Des entrepreneurs de 5 à 17 ans proposeront leurs produits dans Le Plateau
Des jeunes du Plateau se rassembleront samedi dans le cadre de La grande journée des petits entrepreneurs.
Sophie Escabasse crée un univers fantastique qui rend accessible aux préadolescents les enjeux de développement immobilier et de crise du logement.
Des fantômes et des médiums qui luttent contre un promoteur immobilier qui souhaite raser des maisons du Mile End pour y construire une tour à condos de luxe: c’est ce que raconte Taxi Ghost de Sophie Escabasse.
Ce roman graphique nous fait découvrir un univers fantastique, auquel la crise du logement n’échappe pas. On suit l’héroïne, Adèle, qui a récemment acquis, avec l’arrivée de la puberté, la capacité de voir des fantômes. C’est ainsi qu’elle entre en contact avec Jules, un membre des Esprits avec une Âme pour Sauver la Ville.
«Leur but, c’est de faire gaffe à ce qui se fait dans la ville, qu’elle reste une ville pour les habitants, que les quartiers ne soient pas complètement saccagés et que le monde puisse continuer de vivre chez eux», résume la créatrice de cet univers parallèle.
Originaire du sud de la France, Sophie Escabasse s’est attachée au Mile End, tout comme son personnage, Jules. Sa famille a adopté le quartier en 2020, après avoir vécu 15 ans à Brooklyn.
«On a rencontré une communauté super accueillante et des gens chaleureux, se remémore-t-elle. C’est dur de ne pas être conquis.»
La bédéiste dit avoir été sensibilisée à la crise du logement à travers les problèmes de ses amis, qui vivent dans de grandes villes et dont certains ont été poussés à déménager.
Elle note aussi le film Push, du documentariste suédois Fredrik Gertten, paru en 2019.
«On parle de fric qui n’a même pas de visage, de fonds d’investissement dégueulasses qui foutent les gens dehors.»
«Je pense que dans les années à venir, on va probablement tous pas mal se recentrer sur nos quartiers, nos communautés, et c'est peut-être ça qui va faire que la ville va être vivable.»
«C’est plus facile de montrer des fantômes à la rue que des familles à la rue, pour des enfants», explique Sophie Escabasse au sujet de son approche dans Taxi Ghost. De plus, l’univers fantastique lui permet plus de flexibilité dans le développement de l’histoire.
Bien qu’elle aborde la crise du logement, l’autrice souligne qu’elle n’est pas une spécialiste de l’enjeu.
«Je trouvais ça intéressant à mettre dans un livre pour les plus jeunes», indique-t-elle, disant ne pas chercher à imposer sa vision ou à relever des solutions. «Je ne les ai pas», admet la Milendoise.

Elle trouverait toutefois intéressant de voir son ouvrage servir de porte d’entrée vers un débat sur la question, que ce soit dans des groupes de lectures ou dans d’autres contextes.
D’autre part, Mme Escabasse estime que Taxi Ghost peut aussi lancer des discussions sur d’autres sujets, comme les premières menstruations, qui viennent ébranler la vie d’Adèle en même temps que ses premières rencontres avec des fantômes.
Le roman graphique explore également la fracture entre les militants qui se conforment à la loi et certains aux tactiques plus radicales.
Sans se dire d’accord avec le recours au vandalisme ou à la violence, Mme Escabasse dit comprendre comment certains peuvent en arriver là. Elle donne en exemple les vols de commerces alimentaires par les Robins des ruelles, qui disent redistribuer les denrées à la population.
«Il y a du monde qui crève de faim. C’est super violent, quand même!»
Sophie Escabasse travaille maintenant sur un projet destiné à un lectorat un peu plus âgé, portant sur l’univers des friperies, des endroits qu’elle adore.
«Certaines friperies indépendantes sont vraiment des lieux communautaires, qui n’aident pas seulement à donner une seconde vie à des fringues, mais qui aident aussi beaucoup les migrants et les femmes en situation très précaire.»
C’est ainsi que son prochain livre abordera un autre sujet d’actualité, celui de la fast fashion ou «mode rapide», une pratique décriée pour son impact environnemental et son encouragement à la surconsommation.
Et qui sait, les protagonistes visiteront peut-être l’une des nombreuses friperies du Mile End et du Plateau.
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