Campements dans Le Plateau: questionnements autour des zones de tolérance
Alors que les tentes se multiplient dans Le Plateau, le protocole de gestion des campements de la Ville de Montréal suscite doutes et prudence.
Un nouveau centre de 1,7 million $, situé à Senneville, permettra à la ferme de l’organisme Santropol Roulant d’accueillir des groupes.
Bien que l’organisme communautaire de lutte contre l’insécurité alimentaire soit basé dans Le Plateau-Mont-Royal, sur la rue Roy, la nouvelle bâtisse se trouve à plus de 35 km de distance sur sa ferme de Senneville, à l’extrémité ouest de l’île de Montréal.
Quelques centaines de personnes ont participé à l’inauguration le 27 août et se sont éparpillées sur le site au fil de la soirée. Un service de navette avait été organisé à partir de la station Anse-à-l’Orme du Réseau express métropolitain (REM).
Les invités ont pu déguster un repas, qui leur a été servi dans le nouveau bâtiment, profiter de performances musicales et assister à une visite guidée des lieux, où l’on expliquait l’évolution de la Ferme du Roulant.

Locataire de cette ferme de 1,2 hectare depuis 2012, Santropol Roulant y fait la production de fruits et de légumes.
Parmi les récoltes, on trouve du sarrasin, de l’avoine, des petits pois, de l’ail, des courges, de la rhubarbe, des asperges, des framboises, des camerises, des kiwis de Sibérie, des raisins, des concombres à confire, des tomates, des abricots et des pommes.
Certaines plantes cultivées ne sont toutefois pas destinées à être mangées, mais plutôt à rendre les sols fertiles.
Dans la majorité des cas, les aliments sont offerts à des banques alimentaires de l’ouest de l’île et des environs.
«On se réancre dans une proximité immédiate. C’est l’image des systèmes alimentaires qu’on essaie de développer», explique le directeur général, Pier Liné.
Le même système misant sur la proximité est repris dans Le Plateau-Mont-Royal où les récoltes des jardins de la Cité-des-Hospitalières et des jardins de l’immeuble de la rue Roy de Santropol Roulant sont vouées aux communautés environnantes.


Frankie Traichel, responsable de la coordination des jardins chez Santropol Roulant, a mené une visite guidée de la ferme. – photos: Devin Ashton-Beaucage
Le nouveau centre agroéducatif, premier bâtiment sur le site de la Ferme du Roulant autre que la serre, marque une transition dans l’usage prioritaire des lieux.
Bien que les récoltes se poursuivent, Santropol Roulant cherche à créer plus d’espace sur le site où pourront circuler des personnes essentiellement issues «de communautés qui sont traumatisées, marginalisées ou sous-représentées en milieu agricole», explique Pier Liné.
«C’est une structure qui est destinée à accueillir des groupes», résume-t-il.
Ces derniers peuvent provenir d’autres organismes partenaires, basés dans l’ouest de l’île, ou encore d’écoles ou de camps de jour, indique M. Liné. Un jardin pour enfants a d’ailleurs été aménagé l’année dernière. Il a été conçu de manière à solliciter plusieurs de leurs sens simultanément.

Il est à noter qu’en plus de renforcer la sécurité alimentaire dans les communautés qu’il dessert, avec sa popote roulante, ses repas congelés et sa soupe populaire du vendredi, Santropol Roulant cherche aussi à favoriser l’inclusion sociale et l’engagement communautaire.
«La sécurité alimentaire, c'est aussi du changement social», avance Pier Liné. «Et pour faire du changement social, il faut être capable notamment d'éduquer les gens sur l'origine de leur nourriture ou comment la faire pousser.»
Le directeur général note que le centre agroéducatif servira aussi à accueillir des bénévoles à la Ferme du Roulant. S’y rendre représente non seulement une occasion de développer ses connaissances sur l’alimentation et l’agriculture, mais aussi de se «reconnecter» avec la nature, soutient-il.
«Parfois, c’est tout simplement une fonction thérapeutique.»

La construction du nouveau bâtiment, dessiné par l’architecte Eric Majer, représente un investissement de 1,7 million $.
«Par contre, on a des retours de TPS, TVQ là-dessus de l’ordre de 150 000$», souligne M. Liné.
La structure comprend des espaces fonctionnels, comme une chambre froide, un centre de lavage, des bureaux et des salles de bain. Une grande salle permettra d’accueillir des groupes et leur servir de refuge lorsqu’il pleut ou que les rayons du soleil sont trop insistants.
M. Liné indique que le tout a été rendu possible grâce aux dons de «quatorze bailleurs de fonds, qui sont presque exclusivement des fondations privées» ainsi que la vente d’obligations communautaires.
Il précise également que les résultats des travaux les plus coûteux ne sont pas visibles. C’est le cas de la fosse septique et du puits qui ont dû être creusés.
«On en a profité pour améliorer globalement nos infrastructures agricoles», note toutefois le directeur général.
Ces améliorations touchent notamment à la distribution d’électricité à travers le site, ce qui permettra un usage prolongé de la serre au cours de l’année. Avec le puits est aussi venu un système d’irrigation.
Santropol Roulant cherchera à partager les terres avec un autre organisme à partir de l’année prochaine.
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