Projections sur des façades du Plateau: «Plus de social, moins de luxe»
Des messages soulignant l’importance de l’abordabilité en habitation ont été projetés sur trois façades de bâtiments emblématiques du Plateau.
Des messages soulignant l’importance de l’abordabilité en habitation ont été projetés sur trois façades de bâtiments emblématiques du Plateau.
«Les terrains et bâtiments publics doivent servir en priorité à la création de logements sociaux».
C’est ce que réclament le Comité logement et la Corporation de développement communautaire (CDC) du Plateau-Mont-Royal ainsi que le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).
Pour souligner cette demande, des messages ont été projetés sur les façades de l’Hôtel-Dieu de Montréal, de l’ancien Institut des Sourdes-Muettes et de l’entrepôt Van Horne, jeudi soir.
On pouvait lire: «Logement social ≠ logement abordable», «La Ville appartient à ceux qui spéculent tôt», «Plus de social, moins de luxe» et «Bâtiment public recherché».
«L'Hôtel-Dieu, c'est un peu un symbole, parce que c'est le dernier grand site public qui est encore aux mains de l'appareil étatique. On aimerait qu’il reste public», a expliqué Anaïs Hélie-Martel, membre de l’équipe de coordination de la CDC responsable du volet Habitation et de la Table de quartier du Plateau-Mont-Royal, au sujet de l’action de visibilité.
L’Hôtel-Dieu de Montréal fait partie du parc immobilier du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l'île-de-Montréal.
Le site a servi de halte-chaleur temporaire pendant l’hiver, mais le seul service offert en continu est l’injection de médicaments, selon les informations fournies en ligne par le gouvernement du Québec.
L’utilisation actuelle est ainsi très éloignée du projet proposé par la Communauté Saint-Urbain en 2022, qui espérait voir la création de 300 logements sociaux et communautaires sur le site.
«Si on veut combattre la crise du logement, il faut du logement social. Et sur des projets qui sont confiés à des promoteurs privés, il va y avoir une part prépondérante de logements de luxe», a souligné de son côté Maxime Claverie, organisateur communautaire au Comité logement du Plateau-Mont-Royal.
Il a rappelé que l’administration de Soraya Martinez Ferrada a fait disparaître l’exigence voulant que des projets immobiliers sur le territoire montréalais comprennent une part de logements sociaux. Une cible moins précise de 20% de logements hors marché est temporairement venue la remplacer.
Mme Hélie-Martel dit percevoir une incohérence dans les actions de l’administration montréalaise, qui a bonifié le financement des mesures de lutte à l'itinérance.
«On se demande s’ils voient le cause-à-effet. Parce qu’on met des plasters sur quelque chose, mais on ne règle pas la cause profonde.»
La CDC du Plateau-Mont-Royal, le Comité logement du Plateau-Mont-Royal et le FRAPRU soutiennent que l’itinérance est intimement liée aux prix des loyers et aux évictions de locataires.

Les trois organismes souhaitent éviter un scénario comme celui du site de l’ancien Institut des Sourdes-Muettes, qui a été vendu à Residia par Québec.
Même si le promoteur immobilier entend inclure une part de logements sociaux dans son projet, qui préservera les bâtiments historiques centraux du site, Mme Hélie-Martel et M. Claverie estiment qu’il s’agit d’un compromis insuffisant.
«C’est un bâtiment qui a été payé avec nos taxes, qui appartient au domaine public. Puis, on va l’offrir au privé pour que, lui, il s’enrichisse», s’est indignée la coordonnatrice de la CDC, soutenant qu’une réhabilitation du site historique aurait coûté moins cher si l’État ne l'avait pas «laissé dépérir».
«Les terrains qui appartiennent au public doivent servir l’intérêt public», a résumé pour sa part l’organisateur communautaire du FRAPRU, Carl Lafrenière. «De vendre au privé, c’est de se priver d’une richesse collective.»
M. Lafrenière n’a pas caché sa déception face à la création de 1000 logements abordables en trois ans, annoncée dans le budget provincial la semaine dernière.
Ce chiffre est nettement inférieur à ce que réclame le FRAPRU «pour répondre aux besoins les plus criants». L’organisme souhaiterait voir 10 000 logements sociaux s’ajouter au parc résidentiel québécois chaque année, sur une période de 15 ans. Au bout du compte, ces unités subventionnées représenteraient 20% de l’ensemble du parc locatif.
Le coût annuel d’un tel investissement serait d’environ 2,5 milliards $, estime M. Lafrenière.

«Les logements qui sortent de terre sont trop chers pour répondre aux besoins des ménages les plus précaires, qui sont les plus durement touchés par la crise du logement», a-t-il souligné.
Selon les données de la CDC, en 2021, 36,5% des ménages du Plateau-Mont-Royal consacraient plus de 30% de leurs revenus à se loger.
L’organisateur communautaire du FRAPRU a également affirmé que «la théorie du ruissellement», qu’il attribue au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), ne représente pas une solution efficace à ladite crise.
Les données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement démontrent qu'en 2025, le taux d’inoccupation des logements montréalais dont les loyers étaient de plus de 1620$ était de 5,6%, alors que la disponibilité de ceux de 885$ à 1090$ était de 1%.
Entre ces deux catégories de prix, les taux d'inoccupation se rapprochaient davantage du point d'équilibre consensuel de 3%.
«Les taux de construction sont en hausse année après année. Du même souffle, les loyers explosent et on assiste à une crise de l'itinérance, qui est directement liée à la crise du logement», souligne M. Lafrenière.
Les messages projetés sur les bâtiments emblématiques du Plateau ont disparu, mais le problème de l’abordabilité persistera si les différents paliers de gouvernement n’interviennent pas, estiment les trois organismes.
«Au final, c’est une question de choix et de courage politique», résume Anaïs Hélie-Martel.
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