Opinions partagées sur la place-école Saint-Enfant-Jésus
Le projet de fermeture d’une section de l’avenue Coloniale pour en faire une place-école a reçu un accueil mitigé lors d’une assemblée publique, le 29 avril.
L’arrondissement a présenté des détails sur le réaménagement prévu de l’avenue Coloniale lors d’une assemblée organisée dans le gymnase de l’école primaire Saint-Enfant-Jésus, tout près du site visé pour le projet de place-école.
«Ce projet va être déployé sur plusieurs phases», a déclaré d’entrée de jeu la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Cathy Wong.

Dans les prochaines semaines, des travaux transformeront de manière permanente un tronçon de l’avenue Coloniale situé entre les rues Elmire et Demers, bloquant le passage aux voitures.
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Cependant, «il n’y aura pas de travaux majeurs», a souligné l’agente technique en architecture de paysage de l’arrondissement, Luna Calmette-Ratelle.
Puisque le projet ne nécessitera pas d’excavation ou de démolition, l’arrondissement estime que les quantités de bruit et de poussière générées seront modestes. Les travaux devraient se terminer à la fin de l’été.
Réduire la circulation sur l’avenue Coloniale
L'arrondissement souligne que l’avenue Coloniale, accessible depuis le boulevard Saint-Joseph, a été identifiée comme voie de transit vers le sud avec des cas répertoriés d’excès de vitesse et de non-respect de la signalisation.
La place-école est présentée comme une solution à ce problème puisque la circulation automobile sera déviée. La rue Elmire deviendra un sens unique en direction est et le tronçon de l’avenue Coloniale entre les rues Demers et Villeneuve sera à double sens.
Ce dernier tronçon servira également d’espace test pour une rue-école, soit une voie temporairement fermée à la circulation entre 7h45 et 8h15 et entre 15h30 et 16h15, pendant trois semaines en juin.

Selon les projections de l’arrondissement, les détours engendrés par ces changements pourraient atteindre 550 mètres.
Un homme a donc suggéré de simplement faire en sorte que le trafic soit plutôt dirigé vers l’ouest sur Elmire, et vers le nord sur Coloniale, limitant les enjeux de sécurité sur cette dernière ainsi que les trajectoires trop longues.
«C’est une bonne idée», a concédé Gabriel Cadieux, ingénieur en mobilité à l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.
Le lundi suivant, lors de la séance mensuelle du conseil d'arrondissement, le conseiller de la Ville, Alex Norris, a indiqué qu'un changement de direction «pour atténuer les impacts» sur Elmire était à l'étude.
Dans tous les cas, M. Cadieux a indiqué prévoir une hausse d’achalandage de la circulation ailleurs dans le secteur.
Consultations
Si les élèves et le personnel de l'école ont inspiré la conception de la place-école, divisée en trois sections autour des thématiques «bouger et jouer», «apprendre et créer» et «socialiser et se reposer», certains résidents ont pour leur part déploré ne pas avoir été suffisamment consultés.
«On est devant le fait accompli!», a déploré un membre du public.
Mme Calmette-Ratelle a répondu en précisant que seuls les résidents de l’immeuble au 4835, avenue Coloniale, qui fait face au tronçon qui accueillera la place-école, avaient été consultés.
Après avoir pris la parole à l'assemblée publique du 29 avril, Sébastien Ebacher est revenu s'exprimer devant le conseil d'arrondissement, lundi.
«Il y a un décalage entre ce que vous dites sur la consultation et la réalité du terrain», a-t-il affirmé, mentionnant qu'une pétition signée par les résidents riverains de la place-école demande que le projet soit mis sur pause.
Mark Prior, un autre résident, a soutenu que les consultations n'avaient pas été suffisantes et s'est inquiété que les aménagements puissent attirer les personnes en situation d'itinérance.
Lors de l'assemblée publique du 29 avril, des inquiétudes avaient aussi été soulevées quant au bruit que pourrait attirer le nouvel aménagement, notamment lors de rassemblements nocturnes, et à la circulation accrue sur la rue Elmire.
Des voix favorables
Les craintes, les critiques et l’agacement n’ont cependant pas occupé l'entièreté de la période de questions. Quelques femmes ont aussi pris la peine d’exprimer leur appréciation du projet de place-école.
L’une d’entre elles a même demandé pourquoi ne pas la prolonger jusqu’à la rue Villeneuve immédiatement.
«Tous les parents que je connais sont très contents», a dit celle dont les deux enfants fréquentent la cour de l’école Saint-Enfant-Jésus «presque tous les jours».

«Ce que je trouve intéressant, c’est que vous allez le monitorer», a ajouté une autre participante, estimant qu’il était «très important» d’adapter le projet en fonction de «l’évolution des déplacements des enfants.»
«C’est un projet évolutif sur lequel on va s’adapter», a souligné la mairesse Wong. «S’il y a des ajustements à faire, je serai extrêmement heureuse de vous rencontrer pour trouver des solutions d’apaisement.»
«Recréer la vie de village»
L'École de santé publique de l'Université de Montréal étudiera la place-école de Saint-Enfant-Jésus, qui serait la première du genre au Canada à être soumise à une telle analyse.
Pour étudier les effets de cet espace sur les habitudes de la population et sur la circulation, des caméras seront installées dans le secteur. Des données sur la qualité de l’air, le bruit et la température seront aussi collectées.
Sonia Daly, la coordonnatrice principale de recherche, a expliqué que d’autres espaces semblables à la place-école ont permis d’accroître le sentiment de sécurité chez les parents, de réduire le trafic automobile et d’encourager les élèves à troquer la voiture pour les transports actifs.
«Les gestes qu'on pose maintenant – les opportunités qu'on donne aux enfants ou qu'on ne leur donne pas – ont des impacts à très long terme sur leur santé et leur bien-être», a-t-elle indiqué.
De plus, ces aménagements «recréent la vie de village», a-t-elle observé, parlant d’un «lieu qui est profitable pour l’ensemble de la communauté».