Une murale inspirée de sons du Plateau au Centre Raymond-Dewar
Six tableaux réalisés par Ilana Pichon accueillent désormais le personnel et les usagers de ce centre de réadaptation situé dans l’est du Plateau.
Six tableaux réalisés par Ilana Pichon accueillent désormais le personnel et les usagers de ce centre de réadaptation situé dans l’est du Plateau.
Le 3 novembre a eu lieu l’inauguration d’une murale en l’honneur de Denis Juneau au Centre de réadaptation en déficience physique Raymond-Dewar, situé au 2222, avenue Laurier Est.
M. Juneau, un artiste important du mouvement de l’abstraction géométrique au Québec, était atteint de surdité comme plusieurs des personnes qui fréquentent ce centre du Plateau-Mont-Royal offrant des soins et des services liés à l’audition.
Intitulée Sens et mouvements, la murale s’inscrit dans la série Bâtisseur.e.s culturel.le.s de Montréal de MU, l'organisme qui a produit l'œuvre à la demande de la famille Juneau.
Traduite en langue des signes québécoise (LSQ), la cérémonie s’est déroulée en présence de représentants de Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire, de MU, de la famille Juneau, de l’artiste Ilana Pichon, ainsi que de représentants de la Ville de Montréal et du Conseil des arts.

La nouvelle murale fait un pont entre deux hommes qui ont refusé d’être définis uniquement par leur déficience auditive.
C’est ce qui a été souligné, lors de l’inauguration, par la directrice des programmes en déficience intellectuelle, troubles du spectre de l’autisme et déficience physique à Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire, Véronique Lavoie.
Alors que Denis Juneau se démarquait par ses œuvres, Raymond Dewar s’impliquait activement pour la cause des personnes sourdes du Québec dans les années 1970-1980.
«[Leurs parcours] nous rappellent qu'une personne ne va jamais se définir uniquement par ses limitations [... Elle] va toujours se définir par ce qu'elle est, par ses forces, ses talents, ses ambitions et ses aspirations», a-t-elle dit.
Mme Lavoie a soutenu que c’est la surdité de M. Juneau qui «lui a permis de pleinement exploiter sa force créatrice».
«C'est aussi ce qu'on cherche à faire en réadaptation [...] Accompagner les gens, découvrir leur force, leur permettre de réaliser leur plein potentiel, [...] de décider où ils veulent aller et de contribuer au maximum à la société.»

Le neveu de l’artiste, André Juneau, a raconté que son oncle, décédé en 2014, avait longuement vécu et travaillé dans Le Plateau-Mont-Royal, en plus d’avoir étudié à l’Institution des Sourds de Montréal, l’établissement qui a précédé le Centre Raymond-Dewar.
«Beaucoup plus récemment, le Centre lui a montré à se servir d’un téléphone cellulaire», a-t-il expliqué, ajoutant que cela lui avait permis d’apprendre à envoyer des textos.
«C'était une sécurité pour la famille. Et je dois dire qu'il y a plusieurs membres de la famille qui ont reçu beaucoup de textes», a-t-il ajouté à la blague.
L’artiste visuelle qui a réalisé la murale, Ilana Pichon, a porté une attention particulière à l’environnement qui entoure le Centre Raymond-Dewar.
Diplômée en architecture, elle a expliqué être sensible «aux alentours» d’une œuvre qu’elle conçoit.
«On n’implante jamais un bâtiment sans savoir comment il fonctionne [dans son environnement]. En sachant que Denis Juneau était sourd, je me suis dit : “Je vais aller écouter”».
Pour concevoir les six tableaux qui constituent sa murale, elle est venue s'imprégner des sons ambiants du quartier en juin dernier.
«J'ai entendu le train [...] J'ai eu de beaux petits moments de piste cyclable avec des enfants qui racontent des choses à leur papa qui est en train de pédaler. [...] C'était comme des petits gazouillis. Il y avait d'ailleurs énormément d'oiseaux à ce moment-là, de toutes sortes.»
Dans ces sons, l’artiste a perçu «des rythmes» comme ceux inspirés par le bruit du vent. «L'idée, c'était de partir de ça pour me dire : “Est-ce que certains rythmes peuvent être retranscrits graphiquement?”».
L’artiste a ensuite fait des explorations en collage puis à l'ordinateur pour concevoir sa murale, tout en réfléchissant à la façon dont sa démarche «s’arrimait» à celle de Denis Juneau.
«Le but, ce n'est pas qu'on reconnaisse les oiseaux ou le train. Le but, c'est juste de dire: “J'ai porté attention à l'espace, puis je vous offre un moment pour porter attention aussi aux tableaux et à ce qui vous entoure”. Pour moi, faire de l'art public, c'est offrir de nouvelles lunettes sur un endroit qu'on fréquente au quotidien.»
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