Départ de Steven Guilbeault: une période sans député pour Laurier–Sainte-Marie

Cette période intérimaire, pendant laquelle les services de base seront toujours offerts, sera l’occasion pour les différents partis fédéraux de se préparer pour l’élection partielle.

Steven Guilbeault, vu de côté semble sourire en direction d'une porte d'entrée de maison que l'on devine à l'extérieur du cadre, à droite.
Steven Guilbeault en porte-à-porte de campagne électorale. – Gracieuseté de l'équipe du député de Laurier–Sainte-Marie

Dans quelques semaines, la population de la circonscription de Laurier–Sainte-Marie n’aura plus d’élu local siégeant à la Chambre des communes. Steven Guilbeault délaissera officiellement la politique fédérale le 29 août.

La période sans député peut s’étirer jusqu’à 230 jours avant la tenue d’une élection partielle, qui doit se faire un lundi.

«C’est sûr que, pendant des mois sans député, c’est une situation qui n’est pas avantageuse pour les électeurs», indique Daniel Béland, professeur de sciences politiques et directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill. 

«On espère qu’on n’attendra pas trop longtemps», poursuit celui qui est lui-même résident de Laurier–Sainte-Marie.

Les services à la circonscription chapeautés depuis l’Ontario

Malgré l’absence d’un élu, les employés du bureau de circonscription continueront leur travail et offriront toujours leurs services à la population

Ceux-ci peuvent être liés aux pensions, à l’assurance-emploi, à l’immigration ou encore à l’impôt. On offre aussi de l’accompagnement pour ce qui est de démarches auprès du gouvernement fédéral, qu’elles soient liées aux anciens combattants, à la production de passeports, aux anciens détenus ou aux demandes de subventions du secteur communautaire. 

En théorie, le bureau de circonscription sera sous la responsabilité du whip du gouvernement. Il s’agit de Mark Gerretsen, qui est député de la circonscription ontarienne de Kingston et les Îles. 

«Il est loin le whip! Ce n’est donc pas un contact local», lance le professeur Béland en riant. «Il a d’autres chats à fouetter.»

Contacter les députés voisins

Pour ce qui est des préoccupations d’ordre politique, le professeur indique qu’il est toujours possible de contacter le whip pour les «plaintes majeures» ou les «dossiers vraiment importants». 

Il conseille toutefois davantage de contacter les députés de circonscriptions voisines ou relativement proches pour ce qui est des critiques du gouvernement ou des enjeux plus locaux.

«Même si c’est plus local, si c’est un comté qui est à côté ou tout près, souvent, les enjeux sont liés.»

Tous les autres députés fédéraux dont les circonscriptions recouvrent des secteurs du Plateau font partie du caucus libéral, qui forme le gouvernement. L’un est d’ailleurs ministre (Marc Miller, Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Soeurs), alors que l’autre est secrétaire parlementaire (Rachel Bendayan, Outremont). 

Ceux-ci pourraient être particulièrement attentifs aux préoccupations liées à leur gouvernement provenant d’électeurs de Laurier–Sainte-Marie, une circonscription qu’ils souhaitent maintenir en rouge.

Une circonscription campée à gauche

Bien que, dans le présent contexte de guerre tarifaire avec les États-Unis, le Parti libéral du Canada puisse compter sur de solides appuis dans le secteur, il s’agit tout de même d’un bassin électoral qui a historiquement voté pour des candidats plutôt de gauche – une étiquette qui peut aussi coller à Steven Guilbeault–, souligne M. Béland. 

En 1990, c’est Gilles Duceppe, ancien employé de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui est élu dans Laurier–Sainte-Marie. Dans sa jeunesse, il s’était associé à la Ligue communiste marxiste-léniniste et au Parti communiste ouvrier.

Devenu chef du Bloc québécois quelques années plus tard, il est réélu à plusieurs reprises jusqu’à ce que la «vague orange» de 2011 permette à la néodémocrate et ancienne diplomate, Hélène Laverdière, de lui ravir son siège.

Une rare liberté de dissension 

C’est en 2019, lorsque cette dernière quitte la politique, que M. Guilbeault est choisi pour représenter la circonscription à Ottawa. Il aura été l'un des rares députés à s’opposer ouvertement aux choix du gouvernement dont il faisait partie. 

«Ici, [au Canada,] la discipline de parti est très forte. Normalement, on ne contredit pas le parti ou le chef en public», indique Daniel Béland, notant que, normalement, le whip serait censé empêcher ce genre de chose. Il estime que la notoriété de l’environnementaliste natif de La Tuque y était pour quelque chose. 

«On a laissé à Steven Guilbeault le “droit” – entre guillemets – de le faire, parce que c’est Steven Guilbeault [...] Les dommages politiques auraient été importants [autrement]».

Photo de Daniel Béland, l'air ravi, devant un podium, se retournant vers sa droite, pointant de la main un peu à droite de la caméra.
Le professeur Béland laisse présager une lutte entre le Parti libéral et le Bloc québécois dans Laurier–Sainte-Marie. – Gracieuseté de l'Université McGill

Lutte électorale à venir

«Je ne spéculerai pas trop, mais si on a une élection, ce ne sera probablement pas avant novembre», avise Daniel Béland, notant qu’il est peu probable que la partielle devance la date des élections générales québécoises, prévues le 5 octobre. 

Le professeur estime que, pour garder la main sur le comté, le Parti libéral devra trouver un candidat de gauche, qui est associé à d’autres causes que l’environnement. 

«C’est difficile, parce que Mark Carney a fait une campagne assez centriste – de centre gauche, peut-être –, mais il gouverne au centre droit en général.» 

Cela dit, le premier ministre jouit encore de l’opinion favorable des Québécois, et même des électeurs de gauche, ajoute le Dr Béland, qui note aussi les fluctuations de gouvernements libéraux, qui ont pu changer d’approches selon les contextes dans lesquels ils ont gouverné. 

«Les libéraux sont pragmatiques», résume-t-il.

Pour ce qui est du Nouveau Parti démocratique (NPD), il semble être le seul parti siégeant à la Chambre des communes à avoir choisi sa candidate. Nimâ Machouf, qui s’était mesurée à Steven Guilbeault depuis la première candidature du député sortant, en 2019, tentera donc sa chance de nouveau. 

Elle était arrivée deuxième lors des élections fédérales de 2025, avec près de 19% des voix. 

«Le NPD, il en arrache», note le M. Béland. L’arrivée de son nouveau chef, Avi Lewis, ne semble pas avoir eu d’impact significatif sur les sondages. «Ils peuvent rêver à ça, mais ce ne sera pas facile», affirme-t-il au sujet de la potentielle reprise de Laurier–Sainte-Marie.

Il s’attend toutefois à ce que le Bloc québécois tente de regagner la circonscription en présentant une personne de gauche, encore une fois, dont la réputation n’est pas à faire dans les milieux progressistes.

«Ils pourraient essayer de trouver un environnementaliste!», lance-t-il. «Ce serait une bonne stratégie politique.»

«Ça va être une lutte qui va être assez intéressante à suivre.»

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