Comment gérer la présence de rats et de ratons laveurs en ville?
La présence non désirée de faune sauvage touche plusieurs secteurs du Plateau. Une biologiste partage des solutions pour éloigner rats, écureuils et ratons.
La présence non désirée de faune sauvage touche plusieurs secteurs du Plateau. Une biologiste partage des solutions pour éloigner rats, écureuils et ratons.
«On est envahis de rats!» déclarait un résident de la rue Rivard lors de la dernière séance du conseil d’arrondissement, le 6 juillet.
Il n’est pas le seul à souligner un problème qui refait régulièrement surface dans Le Plateau-Mont-Royal: la présence persistante de rats et d’autres animaux sauvages comme des écureuils et des ratons laveurs.
Quelles sont les causes de ce phénomène et comment faire pour qu’il se fasse moins ressentir?
La biologiste spécialisée dans la conservation de la faune sauvage et doctorante à l’Université Concordia, Mikaela Gerwing, offre des pistes pour comprendre les dynamiques en jeu.
Les poubelles ouvertes et la nourriture qui traîne vont certainement attirer les animaux, rappelle Mme Gerwing.
C’est d’ailleurs ce que confirmait le conseiller Gabriel Fortin lors de la dernière séance du conseil d’arrondissement: «S’il y a de la nourriture en surface, les rats vont sortir.»
Une solution efficace est donc de bien bloquer les couvercles des bacs à matières résiduelles, voire de les ranger à l’intérieur jusqu’au jour de la collecte. «Ce serait quelque chose qui serait extrêmement bénéfique», explique la biologiste.
«Si vous avez des animaux de compagnie, ne laissez pas leurs bols de nourriture dehors», ajoute-t-elle. Il en va de même pour ce qui est de nourrir les animaux sauvages directement.
«Ça leur crée une dépendance pour la nourriture humaine en plus d’une association entre les humains et la nourriture.»
Cette association les mène à être attirés par les espaces occupés par les êtres humains.
«La meilleure chose que l’on peut faire pour des espèces sauvages est de leur laisser leur espace et de les laisser tranquilles», résume la doctorante.
De son côté, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal demande à la population d’éviter les accumulations de matières qui peuvent servir d’abri et de signaler les problèmes liés à la faune sauvage au 311.
«Il est important que la municipalité fournisse les services nécessaires pour s’assurer de garder les espaces propres», ajoute Mikaela Gerwing, au-delà des responsabilités individuelles.
À ce titre, Le Plateau-Mont-Royal dit effectivement avoir bonifié ses efforts liés à la propreté, notamment dans Milton-Parc.
Alors que les équipes de nettoyage sont plus importantes, les inspecteurs qui veillent au respect des règlements sont censés passer plus fréquemment dans le secteur.
L’arrondissement dit aussi être plus proactif quant à la surveillance et au nettoyage des têtes de ruelle et des endroits propices aux «dépôts illégaux» de matières résiduelles.
Des réparations de puisards ont été effectuées de manière à éliminer les brèches permettant le passage de rats, mais aussi de filtrer les odeurs qui pourraient les attirer.
Des efforts de communication sont faits auprès des résidents et des commerçants afin d’améliorer la gestion des déchets et d’éviter de nourrir la faune.

Lorsqu’il s’agit de gérer la présence de rongeurs et de ratons laveurs sur une propriété privée, Mme Gerwing incite la population à agir de manière préventive.
«La chose la plus importante que tout le monde devrait faire est de sceller les potentiels passages que ces animaux pourraient utiliser pour entrer dans leur demeure», souligne-t-elle.
Si les petits quadrupèdes sont toutefois déjà présents dans la structure d’une maison, elle recommande d’attendre qu’ils en sortent avant de boucher les entrées.
Les odeurs peuvent aussi être une option efficace. «L’huile de menthe poivrée fera assurément fuir les rats», indique la biologiste. L’eucalyptus et l’urine de prédateur sont d’autres options envisageables.
Pour les ratons laveurs, elle recommande plutôt l’ammoniac. D’autre part, des systèmes d’éclairage à détecteur de mouvement, qui peuvent être installés à proximité des endroits où les matières résiduelles sont entreposées, ont tendance à les garder à l’écart.
«Certains ratons laveurs sont plutôt intelligents et très entêtés, mais le raton laveur moyen sera sans doute poussé à fuir.»

«Il y a plusieurs façons éthiques et non létales de débarrasser votre maison de rats et de ratons laveurs», souligne Mikaela Gerwing.
«Les ratons laveurs détestent les lumières éblouissantes, les gros bruits, les odeurs fortes et ils ont peur des voix humaines», explique-t-elle.
La biologiste recommande donc d’installer une radio ou tout autre émetteur sonore à proximité de l’endroit où les bêtes ont choisi de s’installer et de faire entendre des voix humaines à toute heure de la journée. «Ils sortiront vraisemblablement de là immédiatement.»
Elle avise toutefois d’éviter de sceller les entrées après le départ de ratons adultes si leur progéniture se trouve encore à l’intérieur. «Ils vont absolument détruire votre maison pour tenter de rentrer de nouveau.»
Il vaut mieux employer des méthodes de dissuasion auditives, visuelles et olfactives et attendre deux ou trois jours. «Ils vont revenir reprendre leurs bébés et quitteront en quelques jours.»
Mme Gerwing déconseille de tenter de trapper les ratons laveurs soi-même. Puisque ceux-ci ont tendance à être porteurs de zoonoses, elle recommande plutôt de contacter la SPCA ou un exterminateur pour effectuer cette tâche.
Pour ce qui est des rats, l’usage de beurre d’arachide en guise d’appât dans des pièges conçus de manière à garder les animaux vivants peut être utilisé. «Il est souhaitable de les libérer assez loin pour qu’ils ne reviennent pas, mais si vous le faites trop loin, ils vont mourir à 100%.»
L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal a recours aux services d’un exterminateur spécialisé. Il a notamment installé des postes d’appâtage et des boîtes de rongicide dans le secteur de Milton-Parc.
Mikaela Gerwing ne perçoit toutefois pas l’usage du rongicide d’un bon œil.
«Je suis farouchement opposée au poison et aux pièges collants», déclare-t-elle, affirmant que ces méthodes correspondent à de la torture. «Les ratons laveurs et les rats sont des espèces indigènes qui, selon moi, ont le droit de vivre ici. Donc, nous devons trouver de meilleures manières de cohabiter avec eux.»
«Dans le cas d’un piège collant, [les animaux] meurent essentiellement de faim sans pouvoir bouger. Et s’il s’agit de poison, c’est une mort lente et douloureuse.»
D’autre part, «le poison ne discrimine pas selon les espèces», souligne la biologiste. Il peut donc être ingéré par d’autres animaux sauvages et de compagnie.
Et bien qu’il soit légal de distribuer du rongicide à l’intérieur d’édifices et d’égouts pour éliminer des rats, elle avise que l’empoisonnement volontaire d’un animal, comme un raton laveur par exemple, va à l’encontre du Code criminel du Canada.
Cela dit, même si Mme Gerwing se déclare défavorable à la mise à mort de rats, s’il s’agit de l’option choisie, elle recommande plutôt de les piéger et de les faire euthanasier par un vétérinaire. Sinon, les pièges à ressort classiques, qui mènent à «une mort plus rapide», sont plus acceptables que les options mentionnées plus haut, selon elle.
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