La mission lunaire de Milton-Parc: Robert Cohen reçoit la médaille de l’Assemblée nationale

Robert Cohen, figure marquante du logement social à Montréal, qui a contribué à façonner le quartier Milton-Parc tel qu’on le connait aujourd’hui, a été honoré par Québec, mercredi.

Jacques Chagnon, Phyllis Lambert, Robert Cohen (tenant sa médaille), Jennifer Maccarone (tenant le certificat de M. Cohen) et Charlotte Thibault posent devant des drapeaux du Québec.
Robert Cohen tenant sa médaille et entouré (de gauche à droite) de l'ancien député de Westmount–Saint-Louis, Jacques Chagnon, de l'architecte et fondatrice d'Héritage Montréal et du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert, de l'actuelle députée de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, et de la présidente de la Communauté Milton-Parc, Charlotte Thibault. – photo: équipe de la députée de Westmount–Saint-Louis
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C’est la députée de Westmount–Saint-Louis, Jennifer Maccarone, qui a décerné à l’avocat Robert Cohen la médaille de l’Assemblée nationale, lors d’une cérémonie qui s’est tenue au Centre multiethnique Saint-Louis. 

«Robert Cohen a consacré sa carrière au service des autres avec intégrité, vision et détermination», indique l’élue provinciale pour justifier son choix. Elle évoque du même coup les efforts de renforcement communautaires du lauréat et sa volonté de «promouvoir le bien commun». 

«Son leadership dans le domaine du logement abordable, son engagement envers la préservation des communautés et son influence, tant au Québec, au Canada, qu'à l'échelle internationale, ont laissé une empreinte durable», poursuit-elle, disant avoir été privilégiée de souligner les «contributions exceptionnelles» de M. Cohen.

Une expérience «merveilleuse»

De son côté, Robert Cohen dit avoir été surpris que d’anciens complices soient venus d’aussi loin que Vancouver pour assister à la cérémonie. 

«C’était simplement merveilleux comme expérience», confie-t-il, se montrant reconnaissant des efforts qu’a fait Mme Maccarone en ce qui concerne la recherche sur son dossier. «Elle est très généreuse avec les gens.»

La députée Jennifer Maccarone participant à l'ovation de M. Cohen. – photo: équipe de la députée de Westmount–Saint-Louis

Parmi les invités se trouvait l’architecte Phyllis Lambert, qui était au cœur de la lutte pour la préservation du patrimoine bâti de Milton-Parc et qui a rendu hommage à son ancien compatriote. 

Charlotte Thibault, présidente de la Communauté Milton-Parc (CMP), a aussi été invitée à prendre la parole. La CMP est un syndicat de copropriétés, qui avait été mis sur pied en 1987 pour chapeauter les coopératives et OBNL d’habitation, dont l’existence a été rendue possible grâce, entre autres, aux efforts et à l’expertise de M. Cohen.

Sauver Milton-Parc, un effort digne d’une mission lunaire

En 1969 – année du premier alunissage–, après des études en droit, Robert Cohen s’intéresse d’abord aux enjeux affectant l’arrondissement du Sud-Ouest en se joignant à une entreprise d’aide juridique. 

«J’étais impliqué en tant que conseiller juridique dans la création de l’une des premières coopératives d’habitation de Pointe-Saint-Charles», raconte-t-il. «J’ai travaillé avec des collègues qui faisaient des choses qui n’avaient jamais été faites en droit auparavant.»

En 1978, il se laisse tenter par la politique municipale et se présente sous la bannière du Rassemblement des citoyens de Montréal, alors dirigé par Guy Duquette, mais ne réussit pas à se faire élire. 

«Avec le recul, je suis très reconnaissant d’avoir perdu», concède-t-il. «Ça a ouvert la porte pour se rendre à Milton-Parc.»

Là, il joindra ses forces à celles d’individus comme Phyllis Lambert, Lucia Kowaluk et James McGregor, qui ont résisté à la transformation du quartier et freiné la démolition de nombreux immeubles par le promoteur immobilier Concordia Estates. 

Ce dernier, qui avait tout de même réussi à ériger quelques tours de son projet La Cité, avait entamé l’acquisition d'une imposante proportion de bâtiments du quartier dès la fin des années 1950.

L'avenue du Parc vue au soleil couchant, regard vers le nord vu d'un trottoir à proximité de la rue Sherbrooke. On voit trois édifices s'étirer vers le ciel en arrière-plan.
Le projet du complexe La Cité s'est arrêté à sa première phase sur trois. Ses tours marquent tout de même le paysage actuel de Milton-Parc. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Le regroupement citoyen réussit toutefois à faire tourner le vent en sa faveur. Plusieurs immeubles sont réappropriés par la communauté pour créer des coopératives d’habitation.

M. Cohen décrit l'effort collectif historique menant à ce résultat en utilisant l’expression anglaise “moonshot”, soit un projet ambitieux, et le compare à la concertation qui a été nécessaire pour réaliser le projet de mission lunaire Artemis II, plus tôt cette année. 

«Nous nous sommes rencontrés toutes les semaines, pendant six mois», explique-t-il au sujet de la lutte pour préserver les habitations de Milton-Parc au tournant des années 1980.

Un total de 21 coopératives et OBNL d’habitation avaient été créés dans ce contexte.

M. Cohen, qui assumait alors un rôle de direction du Groupe de ressources techniques Milton Parc, avait contribué au projet résidentiel collectif en trouvant les astuces juridiques lui permettant de fonctionner. Susan Altschul, une autre avocate qui deviendrait son épouse, faisait équipe avec lui.

C’est toutefois François Frenette, notaire et professeur à l’Université Laval, qui avait proposé le recours au modèle de copropriété. 

«C’est la seule formule légale qui assure que les propriétés ne seront pas assujetties à la spéculation», souligne M. Cohen, disant avoir anticipé les effets de l’embourgeoisement à venir quelques décennies plus tard. 

De son côté, la Société canadienne d’hypothèques et de logement, qui avait acquis les immeubles concernés avant que les occupants n’en reprennent possession, avait créé un programme reconnaissant les droits acquis des locataires. Celui-ci assurait un certain maintien des loyers à prix abordables. 

«À cause du phénomène Milton-Parc, les droits acquis sont devenus la norme à Montréal et au Québec», affirme M. Cohen.

Milton-Parc, une «bulle» hors du commun

Même s’il n’a jamais élu domicile dans Milton-Parc, et ce, malgré son implication, Robert Cohen se montre encore fasciné par la «bulle» qui s’est développée à travers la communauté et ses différentes initiatives pour améliorer la qualité de vie des occupants du quartier et répondre à leurs besoins. 

Il donne en exemple l’association récréative, la société de développement communautaire, le comité citoyen et même la coopérative de solidarité du Bar Milton-Parc.

Il évoque aussi des valeurs d’entraide à travers la communauté, que ce soit au niveau social, financier, de la santé ou encore de l’éducation.

«C’est une entité qui existe dans le centre-ville de Montréal, dont le fonctionnement ne ressemble à celui d’aucun autre secteur central», résume-t-il au sujet de la coopération qui caractérise la gestion d’habitations, d’organismes et même de locaux commerciaux.

«Non! Au projet de loi 20 qui menace la gestion des coops du quartier» peut-on lire sur une banderole attachée à deux rampes d'entreé.
Une banderole affichant une opposition aux modifications à la gestion de coopératives d'habitation proposées par le gouvernement de la Coalition avenir Québec, accrochée entre deux entrées de Milton-Parc, au printemps dernier. Le gouvernement provincial avait renoncé au projet de loi concerné quelques semaines plus tard. – photo: Devin Ashton-Beaucage

D’autres efforts lunaires nécessaires

Revenant au concept de “moonshot”, Robert Cohen estime que des efforts semblables à ceux auxquels il a contribué au tournant des années 1980 sont nécessaires sur deux fronts. 

Le premier est la crise de l’itinérance, que connait intimement Milton-Parc, mais qui se fait également ressentir partout au pays. 

«Si ça prend six mois, avec des rencontres à chaque semaine, qu’il en soit ainsi. Mais nous devons trouver une solution», tranche-t-il.

L’autre front est celui du logement social. 

M. Cohen souhaiterait que des fonds soient rendus disponibles pour rénover le parc locatif existant. Il aimerait également voir naître un programme qui aiderait les organismes gérant des immeubles d’habitation hors marché à racheter des bâtiments en mauvais état auprès de propriétaires privés. 

Notant les préoccupations du premier ministre Mark Carney face à la crise du logement, l'avocat rappelle que le gouvernement fédéral avait coupé son financement voué au logement social dans les années 1990. 

«Ils construisaient 20 000 unités abordables par année, dans les années 1980», souligne-t-il. «Trente-cinq ans plus tard, 700 000 unités auraient été créées si le programme avait été maintenu.» 

«La crise du logement serait inexistante.»

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