Coûteuses, les dépenses municipales? Normal, dit un expert
Les projets publics sont de plus en plus coûteux: 400 000 $ pour remplacer et automatiser les portes d’entrée de la bibliothèque Mordecai-Richler et 27 millions $ pour construire la nouvelle piscine du parc Baldwin.
En examinant certains investissements de l’arrondissement ou de la Ville, les factures peuvent sembler salées. Cette tendance n’est pas sur le point de se dissiper, estime le professeur de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Pierre-Jacques Hamel.
«Si vous mettez ensemble le renforcement des normes, le durcissement des contrôles et la relative pénurie de main-d'œuvre, vous avez un cocktail formidable pour avoir des prix qui augmentent», résume-t-il.
Celui qui est spécialisé en finances publiques locales ne se dit pas choqué d’apprendre que Le Plateau-Mont-Royal compte dépenser près de 400 000$ pour remplacer et automatiser les portes d’entrée de la bibliothèque Mordecai-Richler. Il note toutefois qu’il faudrait examiner le cas «de proche», au-delà de la facture, afin de se prononcer définitivement.
L’objectif des travaux est notamment de restaurer la porte d’entrée en bois, jugée en mauvais état, et d’améliorer l’accessibilité universelle à la bibliothèque, tout en répondant aux exigences du Service de sécurité incendie de Montréal.
La réaction de M. Hamel est similaire face aux 27 millions $ prévus pour la nouvelle piscine du parc Baldwin. Ce montant comprend la conception et la construction des installations, incluant une pataugeoire et le pavillon des baigneurs, en plus du nouveau bassin de 50m. L’arrondissement assumera 10% des coûts.

«Une quantité astronomique de normes»
«Une municipalité – ou même une entreprise –, qui accueille du public, doit faire face à une quantité astronomique de normes très contraignantes», souligne le professeur. La marge de prix envisageable n’est donc pas comparable à celle d’une résidence privée.
«Il faut que ce soit anti-feu, anti-tremblement de terre, accessible aux fauteuils roulants et que ça permette des interventions d'urgence rapide.»
Installée dans une ancienne église anglicane du Mile End, l’immeuble de la bibliothèque Mordecai-Richler est considéré comme étant d’intérêt patrimonial municipal. En plus de se conformer aux normes et exigences en matière de sécurité et d’accessibilité, les remplacements de portes doivent donc se faire dans le respect de la conception d’origine.
«L’électrification de la porte principale requiert une quincaillerie spécialisée, adaptée à l’intégration discrète de mécanismes électriques sans altérer l’apparence patrimoniale, dont le coût est substantiellement plus élevé que la quincaillerie conventionnelle», explique-t-on dans l’ordre du jour de la séance du conseil d’arrondissement du 13 avril 2026.
«La porte principale doit être reproduite par un artisan dont le travail détaillé requiert plus de temps que la fabrication d'une porte manufacturée.»
On y indique également que l’installation d’un système d’électrification permanent représente des interventions «complexes» pour ce qui est des portes vitrées intérieures.

Pour ce qui est de la piscine, M. Hamel soutient que les municipalités vont chercher à se «blinder» en optant pour des matériaux et des équipements de qualité, qui répondent aux normes les plus récentes en matière de santé et de sécurité.
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«C’est rare qu’on aille vers du bon marché quand on fait des équipements publics, parce qu’on veut se garantir qu’ils soient exempts de tout souci», résume-t-il.
«C’est rendu compliqué».
Un nombre restreint d’entrepreneurs répondent aux appels d’offres
En plus des normes à suivre, un déséquilibre entre l’offre et la demande vient aussi affecter le prix des factures.
Évoquant une sortie de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, sur l’«explosion» des coûts d'infrastructure, le professeur Hamel confirme qu’il s’agit d’un phénomène répandu.
Les prix des soumissions en réponse à un appel d’offres peuvent être l’équivalent du triple de l’évaluation initiale des coûts, avise-t-il.
Dans sa lettre ouverte, la mairesse Fournier offrait justement en exemple l’agrandissement et la mise aux normes d’un centre d’épuration des eaux usées. En 7 ans, le prix estimé du projet avait grimpé de 363 millions $ à 1,3 milliard $.
Bien que les municipalités aient l’obligation de sélectionner les offres les moins dispendieuses, les soumissions retenues doivent tout de même se conformer à certaines exigences. De plus, la concurrence peut être particulièrement faible dans certains domaines, ajoute M. Hamel.
«Quand vous faites un appel d’offres pour des feux de circulation, ils ne seront pas douze à répondre. Il y a peut-être deux ou trois fournisseurs à la grandeur de l’Amérique du Nord.»
Dans le cas de la piscine du parc Baldwin, six soumissionnaires avaient été écartés, puisque jugés non conformes. En fin de compte, seuls les projets de L'archevêque & Rivest et Magil Construction Est avaient été considérés.
C’est cette dernière entreprise qui a fini par obtenir le contrat. La facture totale qu’elle avait proposée permettait des économies d’un peu plus de 1 million $ par rapport à celle de sa seule rivale.
Pour ce qui est des travaux à l’entrée de la bibliothèque Mordecai-Richler, Mile Construction s’est retrouvée à être l’unique entreprise à fournir une soumission jugée conforme.
«Ce n’est pas l’ouvrage qui manque», souligne M. Hamel, au sujet des entrepreneurs qui ont l’embarras du choix face aux propositions de contrats. «Avant de se déplacer pour n’importe quoi, il faut vraiment que ça vaille la peine.»
À cela s'ajoutent les besoins de main-d’œuvre. La Commission de la construction du Québec estime que 17 000 nouveaux travailleurs devront s’ajouter chaque année, d’ici 2030, afin de répondre aux besoins des chantiers de la province.
Finalement, malgré les effets de la commission Charbonneau, Pierre-Jacques Hamel avise qu’il faut garder l’œil ouvert face aux potentiels cas de collusion.
«C’est comme faire le ménage. Une fois qu’il est fait, il faut penser à recommencer.»
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