Raconter l’itinérance aux jeunes et moins jeunes du Plateau et d’ailleurs
Un projet de trousses de lecture et d’ateliers sur l’itinérance s’élargit afin de répondre aux questions des jeunes et encourager l’empathie.
Le projet Raconter l’itinérance prend de l’ampleur. Des sacs à dos destinés aux enfants de 10 à 12 ans, contenant des fiches d’information et des histoires portant sur l’itinérance, ont été intégrés mercredi aux collections des bibliothèques du Plateau.
Ces sacs à dos s’ajoutent à ceux qui avaient déjà été conçus pour les enfants de 4 à 6 et de 7 à 9 ans, au cours de la dernière année.
«On ne va pas se le cacher : l’été, c’est le vivre ensemble à son maximum», a souligné Joëlle Dalpé, coordinatrice à Plein Milieu.
Présente à la bibliothèque Mordecai-Richler mardi soir pour le lancement de cette nouvelle phase du projet, elle a suggéré qu’il s’agit d’un moment opportun pour en discuter entre parents et enfants.

Alors que des perspectives d’observation ou encore d'interaction ont été privilégiées dans les œuvres littéraires sélectionnées pour les plus jeunes, celles choisies pour les préadolescents portent davantage les lecteurs à se mettre dans la peau de personnes non logées.
«C’est un projet de vivre-ensemble. C’est un projet d’empathie», a souligné Mme Dalpé, soutenant qu’en sensibilisant les enfants, les adultes pourront suivre.
Celle qui travaille au sein de l’équipe de coordination de Plein Milieu était accompagnée de trois représentantes des autres organismes porteurs du projet, soit Maude Cournoyer-Gonzalez, de La Maison d’Aurore, Pascale Gauvreau, du Service d’accueil du centre multi-ethnique Saint-Louis ainsi que Jordane Brodeur, de La Maison des Amis du Plateau-Mont-Royal.
Ensemble, elles ont fait le bilan de ce qui s’est fait jusqu’ici et ont annoncé où elles aimeraient voir le projet se poursuivre.
Comme ça a été le cas pour les enfants de 4 à 9 ans, les 10 à 12 ans auront aussi droit à un atelier pour aborder l’enjeu de l’itinérance au cours de la prochaine année scolaire.

S’imaginer en situation d’itinérance
D’ailleurs, Raconter l’itinérance veut prendre plus de place dans les écoles primaires.
Maude Cournoyer-Gonzalez, coordonnatrice en persévérance scolaire à La Maison d’Aurore, a raconté l’expérience du projet pilote Prêter sa voix à l’itinérance, à l’école Paul-Bruchési.
Vingt-cinq élèves y ont participé. Avec la collaboration de La Maison des Amis, ils ont discuté d’itinérance et ont lu et analysé le contenu des livres inclus dans le sac à dos des 10 à 12 ans. Ensuite est venu le moment d’inventer un personnage fictif en situation d’itinérance, pour lequel ils ont créé un monologue.
«Tout d’un coup, l’itinérant devient une personne en situation d’itinérance, qui a des rêves, des compétences et qui peut encore être utile à la société», a observé Mme Cournoyer-Gonzalez.
Deux de ces textes ont d’ailleurs été inclus dans le sac à dos des plus vieux.
Le comédien Maxime Denommée est venu prêter main-forte aux élèves pour ce qui était de l’objectif final, qui était de faire une lecture publique de leur œuvre, qui s’est faite à La Maison d’Aurore. Parmi les spectateurs se trouvaient notamment des personnes non logées, habituées de l’organisme voisin, La Maison des Amis.

Des origines dans Milton-Parc
C’est en se promenant avec les enfants inscrits à son service de garde de Milton-Parc, un quartier lourdement touché par la crise de l’itinérance, que Pascale Gauvreau a eu l’idée de lancer le projet.
«Ça m’a sauté aux yeux de voir la panoplie de réactions que les enfants avaient [...] puis, comment ils avaient besoin de réponses à leurs questions», s’est-elle remémorée. Lesdites réactions allaient de la terreur à la générosité, en passant par le jugement.

«J'avais envie de poursuivre la discussion avec eux. J’ai donc fait des démarches pour savoir s'il y avait des organismes qui offraient des ateliers pour parler d'itinérance aux enfants pour me rendre compte qu'il n'y en avait pas».
Par l’entremise de la Table de concertation Autour des familles Grand Plateau, Mme Gauvreau s’était alliée à Maude Cournoyer-Gonzalez pour lancer le projet Raconter l’itinérance.
Cette dernière a aussi dit avoir été marquée par des histoires d’actes violents perpétrés par des adolescents à l’endroit de personnes en situation d’itinérance. Elle a ainsi voulu travailler sur la prévention.

Des coffres à outils et des formations
Les quatre organismes partenaires travaillent maintenant à la conception de coffres à outils à distribuer à d’autres entités qui aimeraient aborder le sujet de l’itinérance dans un contexte détaché des activités qu’elles auront mises sur pied. Leur contenu a été décrit comme étant «clé-en-main».
«On veut que tout ce qui a été fait soit mis à la disposition de tous les arrondissements», a indiqué Mme Dalpé, présentant un prototype. «C’est un projet qui n’a aucun financement.»
Autre volet à développer mais sans soutien financier : la formation des «sentinelles». Il s’agit de personnes ayant un rôle éducatif auprès des enfants, comme les enseignants, les techniciens en éducation spécialisée ou encore les éducateurs dans le milieu de la petite enfance.
«On ne peut pas tout faire nous-mêmes. Donc, avec ces formations-là, ils vont pouvoir en parler aussi».

Rayonnement anticipé pour 2026-2027
Les quatre instigatrices souhaitent donc voir Raconter l’itinérance déborder du territoire d’arrondissement et développer de nouveaux partenariats.
«Sans financement, ça va être un peu compliqué de faire tout ça», a toutefois avisé Joëlle Dalpé, notant que le projet a été mis sur pied «avec de l’huile de coude» et «beaucoup d’amour».
Elle a également mentionné qu’elle travaillait de son côté au développement de Parlons itinérance, un projet destiné aux adolescents. Ce sera l’occasion de discuter de prévention, de préjugés et de fugues.
D’autre part, notant que les communautés autochtones ne sont pas mentionnées dans le projet sous sa forme actuelle, Mme Dalpé a évoqué la possibilité que d’autres versions de Raconter l’itinérance puissent voir le jour dans d’autres langues que le français.
«C’est un projet sociétal hypertentaculaire, où on peut parler de différentes cultures, différentes injustices», a résumé Pascale Gauvreau.