Dégât d’eau : des artistes du Mile End se soutiennent

Une conduite d’eau qui a explosé dans des ateliers d’artistes laisse ses occupants chamboulés par des pertes matérielles et financières.

Corridor désert avec le bas des murs éventré.
Un corridor des ateliers d'artistes avec le bas des murs éventré. Photo : Odile Joron
Getting your Trinity Audio player ready...

Une conduite d’eau a explosé le samedi 26 septembre dans le couloir des ateliers d’artistes situés au 5445, avenue De Gaspé.

Il s'agit d'ateliers du Mile End qui ont fait l'objet d'ententes permettant le maintien de loyers abordables, notamment grâce à des partenariats entre le Regroupement Pied Carré et Allied Properties, de même qu'avec les Ateliers Créatifs Montréal et Gestion Casgrain Inc.

Le sol de plusieurs ateliers situés aux 4e et 5e étages a été complètement inondé. Dix jours plus tard, le 6 octobre, la partie inférieure de certains murs était ouverte pour faire sécher l'intérieur.

Mur de gypse éventré à la base.
Mur de gypse éventré à la base pour le faire sécher. Photo : Odile Joron

De nombreux ateliers sont inutilisables pendant les travaux, avec la poussière, le bruit des ventilateurs et celui des déshumidificateurs qui nuisent au travail des artistes.

«Ce n’est plus le même atelier», a confié un artiste qui préférait garder l’anonymat. Selon lui, les locataires touchés auraient eu la consigne de quitter les lieux.

Une communauté mobilisée 

Pour répondre à l’urgence, Ateliers Créatifs Montréal a engagé un entrepreneur «pour faire les réparations et aider à relocaliser le matériel des artistes», explique Peter Farbridge, coordinateur général au Regroupement Pied Carré.

Le Regroupement Pied Carré a pour sa part organisé l’entraide entre ses membres pour déplacer du matériel et offrir de l’espace d’entreposage «sécuritaire» aux artistes touchés.

«C'est horrible ce qui arrive [aux] artistes, parce qu'ils sont déjà fragiles sur plusieurs plans. [...] En même temps, en tant que coordinateur, j'ai trouvé ça comme un moment de se rassembler, de voir c'est quoi maintenant Pied Carré, après les grandes luttes dans le passé pour établir la communauté ici», soutient-il.

Un piano d’une valeur de 15 000 $ endommagé

L’atelier de la pianiste Alexis Emelianoff a été inondé et son instrument, d’une valeur de 15 000 $, évacué d’urgence.

«S'il y a des dommages, ça peut coûter 10 000 $. [...] J'ai l'assurance, mais même avec l'assurance… Je ne peux pas évaluer le dommage parce que ça vient avec le temps.» 

Elle explique que son piano est sensible à l’humidité, et que les différentes pièces qui le constituent sont encore «sous tension» depuis l’incident.

La pianiste soutient que l’entraide qu’elle a développée, notamment avec l’organisme communautaire Exeko situé au même étage, s’est avérée salvatrice.

«J'ai fait des dons de livres, des choses pour donner aux jeunes. Et puis je suis venue hier, et la personne m'a dit : "Ah, Alexis, est-ce que tu as apporté des choses pour nous ?" Et j'ai dit : "Non, cette fois, c'est moi qui ai besoin d'aide".»

L'organisme a aidé Mme Emelianoff en lui offrant d’entreposer «quelques affaires».

Un plancher de danse central à deux communautés

Studio ED est un centre communautaire queer qui rassemble «les artistes et la communauté qui ne sont souvent pas bien servis», explique Laurel Koop, responsable de la direction générale.

Plancher nu du Studio ED, sans le plancher
Le Studio ED sans son plancher de danse. Photo : Odile Joron

Le plancher de danse, essentiel à la programmation de l’organisme, a été complètement détruit. Selon Laurel Koop, la perturbation affecte leurs membres, mais aussi ceux de Black Gxrl Sesh, un collectif de danse qui dessert la communauté noire trans.

 «Depuis 10 ans, on leur donne quatre soirs gratuitement. [...] On est leur maison. Alors l'impact [d’avoir fermé] est devenu très large, parce qu'on a plus de 150 personnes chaque semaine qui viennent chez nous», déplore Laurel Koop.

Le studio évalue à 25 000 $ le coût d’un nouveau plancher de danse, une dépense que ses assurances ne couvriront pas.

«On a un budget tellement petit. On n’avait pas le budget pour avoir de grosses assurances pour nos biens», se désole Laurel Koop. «On n’a pas l’argent, mais on travaille vraiment [fort].»

Studio ED et Black Gxrl Sesh cherchent du soutien «partout», notamment avec une campagne de sociofinancement. En date de la publication de cet article, celle-ci avait déjà permis d’amasser plus de 6 000 $.

«On fait plein de choses. On demande aux autres studios de nous [prêter] leur espace. On demande à Pied Carré et aux Ateliers Créatifs Montréal de nous soutenir. Puis on fait des demandes de bourses d'urgence», ajoute Laurel Koop.

Les deux groupes souhaitent rouvrir rapidement le studio. «C'est assez urgent. (...) On perd 2000 $ chaque semaine qu’on est fermé», déclare Laurel Koop.

Répondre à l’urgence, ensuite soutenir

«Mon objectif dans l’immédiat, c'est de s'assurer que le monde passe à travers les urgences et protège leurs œuvres», affirme M. Farbridge.

Par la suite, le coordinateur souhaite réfléchir aux meilleurs moyens de «répondre aux pertes» et soutenir les membres de Pied Carré.

Après l’entrevue avec Mon Plateau, M. Farbridge a indiqué par courriel qu’il prépare avec l’organisme Exeko «une séance d’information pour les membres avec un atelier sur les assurances et une offre de mutualisation d’assurance collective».

M. Farbridge estime que les travaux de rénovation pourraient prendre encore six semaines.

L'article a été rédigé le 8 octobre 2026 et réflète la situation à cette date.

Génial ! Vous vous êtes inscrit avec succès.

Bienvenue de retour ! Vous vous êtes connecté avec succès.

Vous êtes abonné avec succès à Mon Plateau.

Succès ! Vérifiez votre e-mail pour obtenir le lien magique de connexion.

Succès ! Vos informations de facturation ont été mises à jour.

Votre facturation n'a pas été mise à jour.