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Un demi-siècle après sa naissance, l’organisme communautaire La Maison d’Aurore s’est remémoré les moments forts de son engagement dans Le Plateau-Mont-Royal.
«Moi, j’en conclus que [La Maison d’]Aurore était une vieille tough, elle a survécu!» a lancé l’une des fondatrices de l’organisme, Hélène Lecours.
Elle s'adressait à plus d'une centaine de personnes rassemblées devant l’église Saint-Stanislas-de-Kostka pour célébrer le 50e anniversaire de l’organisme communautaire.
«Je suis en admiration devant ce qu’elle est devenue. Je pense qu’elle a atteint son objectif de solidarité, de regroupement», a-t-elle poursuivi.
Mme Lecours était l’une des invitées qui ont pris la parole pour retracer l’histoire de La Maison d’Aurore dans le cadre des célébrations, le 19 septembre dernier.
L’idée de La Maison d’Aurore a germé en 1975-76. Les trois fondateurs, Marcel Viau, Hélène Lecours et Jean Lafleur, sentaient alors que le quartier «devenait très individualiste et qu'il n'y avait plus que le travail qui comptait», a expliqué Mme Lecours.
À cette époque, a-t-elle poursuivi, les écoles du Plateau étaient considérées défavorisées. Plus de la moitié des résidents n’avaient pas terminé leur secondaire et le revenu annuel moyen par famille était d'un peu plus de 7000$.
Ces informations ont validé l’idée des trois fondateurs qui ont décidé de donner vie à un nouveau lieu d’entraide. Les plans ont pris vie dans l’appartement d’une dénommée Aurore Saint-Laurent. D’où le nom qui a été donné au tout nouvel organisme, La Maison d’Aurore.
Dans les années 1980, l’organisme était en pleine croissance et a effectué un premier déménagement, de la rue Rivard à un local plus grand de la rue Christophe-Colomb. De nouvelles initiatives ont aussi été lancées: un réseau d’entraide pour les aînés en 1985, suivi de cuisines collectives en 1986.
Pour raconter ces années de croissance, c’est Lorraine Decelles qui a pris la parole lors du 50e anniversaire de La Maison d’Aurore. Celle-ci avait été embauchée pour assurer le développement du nouveau réseau pour les aînés, «La Débrouille du Plateau», avant de prendre les rênes de l’organisme.
Un dossier dont elle s’est dite particulièrement fière est celui du travail effectué pour améliorer l’accessibilité des commerces, notamment sur l’avenue du Mont-Royal.
«On a fait le tour des commerces dans le quartier avec le groupe des aînés, puis on a expliqué les difficultés que les gens rencontraient», a raconté Mme Decelles à propos des marches à gravir et des lourdes portes à ouvrir.
«Et plusieurs commerces — vous remarquerez la pharmacie Jean Coutu — ont changé pour des portes avec des yeux magiques pour pouvoir ouvrir la porte [automatiquement].»
C’est aussi grâce à des demandes d’aînés du quartier, combinées aux efforts de La Maison d’Aurore, qu’un abribus a été installé à l’intersection des rues Saint-Denis et Laurier. «Ça a pris beaucoup de mois, beaucoup de mobilisation!» a-t-elle souligné.
En 1992, à la demande des parents des cuisines collectives, est né l’atelier de devoirs et de leçons de La Maison d’Aurore. Lise Fontaine a chapeauté ce programme, appelé Le Château d’Aurore, destiné aux enfants du primaire âgés de 6 à 12 ans.
«Imaginez-vous aller à l’école cinq jours par semaine et vous vous dites : “Moi, je ne comprends rien, j’en arrache, puis on me traite de poche.” Ça peut être long, longtemps!» a mentionné Mme Fontaine à la foule rassemblée devant l’église Saint-Stanislas-de-Kostka.
L’objectif du nouveau programme est de redonner confiance aux jeunes «qui apprennent différemment» pour éviter qu’ils décrochent. Pour ce faire, Le Château d’Aurore offre différents services et activités, comme l’accès à une bibliothèque, la réalisation du Journal magique et même un camp d’été.
En terminant son allocution, Mme Fontaine a utilisé sa tribune pour souligner l’importance de l’éducation au Québec et son souhait pour un réseau d’écoles qui ne divise pas les élèves selon leurs résultats scolaires ou leur situation économique.
«Ce que je veux, c'est une école publique pour tous, pour que ces jeunes-là […] aient la possibilité d'exprimer tous leurs talents. Parce qu'ils en ont. Et je pense que, comme société, on se prive de ces talents-là.»
Avec l’arrivée des années 2000, La Maison d’Aurore s’est lancée dans un nouveau chantier: celui de l’apaisement de la circulation dans Le Plateau-Mont-Royal.
À cette époque, Isabelle Gaudette devient responsable de l'action citoyenne et lance l’opération «Les Colombos du Plateau». Celle-ci invitait les résidents à photographier ce qu’ils voulaient améliorer dans leur quartier.
Le fort volume et la grande vitesse de la circulation automobile sont ressortis comme un enjeu prioritaire. C’est ainsi que le Comité circulation, formé à partir de plusieurs petits comités déjà actifs, a vu le jour.
«Les militants étaient très motivés. Le soir à dix heures après les réunions, il fallait que je les mette dehors […] pour qu'on puisse aller se coucher!» s’est souvenue Mme Gaudette.
Une grande campagne de réduction de la vitesse a été lancée avec ce message: «Notre rue, un milieu de vie maximum 30». Près de 5000 affiches ont été distribuées et affichées dans les fenêtres du Plateau.
Peu à peu des changements sont survenus. «À titre d'exemple, on se souvient des virages en double sur Laurier et de Brébeuf. On voit qu'on en a fait du chemin!» a rappelé Mme Gaudette qui se dit fière d’avoir contribué à ces victoires citoyennes.
Le segment historique des célébrations entourant les 50 ans de La Maison d’Aurore s’est terminé avec la prise de parole de l’actuelle directrice générale de l’organisme, Annie Pelletier
C’est par l’entremise du documentaire La fin du Néandertal de Bruno Dubuc qu’elle a découvert l’organisme du Plateau. «Je me dis wow, ça existe des places comme ça, où les gens de tous les âges se rencontrent, s'informent, s'organisent […] et arrivent même à changer le cours des choses!» a-t-elle expliqué.

Impliquée à La Maison d’Aurore dès 2010, elle a piloté l’organisme à travers la pandémie de COVID-19. C’est d’ailleurs dans le contexte des restrictions imposées par les mesures sanitaires qu’elle et son équipe mettront sur pied la Guinguette d'Aurore, un espace extérieur adjacent à La Maison d’Aurore.
La réalisation de ce projet s’est ajoutée aux nombreux autres chantiers mis en place par l’organisme depuis 1976. Pourtant, à travers les décennies, Mme Pelletier a souligné que les fondements de La Maison d’Aurore sont restés les mêmes.
«Accueillir avec dignité chaque personne qui pousse la porte. Provoquer la rencontre de l'autre pour créer des solidarités. Nourrir le vivre-ensemble […]. S'engager dans la transformation des conditions de vie», a-t-elle énuméré.
Le mot de la fin est revenu à l'expression lancée par Mme Lecours: La Maison d'Aurore est peut-être une «vieille tough», mais elle demeure, cinquante ans plus tard, jeune et allumée.
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