Des débats et un manque d'amour
Cette infolettre résume les nouvelles du Plateau du 22 au 28 août 2025.
Plus d’une centaine de personnes étaient présentes mardi lors d’une assemblée publique de consultation sur la transformation de ce site patrimonial situé près du métro Sherbrooke.
Réticences face à la hauteur, flèches envoyées en direction de Québec et la communauté sourde qui souhaite conserver les bâtiments historiques: voilà quelques éléments retenus de la consultation publique sur la requalification de l’ancien Institut des Sourdes-Muettes, mardi.
«Un des grands défis que nous vivons à Montréal, c’est de ne pas être capable de donner une autre vie à ces bâtiments-là, qui coûtent très cher à restaurer», a lancé la conseillère de la Ville, Marie Plourde, à la salle bondée de l’ITHQ en début de présentation du projet de transformation.
Le site, qui était voué à la communauté sourde à partir du milieu du 19e siècle, avait été délaissé par les équipes du ministère de la Santé, en 2015.
Celle qui est notamment attitrée aux dossiers du patrimoine et de l’urbanisme au niveau municipal et de l’arrondissement, a souligné qu’il s’agissait d’«une occasion rare de requalifier un ensemble patrimonial».
La consultation publique est censée être prise en considération pour ce qui est de la conception finale du projet immobilier, qui devra être approuvée par Le Plateau-Mont-Royal.
La mise en chantier devra ensuite être lancée au cours des cinq prochaines années.
Il sera encore possible pour la population d’envoyer des commentaires ou des questions sur le projet jusqu’au 2 septembre.
Madame Plourde a affirmé que le projet proposé par le promoteur immobilier Residia, qui devrait comprendre plus de 800 logements, viendrait amoindrir la crise de l’habitation.
Cependant, le projet déroge à plusieurs règlements, notamment en ce qui a trait à la démolition de certains bâtiments et à la hauteur de certaines structures. Pour contourner ceux-ci, l’arrondissement utilisera la Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d’habitation.
Cette loi provinciale permet d’autoriser des projets d’habitation dérogatoires, entre autres si le taux d’inoccupation des logements locatifs sur le territoire concerné est inférieur à 3%.
«Présentement, la hauteur maximale du bâtiment serait limitée à quatre étages. Donc, nécessairement, on va déroger», a annoncé le conseiller en planification à la division de l'urbanisme du Plateau-Mont-Royal, Stéphane Morin.
Effectivement, cette hauteur maximale serait largement dépassée au coin des rues Berri et Cherrier, où une tour de 25 étages est proposée.
Bien que les hauteurs des côtés des rues Saint-Denis et Roy correspondent à la volumétrie de bâtiments voisins, les structures de la rue Cherrier ont été accueillies froidement par plusieurs personnes qui se sont exprimées lors de la période de questions.
C’était notamment le cas du candidat d’Ensemble Montréal à la mairie du Plateau-Mont-Royal, Jean Beaudoin, qui a invité les différentes entités qui décideront de la forme définitive du projet à bien étudier les impacts des tours d’habitation sur le voisinage.
«S'il vous plaît, assurons-nous que les gens dans le quartier préservent une qualité d'ombre et de lumière, de vue et d'intimité», a-t-il plaidé.
Il est à noter que divers comités ont déjà recommandé que la volumétrie des nouveaux bâtiments soit repensée.
Isabelle Beauchamp, architecte à la firme Blouin Beauchamp, a expliqué que la densification de ces nouvelles structures permettra de «libérer le plus d’espace possible sur le site», qui comprend des aires de détente.
Il a aussi été précisé que les loyers des logements à valeur marchande viendront éponger les déficits de ceux à moindres coûts ainsi que l’entretien des édifices patrimoniaux.
Questionné à plusieurs reprises à cet égard, Pierre Barrieau, président de la firme Gris Orange Consultant, a affirmé que le promoteur immobilier, Residia, est ouvert à construire plus de logements sociaux et abordables, au-delà des 20% exigés pour chaque catégorie par le Règlement pour une métropole mixte. Il a toutefois indiqué que le soutien du gouvernement provincial manquait à l’appel.
«Présentement, il n’y a plus d’encre dans le stylo du chéquier de Québec. Et Ottawa a jeté son stylo, ça fait longtemps.»
Amélie Vromet, organisatrice communautaire du Comité logement du Plateau-Mont-Royal, était parmi ceux qui ont cherché des clarifications à ce sujet. Elle a profité de son passage au micro pour déplorer que la propriété passe au secteur privé.
«C'est un site qui a été financé par les citoyens, citoyennes au fil des années, depuis que le gouvernement l’a acheté en 1979. C’est un site qui doit revenir à la collectivité.»
Mme Vromet a toutefois dit être ravie de constater que le projet de Maison Ludivine Lachance, dont l’objectif est de redonner une partie de l’espace de l’ancien Institut des Sourdes-Muettes à la communauté sourde, avait été inclus dans le projet de Residia.
«Le patrimoine historique, c’est très important pour une personne sourde, comme je le suis», a dit une dame, après avoir décrit son passage sur le site en tant qu’élève, de 1942 à 1951.
«La chapelle, il faut la garder. Il ne faut pas la donner. C’est à nous», a-t-elle lancé, soulignant l’importance d’avoir accès à un espace commun pour briser l’isolement que vivent les membres de la communauté sourde.
Pierre Barrieau, président de la firme Gris Orange Consultant, a indiqué que le lieu serait «ouvert pour la communauté qui va être à même le site.» Il a également laissé entendre que la communauté sourde serait consultée dans le processus de réaménagement.
Le projet de Maison Ludivine Lachance, dont l’objectif est de réintégrer la communauté sourde sur ce site qui a marqué son histoire, semble en voie de gérer le bâtiment de la rue Berri, construit en 1882. Une soixantaine de logements sociaux adaptés à leurs besoins devraient s’y trouver, selon Marie-Josée Richard, secrétaire du conseil d’administration du projet.
«En ce moment, on n'a pas d’argent pour acheter la chapelle», a-t-elle concédé.
Cela dit, l’équipe de la Maison Ludivine Lachance se lancera à la recherche de financement lui permettant de prendre possession de tous les édifices historiques qui resteront sur le site.
Deux demandes de protection des aires de nidification du martinet ramoneur, une espèce d’oiseau menacée qui trouve refuge dans les cheminées, ont été émises.
M. Barrieau a laissé entendre que ce serait possible avec la collaboration de la Ville et de l’arrondissement et a indiqué que des biologistes sont consultés dans le contexte de développement du site, qui pourrait voir le nombre de lieux de nidification augmenter.
«On est dans des mesures à coûts très raisonnables, mais qui pourraient faire de ce projet, un projet exemplaire. Et je pense que le promoteur est 100% ouvert à ça.»
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