Retour en présentiel chez Ubisoft: quels impacts sur les commerçants du Mile End?
Trois semaines après le retour obligatoire au bureau des employés d’Ubisoft dans le Mile End, des commerçants du quartier dressent un bilan nuancé de l’achalandage.
Trois semaines après le retour obligatoire au bureau des employés d’Ubisoft dans le Mile End, des commerçants du quartier dressent un bilan nuancé de l’achalandage.
Depuis le 1er octobre, les 3700 employés d’Ubisoft Montréal ont l’obligation de se présenter à leurs bureaux du Mile End tous les jours de la semaine.
Bien que cette rupture avec la formule hybride puisse en frustrer certains, la situation permet d’augmenter l’achalandage et le chiffre d’affaires de plusieurs restaurants.

«Souvent, notre rush du lunch est constitué de clientèle d’Ubisoft», indique Wahid Uddin, derrière le comptoir de Lloydie’s. Il a l’impression que les moments de grande demande ont été plus nombreux depuis le 1er octobre.
«Je ne sais pas si c’était Ubisoft ou quelque chose d’autre», nuance-t-il, disant qu’il lui faudrait plus de temps pour évaluer la situation. Il souligne qu’il ne peut pas forcément connaître les employeurs de tous ceux qui passent acheter des mets caribéens.
Seikou Jawara, avec qui il gère le petit restaurant, est plus convaincu d’un lien de causalité. «Ils sont ici assez souvent», rapporte-t-il.

Il raconte avoir interrogé les clients en question sur leur retour en présentiel.
«Certains sont heureux. La plupart ne sont pas heureux!»
Une décision contestée, chez Ubisoft
Le retour au travail en présentiel à temps plein a été imposé chez Ubisoft Montréal à partir du 1er octobre. Les employés ont cependant droit à 36 jours de travail à la maison par an.
Dans la section «Découvrez la vie à Ubisoft Montréal» du site local du développeur de jeux vidéo, on met de l’avant un article de 2022 énumérant les «avantages incontournables» dont peuvent profiter les employés. «Le travail hybride et flexible» se trouve au deuxième rang des huit points sur la liste.
Une pétition mise en ligne par des employés d’Ubisoft Montréal «préoccupés par l’état de l’industrie et par les changements dans la culture de l’entreprise» demande justement le retour de cet avantage.
Notant «des années de déclin dans les conditions de travail et plusieurs promesses brisées», la page affirme que la formule hybride favorisait une meilleure productivité des employés ainsi qu’une réduction de leur «fardeau financier» et des défis logistiques pouvant être liés à la famille, aux animaux de compagnie ou encore avec le fait de vivre avec un handicap.

Alors que certains restaurateurs soulignent ne pas avoir remarqué une hausse d’achalandage, plusieurs autres sont ravis d’accueillir à nouveau de nombreux employés d’Ubisoft dans leur commerce.
«Ça affecte drastiquement» les dîners, rapporte sans hésitation la copropriétaire du Bishop & Bagg, Megan Turcotte. «On est super contents!»

Elle estime l’augmentation des revenus à 30% sur l’heure du midi dans son pub de la rue Saint-Viateur. «On imagine que ça va continuer à augmenter avec le temps», ajoute-t-elle, indiquant qu’une vaste majorité de sa clientèle en milieu de journée est liée à l’industrie du jeu vidéo.
«Au retour de la pandémie, quand ils travaillaient de la maison, les lunchs n’étaient pas trop occupés.»
Tout près, sur la rue Maguire, une serveuse de la Pizzeria Magpie observe aussi des contrastes importants le vendredi midi. «On est presque plein», a-t-elle noté, alors qu’au mois de septembre, les tables vides étaient beaucoup plus nombreuses.

Chez les voisins, au Bay Cà Phê, Jonathan Insisienmay dit voir la demande augmenter pendant les heures de dîner également, notamment avec les commandes pour emporter.
«C’est un peu chaotique», confie-t-il en riant.
«On avait juste quelques jours où c’était occupé», explique-t-il au sujet de l’époque où les employés d’Ubisoft pouvaient faire du télétravail. «On savait que c’était les jours où ils étaient au bureau.»
Ceux qui se promènent sur la rue Saint-Viateur, près de l’avenue de Gaspé, peuvent remarquer une promotion affichée par le Shakti Rock Gym. On y offre un rabais de 10$ aux travailleurs du secteur à l’achat d’un abonnement mensuel.

«C’est indéniablement lié à Ubisoft», avoue Lacey Dumler, qui a cofondé le centre d’escalade de bloc.
«On est très excités qu’ils reviennent au bureau et on espère les voir davantage.»
Elle explique que la pandémie de covid-19 avait rompu un lien entre son centre et les employés d’Ubisoft, qui avaient l’habitude d’occuper son espace pendant leurs pauses.
«Depuis qu’autant de personnes sont passées au télétravail, ça n’a jamais tout à fait été pareil.»

Pour ce qui est des opérateurs de café, ils hésitent à parler d’augmentations claires liées aux employés d’Ubisoft.
Alors que la propriétaire d’un établissement indique que les lundis et vendredis sont maintenant «moins morts», une barista observe une hausse récente de l’achalandage qu’elle hésite à lier au retour des employés en présentiel.
Est-ce que les employés d’Ubisoft sont plus nombreux à s’arrêter prendre un verre dans les parages après le travail?
«C’est difficile à dire, parce que le mois de septembre était vraiment mort», répond Stephen Kamp, au Bar le Sparrow du boulevard Saint-Laurent.

Bien qu’il ait constaté des améliorations en octobre, il se demande si ce n’était pas simplement dû au retrait des entraves routières liées aux compétitions de cyclisme, qui ont eu lieu au cours des semaines précédentes.
M. Kamp estime tout de même que l’impact du retour en présentiel chez Ubisoft se fera moins sentir dans un endroit comme le Sparrow, qui ouvre ses portes en fin d’après-midi, que dans un lieu accessible à l’heure du dîner.
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