Fumée : une pétition cible un Poulet Rouge sur Saint-Denis
Depuis trois ans, une voisine du restaurant frappe à toutes les portes pour que Poulet Rouge évacue sa fumée au-dessus du niveau de la rue.
Depuis trois ans, une voisine du restaurant frappe à toutes les portes pour que Poulet Rouge évacue sa fumée au-dessus du niveau de la rue.
Rachel Starr est gestionnaire d’une clinique de psychothérapie située près d’une succursale du restaurant Poulet Rouge au 4488, rue Saint-Denis. Ses bureaux, situés aux 2e et 3e étages, partagent une ruelle avec la sortie de ventilation du restaurant.
En raison de fumées et d’odeurs nauséabondes qui nuisent à sa pratique et à la communauté, Mme Starr a lancé une pétition demandant au Groupe Poulet Rouge d’installer une conduite d’évacuation de la fumée qui monte jusqu’au toit.
«Parce que là, peut-être, Poulet Rouge serait ouvert à parler s’il y a 1000 personnes dans le coin qui disent non», soutient-elle.

Mme Starr occupe le bâtiment situé au 4472, rue Saint-Denis depuis huit ans.
En 2023, un nouvel édifice à vocation commerciale et résidentielle a été construit au coin de l'avenue du Mont-Royal et de la rue Saint-Denis. Une succursale de Poulet Rouge s’y est installée, au 4488, rue Saint-Denis.
La sortie de ventilation de la franchise, qui rôtit du poulet sur un gril au gaz, est située dans la ruelle qui sépare le restaurant de la clinique de Mme Starr. Installée au niveau de la rue, cette sortie crée des nuages de fumée.

Les émanations sont si denses que Mme Starr n’ouvre plus ses fenêtres. Elle les a récemment fait sceller dans les 12 bureaux de psychothérapie dont elle est responsable au coût de 1000 $, privant ainsi sa clientèle d’air frais.
«J’ai des patients avec une maladie chronique, on a des personnes âgées. [...] L’odeur du poulet, ce n’est pas très calmant», soutient-elle.
Depuis l’arrivée du restaurant il y a trois ans, elle multiplie les démarches auprès de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, de la Ville de Montréal et du Groupe Poulet Rouge pour régler la situation.
«Pour les deux premières années, j’ai travaillé intensivement. C’était beaucoup de stress, beaucoup de courriel, beaucoup d'écriture», affirme-t-elle.
Pour faire avancer le dossier, Mme Starr a déposé une plainte à l'Ombudsman de Montréal en 2024 et a reçu une réponse en avril 2025.
Le rapport, consulté par Mon Plateau, informe Mme Starr qu’«il existe un vide réglementaire au sujet des émissions atmosphériques générées par les commerces à proximité de [ses] bureaux».
Le Règlement numéro 2001-10 sur les rejets dans l’atmosphère et sur la délégation de son application, géré par le Service de l’environnement de la Ville de Montréal, est celui qui s’apparente le plus à sa situation, mais ne s’applique pas aux «appareils de cuisson utilisés dans le secteur commercial».
L’Ombudsman indique que le Service de l’environnement souhaite réviser ce règlement pour qu’il encadre l’ensemble des émissions de particules fines, incluant celles émises par des appareils utilisés dans la restauration.
Le rapport précise également que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) est responsable des mises à jour réglementaires, mais que «les grilloirs ne sont pas dans [sa] mire en ce moment».
Concernant la proposition de Mme Starr de faire installer une conduite d’évacuation jusqu’au toit, l’Ombudsman indique que la sortie de ventilation dans la ruelle est «conforme à la réglementation municipale». La Ville ne peut donc pas obliger le Groupe Poulet Rouge à modifier son équipement.
«Nous avons communiqué avec un gestionnaire du Poulet Rouge qui a confirmé la volonté de l’entreprise de maintenir de bonnes relations de voisinage, mais avec des limites budgétaires évidemment», indique le rapport.
Pour Mme Starr, préserver la qualité de l’air dans la communauté est avant tout une question de bon voisinage.
«C’est le côté éthique. D’être dans un quartier qui est très dense, où il y a beaucoup de business, en particulier des business qui ne vont pas bien en ce moment», dit-elle en faisant référence à la vie commerciale sur la rue Saint-Denis qui a battu de l’aile.
Elle soutient que le Groupe Poulet Rouge, commanditaire de l’équipe de soccer CF Montréal, «a beaucoup d’argent».
«Les valeurs du CF avec Poulet Rouge, c’est la communauté [...]. Ce n’est même pas cher [la conduite d’évacuation]», déclare-t-elle.
Elle fait un parallèle avec la succursale Poulet Rouge située sur l’avenue Masson qui a fait elle aussi l’objet de plaintes pour des raisons similaires.
Mme Starr estime que le Groupe Poulet Rouge est indifférent à son impact négatif sur la communauté.
«C’est l’un des coins où il y a le plus de monde à Montréal [...] Ce n’est pas n'importe où. Ils profitent d'être sur ce coin-là, et ne payent pas le prix. De juste protéger les gens autour d’eux», affirme-t-elle.
Mme Starr mentionne qu’en 2019, Fairmount Bagel avait été la cible de plaintes pour ses émissions de fumée, même si ces dernières partaient du toit. Le fabricant de bagels iconique avait, selon Mme Starr, collaboré avec la communauté.
«Mais ici, c’est directement dans la face, et c’est OK», s’insurge-t-elle.
Questionnée par Mon Plateau, l'équipe des communications du Groupe Poulet Rouge a répondu que «les installations du restaurant Poulet Rouge de la rue St-Denis respectent l'ensemble des normes applicables et ont reçu l'accord de la Ville».
Elle réitère que l’entreprise «a à cœur le bien-être des résidents».
«En tant que bon voisin, [...] nous envisageons d'installer un conduit extérieur pour déplacer la sortie de ventilation, une option qui nécessiterait toutefois une autorisation de la Ville.»
L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal n’a pas voulu commenter. Également questionnée à ce sujet, la CMM a renvoyé la balle à la Ville de Montréal. La Ville de Montréal n’a pas répondu à un courriel envoyé le 7 octobre.
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