Broder des liens à l’occasion du 50e anniversaire de La Maison d’Aurore

À l’aide de sa machine à coudre, l'artiste Patsy Van Roost recueille des témoignages liés à cet organisme de l’est du Plateau qui brise l’isolement social depuis près de 50 ans.

Vêtue d'habits à motifs de melon d'eau, Mme Van Roost. est concentrée sur ce qu'elle brode à l'aide de sa machine à coudre.
«Je vois le projet comme un poème ouvert à tout le monde», explique Patsy Van Roost. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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«Je suis dans le tissage de liens. La Maison d'Aurore est aussi là pour tisser», résume l’artiste en mêlant les sens propre et figuré. «On a un peu la même mission.»

Celle qui est surnommée la Fée urbaine (anciennement la Fée du Mile End) s’installe deux fois par semaine sur le trottoir de la rue Garnier depuis la fin du mois de juin, tendant l’oreille à toute personne voulant lui parler de son lien avec La Maison d’Aurore.

«Je suis là pour accueillir les gens, mais surtout pour leur donner la chance de se raconter», souligne Mme Van Roost.

«Je vois le projet comme un poème ouvert à tout le monde.»

Avec sa machine à coudre, elle brode ensuite des phrases reflétant les témoignages recueillis. Les confidences se font à l’intérieur d’une installation temporaire, où une bande de tissu servant de toit relie la chaise de l’artiste à celle de ses interlocuteurs.

Patsy Van Roost à l'œuvre, dans sa «cabane» au coin des rues Garnier et Gilford. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Je veux que ce soit comme une “cabane” d’enfant, que ça crée une petite bulle», explique-t-elle au sujet de cet espace éphémère où tous peuvent se confier à la Fée urbaine.

«Aussi, la machine à coudre – c’est très drôle –, c’est un aimant», ajoute-t-elle. «Si elle n’était pas là, il y aurait moins de gens, je pense.»

«Recueillir la mémoire de La Maison»

«Je fais beaucoup de projets autour de la mémoire d’un lieu», note Patsy Van Roost, qui a été au cœur de projets similaires sur la promenade Masson et la Plaza Saint-Hubert. Elle demandait alors aux participants de lui parler de leurs rêves ou des lieux où ils se sentent bien.

Dans le cas du présent projet, Les nappes d’Aurore, elle invite les habitués de La Maison d’Aurore à discuter de leurs expériences avec l’organisme de la rue Garnier et de ce qui les motive à y retourner.

Dans bien des cas, «c’est pour briser la solitude», soit quelque chose que Mme Van Roost avoue chercher à faire elle-même à travers ses projets.

Le message est brodé en lettres attachées, à l'intérieur d'un cercle, rappelant la forme d'une assiette, entouré de formes d'ustensiles.
«Je viens ici depuis longtemps pour ne pas être toute seule chez moi», peut-on lire sur l'un des messages brodé sur le toit de la «cabane» à Patsy Van Roost. – photo: Devin Ashton-Beaucage
«J'adore rencontrer des inconnus dans l'espace public et je me considère tellement chanceuse de pouvoir le faire parce que dans la vraie vie, ça arrive de moins en moins», note-t-elle.

«Quand je chante, je n’ai mal nulle part», lui a confié une dame de 90 ans. «D’autres me disent que c’est bon pour le cœur.» Pour certains, la machine à coudre fait resurgir des souvenirs de leur mère, qu’ils racontent à Mme Van Roost.

Ces inconnus qu’elle rencontre dans sa «cabane» ne manquent pas de lui souligner la bienveillance et la gentillesse de la communauté qui s’est tissée autour de La Maison d’Aurore. «C’est comme une famille. Et ça, tout le monde le dit.»

«Un lieu extraordinaire»

«La Maison d’Aurore est un lieu extraordinaire», constate donc celle qui ne connaissait pas l’organisme avant de se faire proposer le projet Les nappes d’Aurore.

Elle énumère avec enthousiasme la variété d’activités ponctuelles et récurrentes qui y sont offertes, en plus de ses services psychosociaux et des efforts en matière d’aide aux devoirs, de soutien alimentaire et de bris de solitude. 

«Les mercredis, quand je suis ici, j’entends la chorale pendant deux heures. C’est trop beau! Il y a des gens de tous les âges et de tous les milieux», se réjouit Mme Van Roost.

Mme Van Roost, assise derrière sa machine à coudre, sourit à la caméra.
La Fée urbaine se montre ravie de sa rencontre avec l'univers de La Maison d'Aurore. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Et puisque La Maison d’Aurore chapeaute des projets de cuisine collective, les messages qu’elle retranscrit sont brodés à l’intérieur de motifs d’assiette. «Je les assemble pour faire 12 nappes pour leurs 12 tables sur lesquelles les gens vont manger pendant des années à venir.»

Au mois d’août, le projet Les nappes d’Aurore passera d’ailleurs à une autre étape. Mme Van Roost confectionnera des étampes, qui pourront prendre la forme d’aliments qui peuvent être cultivés dans le Jardin d’Aurore ou être servis dans la salle à manger de l’organisme.

Toute personne désirant participer, et ce, peu importe l’âge, pourra venir s’en servir pour décorer les nappes. 

«Je cherche toujours [à proposer] des activités qui sont accessibles à tout le monde», souligne l’artiste.

«C’est une autre manière d’être ensemble, de créer et de laisser une trace.»

Les moments exacts de ces ateliers seront dévoilés ultérieurement. Les festivités du 50e anniversaire de La Maison d’Aurore viendront ensuite clore le projet en septembre.

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