Rue Prince-Arthur: un avenir teinté d’espoir et de défis
La rue Prince-Arthur dans le sud du Plateau-Mont-Royal reprend du galon après une décennie marquée par des travaux de réaménagement et la pandémie de COVID-19.
La rue Prince-Arthur dans le sud du Plateau-Mont-Royal reprend du galon après une décennie marquée par des travaux de réaménagement et la pandémie de COVID-19.
Les locaux vacants se font de plus en plus rares sur la portion piétonne de la rue Prince-Arthur et, malgré quelques vestiges de l’époque où les restaurants grecs régnaient, sa renaissance lui donne un nouveau visage.
«C’est un endroit très dynamique, très moderne, avec un potentiel qui n’est pas exploité à 100%», affirme Leonardo Nieto, qui est à la tête de l’Association des commerçants de la rue Prince-Arthur et copropriétaire du restaurant Onoir.
«Il y a plus d’entreprises qui commencent à s’installer. Il y a une offre qui se diversifie de plus en plus et qui se modernise.»
Notant les restaurants proposant des menus de cuisine vénézuélienne, de barbecue texan ou encore de nourriture berbère, en plus des cafés, d’un studio de yoga et d’un microbrasseur, il se montre fier de la mixité commerciale de sa rue. Elle comprend aussi un petit marché, une boutique spécialisée en vélos et trottinettes électriques et, bien sûr, le Café Campus, qui est demeuré un fidèle point de repère depuis 1993.
M. Nieto soutient que l’arrivée de nouveaux commerces est bénéfique pour l’ensemble des membres de l’association ainsi que pour la clientèle de la rue Prince-Arthur. «Malgré la situation économique, il y a une opportunité», avise-t-il.

Onoir avait emménagé sur la rue Prince-Arthur, avec ses propositions de plats à déguster dans l’obscurité, il y a un peu plus de dix ans. Leonardo Nieto y voit une artère commerciale qui attire à la fois une population locale et des touristes, souvent venus d’Europe.
«Ce ne sont pas des chaînes comme McDonald’s qui viennent envahir la rue. Ce sont des gens d’ici [...] Pour nous, c’est fondamental.»
D’ailleurs, la Brasserie Ambassade prépare son ouverture au moment d’écrire ces lignes. Ce nouveau restaurant fera déplacer une clientèle venue de plus loin dans la région métropolitaine, estime Jean-Baptiste Hervé, gérant du Dispensaire Microbrasserie, qui est en place sur Prince-Arthur depuis 2017.
«C’est des gars qui sont passés dans les plus grandes cuisines de Montréal. Ils ont de super chefs [...] Ça va faire du bien à la rue», prévoit-il. «Ça va être un incontournable.»
Xavier Richard-Paquet, copropriétaire et directeur des opérations d’Ambassade, explique que le choix de Prince-Arthur pour accueillir son nouveau projet n’est pas un hasard.
«C’est une rue mythique qui est en train de reprendre de la gueule», remarque-t-il.
«On n’a pas vraiment de compétition alentour», poursuit le restaurateur au sujet du type de cuisine et de la gamme de prix que la Brasserie Ambassade proposera.
Au lieu de s’installer dans un secteur très branché, comme la Petite Italie, où la clientèle est déjà au rendez-vous, mais où il y a aussi «un peu de cannibalisme économique», il préfère contribuer à faire souffler «un vent de renouveau» sur la rue Prince-Arthur en y installant «une destination» gastronomique montréalaise.

«On veut participer à revitaliser la rue avec les autres commerçants», résume-t-il tout en montrant son appréciation pour les occupants des locaux voisins. «Le potentiel est énorme!»
«Quand tu participes à la croissance de quelque chose, c’est souvent plus payant que d’arriver au sommet de la vague.»
Malgré leur optimisme, les trois commerçants de la rue Prince-Arthur sont bien au fait de certains enjeux de salubrité et de criminalité.
Avec les quelques mois qu’il a passés à rénover le local de l’Ambassade, Xavier Richard-Paquet a pu observer la routine matinale d’un revendeur de drogue et de ses clients, qui se préparent à consommer aux heures où les enfants du quartier partent pour l’école.

Selon lui, l’aménagement piétonnier de la rue, qui empêche la circulation automobile, est à l’avantage des trafiquants, qui ont le temps de voir arriver les patrouilleurs à pied ou à vélo du SPVM à distance et de réagir en conséquence.
Jean-Baptiste Hervé, lui, identifie justement quatre revendeurs de stupéfiants, qui passent dans les parages, lors de notre entretien. L’un d’entre eux semble être en pleine transaction sur le coin de la rue Coloniale, à quelques mètres des clients du Dispensaire, qui sirotent des bières sur la terrasse.
«On sait c’est qui», note-t-il, disant que la situation perdure depuis la pandémie de COVID-19 et que la consommation de crack à la vue de tous est un phénomène récurrent.
Il affirme que la situation empire alors que le temps froid se ramène et les terrasses se rangent.
«Quand il y a de l’activité, ils vont ailleurs», souligne-t-il.
M. Hervé estime qu’avec un regain de dynamisme commercial, la rue Prince-Arthur verra décroître ce genre de phénomène.

Du côté du Service de police de la Ville de Montréal, plusieurs arrestations liées à la vente de stupéfiants dans le secteur ont pourtant été effectuées au cours des derniers mois.
Une opération menant à l’arrestation de sept individus en juillet avait permis d’identifier des appartements à proximité du métro Sherbrooke servant de caches et de points de revente. En janvier, la police avait aussi arrêté 22 personnes dans Milton-Parc.
Malgré la pression exercée par les forces de l’ordre, Leonardo Nieto ne dit pas constater d’apaisement sur Prince-Arthur. «Les choses se seraient empirées beaucoup plus rapidement» sans interventions, nuance-t-il toutefois et dit donc souhaiter continuer de collaborer avec le SPVM.
Au-delà de la drogue, MM. Hervé et Richard-Paquet disent avoir témoigné du vol de la sacoche d’une dame âgée en pleine rue. Il ne s’agit pas d’un simple cas isolé, selon eux, et les commerces subissent également des entrées par effractions et des vols de matériaux, dont leurs bacs de matières résiduelles, qu’ils doivent racheter à répétition.
Plusieurs entrées ont dû être réparées, dont celle de l’Ambassade, qui n’avait pas encore ouvert. M. Richard-Paquet note que la somme d’environ 10 000$ pour restaurer la porte s’était ajoutée aux quelques milliers de dollars de matériel volé dans son local.
«Quand on commence à croître, il y a d'autres défis qui vont surgir. Et un de ces défis se situe peut-être au niveau des infrastructures pour soutenir la demande qui est en train d'augmenter», indique Leonardo Nieto.
Il parle des enjeux de salubrité qui se manifestent davantage avec l’achalandage accru de la rue Prince-Arthur.
«Si la rue était abandonnée, il n’y aurait pas d’excès d’ordure.»
Réfutant l’idée que les locations de courte durée de type Airbnb dans le secteur soient à blâmer pour ce problème, il estime que la capacité des poubelles publiques actuellement en place est insuffisante.
Les brigades de propreté mises en place par l’arrondissement tentent de compenser. Ils laissent toutefois plusieurs sacs empilés remplis de déchets sur les coins de rue, qui seront éventuellement ramassés par leurs collègues.

M. Nieto se porte aussi à la défense de la gestion des déchets des restaurateurs.
«Nous avons tous l’obligation de garder nos ordures à l’intérieur, dans un frigo, pour éviter les rongeurs», dit-il. «Je peux dire avec 100% de confiance que ce ne sont pas les restaurants.»
De son côté, Xavier Richard-Paquet indique toutefois qu’en plus de se faire voler leurs bacs quand ils les sortent, ce ne sont pas tous les restaurants qui ont l’espace nécessaire pour entreposer leurs déchets adéquatement dans leurs locaux. Certains se résigneraient à utiliser des sacs, au lieu de conteneurs.
«Ça amène des rats», indique M. Hervé à ce sujet, qui estime aussi que la gestion des déchets par la population étudiante de l’Université McGill laisse à désirer.
«Ça ne changera pas. Ce sont des étudiants. C’est peut-être à nous de gérer mieux.»
Sur un ton plus positif, le gérant du Dispensaire se montre ravi des platebandes «impeccables», maintenues par les équipes d’horticulture du Plateau.

Justement, au niveau du réaménagement de la rue, le choix qu’avait fait Le Plateau-Mont-Royal, il y a plus d’une décennie, de placer les terrasses et les éléments de verdure au centre de la voie, avec deux voies de circulation qui longent les entrées de commerces, plutôt que l’inverse, ne réjouit pas forcément les commerçants.
Bien que Leonardo Nieto soit reconnaissant d’avoir accès à des terrasses, il note que la disposition de celles-ci est accidentogène. Les corridors de circulation sont aussi empruntés par des vélos et des trottinettes.
«Nos serveurs au restaurant Onoir sont des gens non voyants. Ils se font frapper souvent», avait-il souligné lors d’un passage devant le conseil d’arrondissement, en avril.


Un cycliste passe sur la rue Prince-Arthur par un après-midi de semaine tranquille. – photos: Devin Ashton-Beaucage
En plus d’amoindrir les risques d’accident, M. Nieto considère qu’en rapprochant les terrasses des commerces, elles deviendraient des cibles moins faciles pour la criminalité.
Même s’il a été lui-même victime de collision en plein service, Jean-Baptiste Hervé se montre moins dérangé par l’emplacement des terrasses. Leur existence a changé «absolument tout» pour le Dispensaire.
«Ça a contribué à la renaissance de la rue Prince-Arthur», avance-t-il. «On commence à avoir un nom. On commence à avoir une clientèle d’habitués.»

Malgré les enjeux énumérés plus haut, Leonardo Nieto adopte une attitude positive, et estime que les solutions passent par la collaboration entre les commerçants, les résidents, les équipes municipales et les forces policières.
«Bien sûr, il y a des défis, mais il faut travailler ensemble pour les résoudre», résume-t-il, tout en affirmant que Québec pourrait offrir plus de soutien à sa métropole.
«Il y a quelques problèmes, mais il y a un diamant à tailler.»
Il souhaite éventuellement organiser des activités sur la rue. Regrettant l’éphémérité du marché de Noël qui avait été mis en place il y a quelques années, Jean-Baptiste Hervé abonde dans le même sens que Leonardo Nieto et aimerait voir des initiatives similaires prendre forme plus souvent.
Il partage aussi sa vision optimiste quant à l’avenir de Prince-Arthur.
«C’est une super belle rue qui débouche sur le carré Saint-Louis. C’est plein d’histoire. Il y a de quoi à faire. Il ne faut pas se laisser abattre.»
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