Les Allumettes invitent les proches aidants à explorer leur vécu sur scène

La troupe de théâtre amateur du Plateau offre du répit à celles et ceux qui soutiennent leur proche: un moment pour s’unir, se ressourcer et faire entendre leur voix.

Mmes Malacort et Chainey posent autour d'une affiche des Allumettes Proches Aidantes dans la salle d'accueil de la Maison des arts participatifs.
«On réunit les gens pour qu’ils soient plus forts», affirme Dominique Malacort (à droite), accompagnée ici par Rachel Chainey. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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Vous êtes ou avez été une personne proche aidante? L’art dramatique vous fait de l’œil depuis longtemps, mais vous n’avez jamais osé l’approcher? Si c’est le cas, Les Allumettes Proches Aidantes pourraient vous intéresser.

La troupe de théâtre communautaire organise un atelier-découverte destiné aux personnes curieuses de se joindre à elle. L’événement aura lieu au Centre culturel Calixa-Lavallée, en plein cœur du parc La Fontaine, le 29 avril, à 17h. L’entrée est gratuite, mais il faut toutefois s’y inscrire.

Ce sera l’occasion de tâter le terrain et de découvrir l’approche des Allumettes.

«On réunit les gens pour qu’ils soient plus forts; pour qu’ils aient un pouvoir décisionnel et d’action plus fort que s’ils restent seuls, isolés chez eux», explique Dominique Malacort au sujet du projet d’art communautaire, qu’elle a lancé en 2022.

L’idée est de réunir des personnes avec une expérience de proche aidance et de collectivement créer une œuvre qui s’abreuve de leur vécu.

Trois dames sont assises, texte à la main, répétant une portion rythmée de celui-ci, dirigée par une autre femme faisant dos à la caméra.
Des Allumettes en pleine répétition dans un local du Centre culturel Calixa-Lavallée. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Accepter le risque et jouer avec conviction

«La seule chose qu’on demande pour que les gens intègrent le groupe, c’est qu’il faut accepter de prendre un risque de jouer devant le public», souligne Mme Malacort. «Ce n’est pas de la thérapie à l’interne. Il faut que ça sorte!»

Celle qui est aussi directrice artistique des Allumettes Proches Aidantes se montre peu préoccupée par le talent naturel des participants, puisqu’ils seront appelés à «parler de ce qui [les] habite».

«Même si le jeu est un peu bancal, elles jouent avec tellement de force et sont tellement convaincues de ce qu'elles racontent, que ça passe vraiment bien», explique-t-elle, employant le féminin, puisque les hommes qui se sont impliqués dans le projet ont été rares et que les allumettes mâles ne se sont carrément pas manifestées cette saison.

Une seconde famille

Les Allumettes Proches Aidantes n’offrent pas qu’une expérience artistique. Dominique Malacort indique que la troupe peut devenir une deuxième famille pour ses membres. Ayant vécu des situations similaires, où ils auront pris soin d’une personne proche, ils peuvent se comprendre entre eux sans que les tensions liées à la proche aidance minent leurs relations. 

«En proche aidance, souvent la famille éclate», souligne la directrice artistique. «C’est tellement dur d’avoir un père atteint d’Alzheimer, par exemple, qu’à un moment donné, ça fait des crises dans la famille.»

Les yeux des deux femmes sont rivés vers Mme Malacort, que l'on voit de biais, à droite-cadre.
Peggy Donovan et Michèle Cottiez à l'écoute de Dominique Malacort, lors d'une répétition des Allumettes Proches Aidantes. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Ça m'apporte de la force mentale de savoir que chaque semaine, on se rencontre, on fait du théâtre, on crée», souligne justement Michèle Cottiez, l’une des membres de la troupe. 

Aidante naturelle de son conjoint, qui a des problèmes cardiaques, elle apprécie l’aspect «militant» des Allumettes Proches Aidantes, qui lui permettent aussi de 

«complètement décrocher» et «de rencontrer des gens merveilleux». 

«On se sent un peu prisonnières de notre situation. Et on a besoin d’évasion. Et ça, c’est une évasion.» 

Isabelle Pivotto comprend bien cette situation. La mère de deux enfants aux besoins particuliers a découvert la troupe dans le contexte d’un épuisement professionnel. 

«J’ai trouvé ici un groupe qui est ouvert, qui ne juge pas, qui partage. Vraiment, c’est ma bouffée d’air frais!»

Au sein de toutes ces personnes qui ont vécu des expériences semblables, elle sent que le poids des étiquettes liées à sa profession, son rôle de parent et de soignante se dissipe et qu’elle peut se réapproprier une identité qui est sienne. 

«Ce que j’aime dans le théâtre des Allumettes, c’est qu’on passe à l’action», indique de son côté Peggy Donovan. Après avoir été dans des groupes de soutien et suivi des formations liées à la proche aidance, elle est heureuse d’avoir trouvé un véhicule de transmission pour en faire connaître la réalité.

«On espère que la pièce va tranquillement faire changer les choses.»

«Changer nos conditions de vie»

À ce titre, la responsable des communications de la troupe, Rachel Chainey, souligne que Les Allumettes ne sont «pas juste un groupe de soutien».

«On fait partie d’un même mouvement pour changer nos conditions de vie.»

Les pièces montées par Les Allumettes Proches Aidantes servent entre autres à révéler la réalité de la proche aidance au public. On peut notamment y apprendre que le tiers des adultes québécois sont proches aidants. 

Selon les données du Conseil national des aînés, les proches aidants fournissent bénévolement 75% des services de soins à domicile au pays. L’équivalent en termes de rémunération se situerait entre 24 et 31 milliards $ par année, à travers le Canada, selon l’analyse.

«On n’est même pas du cheap labour, lance Dominique Malacort à ce sujet. On est du labour zéro!»

Le Conseil note également les «effets négatifs» sur la santé de la vaste majorité des proches aidants, «tels que des sentiments de dépression, d'anxiété ou de dépassement».

«Les gens vont déplacer des océans pour s'occuper de leur personne. Mais souvent, ça veut dire qu'ils doivent quitter leur travail ou travailler à temps partiel, donc s'appauvrir significativement, se retrouver isolé, se brûler», illustre Rachel Chainey.

«Les personnes proches aidantes sont loin de se révolter», lance pour sa part Dominique Malacort en riant. «Elles n’en ont pas le temps!»

Les Allumettes Proches Aidantes présenteront le fruit de leur travail le 27 mai, à la Maison des arts participatifs. Elles chercheront aussi d’autres endroits qui seront prêts à les accueillir, que ce soit à Montréal ou ailleurs au Québec.

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