Voter nul pour s’opposer à l’offre électorale

Le Parti nul propose une manière d’officialiser la contestation des électeurs insatisfaits face aux choix qu’on leur propose dans le contexte des élections provinciales.

Logo du Pari nul, qui donne l'impression d'être tracé à la main. «NUL» est écrit en majuscule et encadré, sur fond blanc.
Puisqu'elle souhaite qu'un vote nul serve de contestation à l'offre et au système politique et non à appuyer ses propres idéaux, Jenny Cartwright a préféré fournir l'image du logo de son parti plutôt que de voir sa photo être publiée avec l'article.
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Bien qu’il ne soit pas présent dans les 127 circonscriptions du Québec, le Parti nul a des candidats dans toutes celles du Plateau-Mont-Royal. 

Dans Mercier, c’est la documentariste Jenny Cartwright qui sera de retour sur le bulletin de vote. Elle note toutefois que c’est la loi électorale qui oblige à associer un nom d’individu à une candidature. Autrement, elle aurait préféré ne voir que le nom du parti apparaître. 

Le site du Parti nul note d’ailleurs simplement les circonscriptions où des candidats se présentent à l’aide d’un «X».

Éviter de financer «les partis établis»

«On a un système électoral qui est extrêmement déficient. Et ne pas voter ou annuler son vote fait en sorte que l’on finance les partis établis», explique Mme Cartwright. 

«C’est important pour moi d’offrir l’option “aucune de ces réponses”», poursuit-elle, soutenant que l’option devrait se trouver par défaut sur le bulletin de vote, sans qu’un parti ait à la représenter.

Après les élections générales, la loi électorale prévoit une redistribution d’un montant équivalent à 1,99$ multiplié par l’ensemble des électeurs inscrits dans une circonscription, qu’ils aient voté ou non. Le total est ensuite réparti entre les candidats en fonction de la proportion de votes qui auront été faits en leur faveur.

Avec les 44 882 électeurs inscrits dans Mercier, les candidats pourront se diviser près de 90 000$.

Ceux ayant obtenu un minimum de 15% d’appuis verront aussi la moitié de leurs dépenses électorales remboursées.

Le Parti nul indique qu’il se servira des sommes lui étant redistribuées pour payer ses frais de fonctionnement. 

«On dit souvent que les abstentionnistes sont paresseux, et comme ils n’ont pas voté, ils n’ont pas le droit de se plaindre. Je trouve que c’est vraiment malhonnête comme affirmation», explique Jenny Cartwright. 

«Au contraire, un refus n’est ni un geste passif ni un renoncement. Je pense que c’est un geste politique qui permet de remettre en question [des règles] qu’on nous présente comme inéluctables, alors qu’elles sont injustes.»

«Le Parti nul, c’est l’espace que j’ai trouvé pour transposer cette résistance-là dans l’espace électoral, pour donner une voie politique à l’abstention.»

Réfléchir à l’organisation sociale

Si Jenny Cartwright se représente dans Mercier, c’est que le Parti nul a déjà un candidat dans Laurier-Dorion, où elle habite. «C’est près de chez moi et c’est un quartier que j’aime bien», indique-t-elle tout en disant de ne pas être motivée par des enjeux politiques en particulier qui sont propres à la circonscription. 

Questionnée à savoir si elle déménagerait de quelques kilomètres de son logis de Parc-Extension pour s’installer dans Mercier, dans un cas où elle remporterait l’élection, Mme Cartwright répond simplement qu'une telle éventualité «est statistiquement impossible». 

D’ailleurs, elle indique que le Parti nul n’est pas intéressé par le parlementarisme et ne croit pas être capable de «changer le système de l’intérieur». 

«On se voit plus comme une espèce de mouvement citoyen ou un collectif qui dit qu’il faut réfléchir à une autre façon d’organiser la société.»

À titre personnel, dans un contexte de démocratie représentative, la candidate nulle estime qu’un système où les députés seraient tirés au sort parmi l’ensemble des citoyens serait à explorer. 

«Ça permettrait d'avoir une véritable parité de genre, mais aussi de classe sociale – ce qu'on n'a pas à l'Assemblée nationale en ce moment –, d'origine, de diversité, d'expérience», souligne-t-elle, tout en précisant que ce n’est pas une revendication de son parti.

Refuser de «voter pour le moins pire»

«Je ne sais pas si je vais voter nul», avoue la documentariste. «Si ce n’est pas [Andrés] Fontecilla qui rentre dans ma circonscription, ça va être terrible.»

M. Fontecilla avait délogé les libéraux de Laurier-Dorion en 2018. Il propose sa candidature de nouveau sous la bannière de Québec solidaire, mais les avances confortables dont il jouissait lors des deux dernières campagnes électorales semblent être chose du passé. 

À titre personnel, Mme Cartwright s’identifie comme étant «beaucoup plus à gauche que Québec solidaire». Elle décrit la formation politique de Ruba Ghazal comme étant «beige» et «[in]capable de se tenir debout».  

«Le fait qu’on soit toujours obligé d’aller voter pour le moins pire est l’une des raisons qui m’a poussée à m’impliquer avec le Parti nul», déplore-t-elle.

La candidate nulle dit toutefois déjà s’être «sentie véritablement représentée» par l’Union des forces progressistes. Cette formation politique avait fusionné avec Option citoyenne pour créer Québec solidaire en 2006.

Cheminer dans un système «dysfonctionnel»

«2012 m’a beaucoup politisée», note Mme Cartwight au sujet de l’année marquée par un imposant mouvement de grèves étudiantes au Québec. C’est alors qu’elle est devenue l’agente officielle du candidat «libéral indépendant», David Cherniak, qui s’offrait comme alternative à Gerry Sklavounos, du PLQ, dans Laurier-Dorion. 

«Je me suis rendu compte à quel point le système électoral était complètement opaque», raconte-t-elle, disant avoir tenté de cheminer dans un système «dysfonctionnel», où elle a peiné à obtenir des réponses à ses questions ou les formulaires nécessaires à une candidature.

«C’est vraiment souvent la maison qui rend fou.»

Elle remet aussi en question la collecte de signatures et d’informations personnelles, «à la vue de tous», sur une feuille, qui sont nécessaires pour officialiser une candidature. 

«Élections Québec devrait faire une campagne d’éducation», estime-t-elle, disant que la population n’est pas au courant de la nécessité de cette démarche et qu’elle s’est même fait rejeter de stationnements d’épicerie. 

«Les gens ont raison d’être méfiants, parce qu’on est à une époque où il y a tellement de vols d’identité», reconnait-elle. 

Cette expérience «a ouvert la porte à huit ans de réflexion et de recherche sur le système électoral, qui ont fini par donner le film, Les perdants.»

Un parti progressiste, mais sans plateforme

C’est dans le contexte de ce projet qu’elle a fait la rencontre de Renaud Blais du Parti nul. 

«Et là, pour la deuxième fois dans ma vie, je me sentais représentée par un parti politique.»

D’ailleurs, sur le plan des valeurs, Mme Cartwright indique que le Parti nul a évolué. Partant de l’«illusion de neutralité», où il n’aurait d’autre fonction que d’offrir l’option «aucune de ces réponses» à l’électorat, il s’identifie aujourd’hui comme étant progressiste. 

«On filtre nos candidats et on est un parti qui se dit fièrement antifasciste, anticapitaliste, antiraciste, féministe.»

Le Parti nul n’a toutefois pas de plateforme, ce qui n’empêche pas Jenny Cartwright de conclure l’entrevue avec des commentaires sur la fiscalité. 

«Il faut taxer les riches. C’est évident. Il faut mettre fin aux paradis fiscaux.»

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