Une équipe mobile de Santé Québec sillonne Le Plateau pour soigner et soutenir

Soigner une plaie, renouveler des documents, offrir de la nourriture: l'équipe PROXI mise sur la création de liens pour aider la population en situation d'itinérance du Plateau.

Les trois intervenants marchent vers la caméra en souriant, sur l'avenue piétonne.
Mon Plateau a suivi David Bigras, Gaël Bon Djemah et Raphaëlle Jouannaut lors d'une matinée de juillet, sur l'avenue du Mont-Royal. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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Depuis janvier, des équipes PROXI de Santé Québec sillonnent les rues du Plateau pour entrer en contact et venir en aide aux membres de la population en situation d’itinérance.

De «petite victoire» en «petite victoire», elles créent des liens en prodiguant des soins médicaux de base et en offrant des services d’accompagnement d’ordre psychosocial. 

L’objectif de ces équipes affiliées à Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal – Universitaire (anciennement le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal) est de faire le lien entre ces individus non logés et différents services du réseau de la santé.

«Ce n’est pas parce que tu es dans une situation d’itinérance en ce moment ou à un moment de vulnérabilité de ta vie que tu n’as plus accès à [ces services]», souligne David Bigras, travailleur social.

Lors de certaines journées, les membres des équipes PROXI se promènent avec des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). À d’autres moments, ils sont en «pratique mixte libre», soit un jumelage d’employés de Santé Québec aux compétences différentes. 

Mon Plateau a été à la rencontre de M. Bigras et de ses collègues, Gaël Bon Djemah et Raphaëlle Jouannaut, un matin du milieu du mois de juillet, à la sortie du métro Mont-Royal. 

La petite équipe comprenant un travailleur social, un éducateur spécialisé ainsi qu’une infirmière, était sur le point d’aller à la rencontre de quelques individus avec lesquels un contact avait déjà été établi.

Prendre le temps de créer des liens

La première rencontre du trio se fait à quelques pas de la place Gérald-Godin, sur l’avenue Mont-Royal, où se promènent librement piétons et cyclistes. 

Gaël Bon Djemah nous suggère de maintenir nos distances. L’homme à qui il souhaite parler a une certaine tendance à la méfiance. 

«On a mis à peu près deux mois pour qu’il accepte de venir prendre un café avec nous», illustre l’éducateur spécialisé. «C’est quand même beaucoup pour lui.»

Les membres de l’équipe mixte notent qu’il faut une certaine patience pour permettre aux liens de se tisser avec la population en situation d’itinérance. Il faut aussi faire preuve de jugement pour savoir quand établir un contact et quand laisser quelqu’un tranquille.

La carte d’assurance maladie de l’homme à proximité de la place Gérald-Godin n’est plus valide. Il faudra donc organiser un rendez-vous dans les locaux de l’organisme Plein Milieu, sur la rue Saint-Denis, pour prendre la photo nécessaire afin d’en demander une nouvelle.

Certaines démarches, comme une demande d’accès à un logement qui nécessite cartes et formulaires, peuvent être décourageantes. Au fil du temps, les documents peuvent être égarés ou volés, menant à des efforts faits en vain, explique David Bigras. 

«Il y a beaucoup de démarches qui sont plus longues. Notre objectif, c’est de maintenir ce lien-là et de leur apporter du concret pour qu’ils y croient, parce que souvent, ils ont aussi un bagage d’essais non fructueux.»

Replaçant son sac à dos sur son épaule, Raphaëlle Jouannaut traverse l'intersection St-Denis/Mont-Royal aux côtés de David Bigras. Gaël Bon Djemah suit derrière.
«Je sens que j’ai plus d’impact en ce moment que j’en avais à l’hôpital», indique Raphaëlle Jouannaut, qui dit apprécier les «liens humains» qui se nouent tranquillement sur le terrain. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Des soins physiques comme porte d’entrée

Du même coup, Raphaëlle Jouannaut, infirmière, est appelée à examiner une plaie. En plus d’une bouteille d’eau saline, elle offre aussi ses conseils au patient afin d’éviter que la blessure ne s’infecte. 

«Je sens que j’ai plus d’impact en ce moment que j’en avais à l’hôpital», indique celle qui était auparavant assignée à la chirurgie cardiaque. S’étant jointe à l’équipe PROXI en mai, elle considère que sa capacité d’adaptation lui est bénéfique sur le terrain. 

Son collègue, David Bigras, estime que les soins de santé physique qu’elle permet d’offrir aident à «accrocher les gens» et représentent une porte d’entrée pour ensuite traiter d’enjeux d’ordre psychosocial.

«On est identifiés comme personnes ayant réglé quelque chose», explique de son côté Gaël Bon Djemah, évoquant la naissance d’un lien de confiance.

«Parfois, c’est très long [...] Et c’est là que l’aspect médical va peut-être nous faire gagner du temps.»

L'équipe marche sur le trottoir, croisant les bacs de matières résiduelles derrières un commerce de l'avenue du Mont-Royal.
Les intervenants quittent momentanément l'avenue du Mont-Royal pour se rendre au parc Gilles-Lefebvre. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Avec des soins de base offerts dans la rue, ce contact permet aussi d’amoindrir les réticences de se rendre à l’hôpital. Et le fait d’avoir été référé par une équipe PROXI les aide à être traités avec respect et sérieux, note M. Bigras. 

«C’est plus compliqué pour les personnes en situation d’itinérance dans les urgences», confie le travailleur social.

Rencontre au parc Gilles-Lefebvre

Un peu plus loin à l’ouest, au parc Gilles-Lefebvre près de l’avenue Henri-Julien, les trois intervenants vont à la rencontre d’un autre homme. Il semble porter plusieurs couches de vêtements, recouverts d’un imperméable, malgré le temps chaud. 

Leur objectif est de lui rappeler son rendez-vous avec la clinique mobile dans les locaux de Plein Milieu la semaine suivante. Ils en profitent toutefois pour prendre de ses nouvelles, lui donner une bouteille d’eau, évaluer ses besoins et lui offrir quelque chose à grignoter, ce qu’il a refusé.

Vue de loin : Mme Jouannaut et M. Bon Djemah sourient face à l'homme, assis sur un banc de parc, vu de dos. M. Bigras fouille dans son sac, accroupi.
«Il était souriant. Il était positif. On est contents», résume David Bigras au sujet de la rencontre avec un individu connu de l'équipe PROXI dans le parc Gilles-Lefebvre. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Il sait ce qu’il veut et où il va», affirme Gaël Bon Djemah, ne sentant pas le besoin de s’inquiéter du sort de l’homme en question. 

«Il est heureux de nous voir quand on arrive» retient de son côté David Bigras, notant le sourire de l’occupant du parc. «C’est très différent de la première fois.»

Une collaboration entre plusieurs équipes sur le terrain

Comme l’indique Gaël Bon Djemah, les liens de confiance se tissent grâce à la présence récurrente des membres de PROXI sur le terrain et à sa reconnaissance par d'autres personnes sans logis, mais aussi avec la collaboration des différents acteurs actifs auprès des personnes dans la rue, comme le SPVM ou les organismes communautaires.

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Les agentes faisant face à une tente jaune, installée dans la neige, sont à l'écoute.
Les patrouilleuses à pied du poste de quartier 38 du SPVM, Isabelle Morin et Véronique Brazeau, prenant des nouvelles de l'occupant d'une tente au parc Sir-Wilfrid-Laurier, en février. – photo: Devin Ashton-Beaucage

La création d’un poste d’agent de liaison en intervention sociale par Le Plateau-Mont-Royal, l’année dernière, est d’ailleurs venue solidifier ce réseau. 

«Il a de l’information de tous les points communautaires, de nous, de la police, de la Ville. Ça simplifie le langage, et on s’assure qu’on ne soit pas en train de faire quatre interventions de manière séparée avec la même personne», explique David Bigras.

«Cette approche du Plateau-Mont-Royal est vraiment intéressante», poursuit-il, prévoyant qu’elle sera payante à court ou moyen terme. «Ça simplifie notre travail.»

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Célébrer chaque petite victoire

Finalement, l’équipe s’arrête au coin de l’avenue du Mont-Royal et du boulevard Saint-Laurent. Là, Gaël Bon Djemah rencontre une dame qui a trouvé une place en logement.

«C’était un de mes premiers dossiers», précise-t-il. La dame en question l’a accueilli d’un sourire ravi, les bras ouverts. «Je me devais d’aller la voir.»

M. Bon Djemah indique qu’elle avait dû être emmenée à l’hôpital à cause de problèmes avec ses yeux. Aujourd’hui, son œil droit est en bonne santé puisqu’elle se trouve dans «un endroit où les soins peuvent être prodigués.»

«On va se dire la vérité : ça fait du bien de voir une personne qui va mieux.»

Son collègue, M. Bigras renchérit : «Il y a du beau qui ressort de ça. Il faut être patient.», plaide-t-il, soulignant le temps nécessaire à créer des liens. «Ça ne se fait pas en claquant des doigts. Même si on avait 30 millions d’appartements et qu’on leur donnait, ça ne fonctionnerait pas. Les gens veulent quelque chose d’humain.»

De toute manière, l’objectif premier de l’équipe PROXI n’est pas de sortir les gens de la rue, mais plutôt de leur venir en aide et de les accompagner dans leurs propres quêtes, peu importe l’ampleur. 

Celles-ci peuvent comprendre des objectifs de réduction de leur consommation, l’amélioration de leur état de santé ou encore de leur sécurité alimentaire, par exemple. 

«Le fait qu’ils viennent en CLSC, qu’ils acceptent de nous parler dans la rue, c’est déjà une petite victoire», soutient Gaël Bon Djemah. «Il y en a qui ne sont même pas prêts à être en appartement.»

Les trois membres de l’équipe disent d’ailleurs surtout se concentrer sur «les petites victoires». 

On voit l'équipe mixte de dos, se dirigeant vers l'insterction St-Denis/Mont-Royal, à partir du côté ouest.
Le trio se redirige vers la station de métro Mont-Royal un peu avant midi. Le reste de leur journée les verra se séparer pour assister à d'autres rendez-vous, chacun de leur côté, et effectuer des tâches administratives. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Ça m’inspire chaque matin d’aller travailler», lance David Bigras. «Je suis chanceux et heureux de pouvoir travailler dans cette équipe-là et avec cette population-là, parce qu’ils ont beaucoup à nous apprendre.»

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