étant Noirs.

«Il aurait perdu beaucoup de ses avantages s'il avait insisté pour qu'on le considère comme Noir», note M. Mackey, tout en indiquant que le Dr Wright pouvait espérer une meilleure intégration à la société québécoise de l’époque que celles aux États-Unis.

«Est-ce qu’à l’époque, on aurait permis à une personne de couleur d’enseigner la médecine?», nuance-t-il, ajoutant que le frère de Wright était notaire et que son père occupait un poste de direction au bureau de la Guerre, à Québec. 

«Ce n’était pas le genre de poste que l’on confiait à un Noir.»

Un élément qui donne davantage l’impression à Frank Mackey que le Dr Wright aurait été Noir, ou perçu comme tel, est l’absence de trace de passage aux États-Unis. Il aurait pourtant pu être invité à un congrès médical ou avoir rendu visite à son fils, qui a résidé au Wisconsin.

«C’est quand même curieux qu’un bonhomme du calibre de William Wright – médecin et professeur d’université – n’ait jamais traversé la frontière», lance l’historien.

«Aux États-Unis, on était beaucoup plus conscient de la race», note-t-il, énumérant diverses manifestations possibles de discrimination qu’aurait pu subir Wright au sud de la frontière. «Si jamais il avait été impliqué dans un incident comme ça, aux États-Unis, on aurait eu des nouvelles ici et ça aurait peut-être changé sa vie.»

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