Milton-Parc met sur pied sa propre table de quartier

Deux instigateurs du projet estiment qu’une table de quartier distincte permettra de mieux répondre aux enjeux du secteur, dont ceux de l’itinérance et de la criminalité.

Nicolas Lessard et Charlotte Thibault posent devant un sapin de Noël.
Nicolas Lessard et Charlotte Thibault expliquent en quoi Milton-Parc se distingue du reste du Plateau-Mont-Royal. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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Dix-sept groupes de Milton-Parc sont unis dans le processus de formation d’une nouvelle table de quartier, distincte de celle du Plateau-Mont-Royal, afin de mieux répondre aux enjeux spécifiques du quartier.

Les membres de cette nouvelle table de quartier comprennent des représentants de milieux variés, dont la petite enfance, l’immobilier, des organismes de lutte contre l’insécurité alimentaire et l’itinérance, ainsi qu’Entremise, l’organisme qui gère le projet de Cité-des-Hospitalières en transition. 

«On rejoint toutes sortes de groupes d'âge qui ont des intérêts différents», note Charlotte Thibault, présidente du syndicat de copropriété Communauté Milton-Parc (CMP) et instigatrice du projet de table de quartier, dont la première rencontre s’est tenue à l’été 2025. 

«On apprend présentement à se connaître et à communiquer», explique de son côté Nicolas Lessard, qui siège sur les conseils d’administration du CMP ainsi que de la Société de développement communautaire (SDC) de Milton-Parc.

Enjeux prioritaires: itinérance, criminalité et espaces communautaires

C’est lors de la prochaine rencontre de la Table de quartier de Milton-Parc, en janvier, que ses membres définiront la mission de l’organisme.

Des thématiques prioritaires devront alors être choisies. Bien qu’elles puissent être partagées avec le reste du Plateau-Mont-Royal, Mme Thibault et M. Lessard indiquent que Milton-Parc les vit différemment. 

«C’est clair que, par exemple, toute la question de l’itinérance est une priorité de la Table du Plateau, mais en bonne partie à cause de Milton-Parc», affirme Charlotte Thibault.

«La pauvreté est plus élevée», poursuit-elle, comparant toujours le quartier au reste de l’arrondissement.

«On est surreprésentés au niveau de la criminalité, aussi», ajoute Nicolas Lessard. «C’est un enjeu qui est récent et pour lequel on sent qu’on doit réagir.»

Bien que les coopératives d’habitation occupent une proportion impressionnante du parc résidentiel dans le quartier, la crise du logement se fait tout de même ressentir, notamment chez les aînés et la population étudiante. 

«On a une coop des aînés qui ne parvient pas à se trouver un terrain», souligne Mme Thibault. À défaut d’avoir d’autres options, des personnes âgées pouvant avoir des problèmes de mobilité se résignent à demeurer dans des logements surélevés, sans ascenseur. Des alternatives pouvant mieux répondre à leurs besoins pourraient libérer les espaces résidentiels pour des familles, affirme Mme Thibault. 

Les membres se pencheront également sur l’avenir de la Cité-des-Hospitalières gérée de façon transitoire depuis 2021 par Entremise.

Vu aérienne de Google du site, qui est notamment entouré de l'Hôtel-Dieu et du parc Jeanne-Mance.
La Cité-des-Hospitalières correspond à l’ancien ensemble conventuel des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph qui inclut un grand terrain et des bâtiments qui longent le parc Jeanne-Mance. – image tirée du site Web de la Cité-des-Hospitalières en transiton

«Il va falloir qu'on puisse s'entendre avec la Ville de Montréal, qui est en train de décider comment pérenniser la Cité-des-Hospitalières pour à la fois satisfaire les locataires actuels, les religieuses qui ont une idée de ce qu'elles souhaiteraient, puis nous autres, dans le quartier», poursuit-elle au sujet de cet espace en transition.

«Ça fait au moins dix ans qu’on demande d’avoir une bibliothèque, puis des espaces pour des activités», note-t-elle, disant souhaiter une version locale du centre Sanaaq, qui a ouvert ses portes dans le district Peter-McGill en mai. 

De son côté, Nicolas Lessard souligne que Milton-Parc a maintenant son Espace jeunesse, qui se trouve sur le site de la Cité-des-Hospitalières. «Ça a pris du temps, par exemple.»

Il ajoute que Geneviève Dubé, de Jardins pour tous, aimerait pouvoir accéder au jardin de la Cité-des-Hospitalières, notamment pour y organiser des activités pédagogiques. 

M. Lessard note aussi qu’il aimerait aborder la question des changements climatiques et des manières de s’adapter à leurs impacts dans le contexte de la table de quartier. 

Les deux représentants espèrent que le poids du regroupement facilitera l’atteinte de ces différents objectifs.

«On est une société distincte»

Bien que la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal représente déjà Milton-Parc, Charlotte Thibault et Nicolas Lessard justifient leur initiative en soulignant certains éléments qui distinguent le quartier du reste de l’arrondissement.

«L’arrondissement du Plateau est plus dense que le reste de Montréal, et Milton-Parc est plus dense que le reste du Plateau», note Mme Thibault. Elle ajoute que la proportion d’anglophones et d’allophones est également plus grande dans son quartier que dans le reste du Plateau.

«Si je voulais parler comme certains, je dirais qu’on est une société distincte», lance-t-elle à la blague.

Au niveau des cartes électorales, la plupart du territoire du Plateau-Mont-Royal se trouve dans la circonscription provinciale de Mercier et, au fédéral, divisé entre Outremont et Laurier–Sainte-Marie.

Milton-Parc et sa superficie de moins de 1km2 ressortent du lot, étant inclus dans le circonscription provinciale de Westmount–Saint-Louis et la circonscription fédérale de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Sœurs.

Mme Thibault note d’ailleurs que cette dernière circonscription fédérale n’avait pas été incluse dans le Guide de vulgarisation des élections fédérales d’avril 2025 de la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal. 

Milton-Parc est également exclu du territoire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui englobe le reste du Plateau. Le quartier est seul dans l’arrondissement à plutôt faire partie du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

D’ailleurs, des complications liées à cette division territoriale ont été soulignées cet automne, dans un rapport du Comité des usagers de la Montagne.

Mme Demczuk pointe des éléments projetés sur un mur.
La sociologue Irène Demczuk présentant des données du rapport de recherche Soigner Milton-Parc, en octobre. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Charlotte Thibault souligne que le quartier, qui englobait autrefois l’Hôpital Royal-Victoria, l’Hôtel-Dieu de Montréal, l’Institut thoracique de Montréal et l’hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc, est aujourd’hui «un désert médical.»

«On est à part», résume Mme Thibault, qui considère que la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal ne «rejoint pas» sa communauté.

Des initiatives pour renforcer la cohésion sociale d’un quartier militant

De la perspective de Charlotte Thibault, les liens qui ont soudé la communauté de Milton‑Parc se sont affaiblis dans les dernières décennies.

Le quartier a pourtant près d’un demi‑siècle d’histoire militante :

«Graduellement, ce qui est arrivé, c’est qu’une fois que les gens ont été en coop, en OBNL, ils se sont occupés de leurs propres affaires. Puis, quand on a eu la crise du verglas (de 1998), on a découvert, après coup, que des voisins avaient manqué d’électricité», explique-t-elle, illustrant la déconnexion.

Elle indique que l’idée de la Fête des voisins, lancée par son conjoint, Richard Phaneuf, est alors venue contrer ce phénomène de distanciation.

Plus récemment, des citoyens du quartier ont aussi joint leurs efforts au MEM – Centre des mémoires montréalaises pour mettre sur pied une exposition soulignant l’histoire d’engagement social de Milton-Parc, en 2024.

Est ensuite venu un rapport de recherche sur l’aménagement et le développement du quartier Milton-Parc, codirigé par les professeurs de l'UQAM, Michel Rocherfort et Jean-François René. La SDC, la CMP ainsi que l’Association récréative de Milton-Parc y ont collaboré.

Lors de ce travail, «on s’est rendu compte qu’on n’avait pas de lieu de concertation où le monde de différents secteurs peut se parler», raconte Mme Thibault. «C’est là où on en est arrivé à dire qu’il nous faut une table de quartier.»

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