Solo Échantillons à la recherche d’un nouveau propriétaire
Après 25 ans en affaires, Johanna Chouinard souhaite transmettre sa boutique à une personne qui sera fidèle à l’esprit du quartier.
Johanna Chouinard a ouvert la boutique Solo Échantillons, spécialisée dans la vente d’échantillons de vêtements, en 2001. Sa clientèle est constituée d’adeptes de mode à la recherche de pièces uniques et colorées.
«C'était très avant-gardiste», raconte-t-elle, en expliquant qu’il n’y avait pas encore beaucoup de friperies dans le quartier.
L’idée de vendre est venue il y a six ans, pendant la pandémie.
«Mon mari est à l'étranger. Quand il y a eu le COVID, il ne pouvait pas rentrer [au Canada]. Ça a été tellement compliqué. On s'est dit, on devrait penser à être sur le même territoire plus facilement. Puis, en fait, ce qui nous retient, c'est la boutique.»
Mme Chouinard souhaitait au départ vendre son inventaire et louer son local situé au 1328, avenue Laurier Est, plutôt que céder son entreprise.
«C'est mon mari qui a dit : "Johanna, tu sais très bien que la business peut changer la vie de quelqu'un comme ça l’a fait pour toi. La vie d'une femme, entre autres." Il m'a vraiment eu avec cette petite phrase-là», se souvient-elle.
Accompagnement avec Repreneuriat Québec
Pour la guider dans ce processus, Mme Chouinard a fait appel aux services de Repreneuriat Québec, un organisme de développement économique qui a pour mission de «faciliter les transferts d’entreprise au Québec».
L’organisme offre trois services: l’accompagnement des entrepreneurs, la mise en relation entre vendeurs et acheteurs et un service d’orientation vers des spécialistes, comme des avocats.
Le conseiller en transfert d'entreprise chez Repreneuriat Québec, Christian de Stoop, explique que l'organisme est neutre et n’a aucun intérêt financier dans les transactions.
«On a le luxe de pouvoir donner l'heure juste [au vendeur comme à l’acheteur]», fait-il valoir.
M. de Stoop accompagne Mme Chouinard depuis plus d’un an, notamment en organisant les premières rencontres avec les potentiels acheteurs.
«Christian va me dire, est-ce que tu veux rencontrer ce repreneur-là ? [...] Si je dis: "Oui", il envoie une invitation, puis on fait un Teams à trois», explique-t-elle.
Sensibiliser à la réalité de l'entrepreneuriat et du Plateau
L’entrepreneure rencontre des aspirants repreneurs aux profils variés, autant des passionnés de la boutique que des investisseurs.
«Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'on "joue au magasin". On ne joue pas au magasin. C'est le fun, oui, mais c'est une job», explique-t-elle.
Mme Chouinard refuse parfois une offre quand elle estime que le concept proposé «ne va pas fonctionner».
«[Il y a eu cette] fille, elle avait le financement. Elle voulait faire sa ligne [de vêtements] faite en Chine. J'ai dit non parce que je ne crois pas qu'ici, les gens du quartier, du Plateau, veulent une marque faite en Chine», illustre-t-elle.

Une affiche dans la vitrine qui émeut
Pour attirer de potentiels acheteurs, Mme Chouinard a installé une affiche dans sa vitrine qui informe de son intention de vendre, même si son comptable et son conseiller financier ont tenté de l’en dissuader.
«Ils m’ont dit : "Mets pas ça dans la fenêtre, ça fait cheap". Puis, j’ai pensé, non, ça ne fait pas cheap. [...] Je connais ma clientèle. Je sais qu'il y a plein de personnes qui ont ce genre de potentiel. Je veux l'offrir à toutes les personnes qui viennent ici depuis 25 ans», affirme-t-elle.
L'entrepreneure explique que l’affiche permet aussi de préparer mentalement les clients qui sont attachés à Mme Chouinard et à la boutique.
«Il y en a eu des boîtes de Kleenex en dessous de la table parce que les gens rentrent en pleurant. [...] Je veux qu'ils sachent parce que je veux [faire le processus avec ma communauté]», dit-elle.
Bâtir un lien de confiance
Pour rassurer ses clients, Mme Chouinard les invite à lui «faire confiance».
«Je leur dis : "J'accompagne [le nouveau propriétaire pendant] deux ans. Si moi je veux travailler avec cette personne, vous allez l'aimer vous autres aussi".»
M. de Stoop abonde dans le même sens. «Pour un transfert réussi, ça prend une relation de confiance. [...] Il y a un énorme élément humain, et l'importance d’un fit de valeurs entre l'acheteur et le vendeur», affirme-t-il.
Le conseiller indique que ce lien devient déterminant lorsque des difficultés surviennent. «Si jamais des problèmes de nature technique ou financière voient le jour pendant les négociations, s'il y a un lien de confiance, on va trouver une solution.»
Mme Chouinard est pour sa part enthousiaste face à l'avenir de sa boutique.
«Je dis tout le temps à mes clientes : "Je ne sais pas qui ça va être, mais [cette personne] va apporter quelque chose que moi je n'ai pas, [et ça sera] positif."»