Nuit des sans-abri: une première édition exclusive au Plateau

Pour la toute première fois, Le Plateau avait droit à son propre événement dans le cadre de la 37e Nuit des sans-abri. Une variété de kiosques et de services étaient offerts dans une ambiance festive, au parc Lahaie.

Le groupe Scarlet Wives en prestation à la Nuit des Sans-Abri, au parc Lahaie.
Scarlet Wives était le deuxième groupe à monter sur scène, dans un programme de soirée qui comprenait aussi des performances de Videoville, Autre Part et Capable! – photo: Devin Ashton-Beaucage
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«On est là ce soir pour la Nuit des sans-abri, mais surtout pour prendre un moment pour regarder autrement une réalité qui devient trop souvent invisible», a lancé vendredi le directeur général de Plein Milieu, Nicolas Quirion, sur la petite scène installée au cœur du parc Lahaie pour l’occasion.

Cette première édition de la Nuit des sans-abri du Plateau était organisée par Plein Milieu, l’organisme communautaire qui collabore avec l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal pour, notamment, ce qui est de l’entrée en contact avec les personnes en situation d’itinérance.

«Derrière le mot “itinérance”, il y a des personnes, des histoires, parfois des blessures, des rêves, des relations, des pertes, des espoirs et des forces qu’il faut souligner», a enchaîné M. Quirion.

Près de la scène, on avait suspendu une longue banderole blanche sur laquelle on pouvait lire «Rendre visible l’invisible».

«Rendre visible l'invisble» est inscrit sur une banderole accrochée à proximité d'une cinquantaine de spectateurs dans le parc Lahaie.

«Parfois, ce qui nous sépare d’une personne qui dort dehors n’est pas aussi grand que ce que nous aimons croire», a enchaîné la directrice générale de La Maison des Amis du Plateau-Mont-Royal, Jordane Brodeur. «Nous avons tous besoin les uns des autres.»

«Nous ne pouvons à nous seuls créer des logements abordables, augmenter les revenus, transformer les politiques publiques ou garantir l’accès aux services», a souligné de son côté le directeur général de Dîners St-Louis, Maxime Deniger-Lavallée, interpellant la classe politique par la bande.  

Alfred Pagé, du Comité logement du Plateau-Mont-Royal, est venu clore le discours collectif en parlant d’espoir, tout en laissant entendre que la lutte à l’itinérance est l’affaire de l’ensemble de la société.

Musique et reconnaissance

Nicolas Quirion est ensuite demeuré sur scène, troquant son micro pour une basse électrique, alors que les deux autres membres du groupe Videoville le rejoignaient pour entamer la soirée en musique. Scarlet Wives a ensuite succédé au trio instrumental, pour être suivi par Autre Part et Capable!

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Prestation de Scarlet Wives.

«J’adore ça!», s’est exclamée Treena Reaburn, après s’être confiée sur son passé de toxicomane, parsemé d’histoires d’abus, en Ontario. «J’aurais voulu en savoir davantage», a-t-elle poursuivi, disant qu’elle aurait fait la promotion de l’événement.

Jean, de son côté, a dit retenir l’aspect convivial et la «reconnaissance» que permet la Nuit des sans-abri pour les personnes affectées par l’itinérance. N’ayant lui-même pas d’adresse fixe, il s’est rendu sur les lieux où se trouvaient plusieurs organismes locaux qu’il connaissait déjà.

Des kiosques temporaires sont entourés de personnes et ornées de lumières décoratives dans le parc Lahaie.
Quelques kiosques longeant le boulevard Saint-Laurent. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Des kiosques et des services

Justement, en plus de ceux mentionnés précédemment, plusieurs autres organismes liés de près ou de loin à l’itinérance, dont l’Auberge Madeleine, Ma Chambre, la SPCA et Dignité mensuelle, étaient représentés sur les lieux où une dizaine de kiosques avaient été installés. 

Le Chaînon et le Comité logement distribuaient des vêtements du côté nord du parc. De l’équipement associé au camping, comme des bâches, des tentes et des sacs de couchage, ainsi que des produits d'hygiène étaient également offerts. 

À l’autre extrémité, Resto Plateau servait des repas gratuits et des boissons chaudes tout près du kiosque d’Ambulance Saint-Jean.

Sur le boulevard Saint-Laurent étaient garées des fourgonnettes du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) et de la clinique mobile de la Mission Old Brewery. 

«Teste tes drogues», peut-on lire sur une pancarte placée sur le trottoir, à proximité de la fourgonnette du GRIP. La clinique mobile de la Mission Old Brewery Mission est visible en arrière-plan.
Les fourgonnettes du GRIP et de la Mission Old Brewery étaient postées sur le boulevard Saint-Laurent tout au long de l'événement. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Dans le premier cas, on offrait un service d’analyse de substances, dont l’objectif est de prévenir des surdoses. Pour ce qui est de la clinique mobile, elle sert notamment à offrir du soutien pour des démarches administratives variées, comme les demandes de pièces d’identité, la recherche de logement ou encore les déclarations de revenus. 

«Ce soir, principalement, on apporte des boissons chaudes», a toutefois précisé une intervenante au suivi psychosocial attitrée à la clinique mobile, Mirka Levasseur. Son véhicule transportait également des produits d’hygiène et du matériel de consommation stérile prêts à être distribués.

Cela dit, elle a rapporté que, parmi la centaine de personnes qui étaient passées à la clinique mobile au cours de la première moitié de l’événement, la plupart étaient venues pour discuter, découvrir les services et l’équipe et, dans certains cas, prendre un café, un chocolat chaud ou de l’eau.

Myro Le Ber Assiani, acupuncteur·e, pose devant le kiosque de Dans la rue, au parc Lahaie, avec son t-shirt «Acupuncture solidaire».
L'acupuncture peut aider à atténuer différents maux liés à l'itinérance, a expliqué Myro Le Ber Assiani. – photo: Devin Ashton-Beaucage

De l’acupuncture solidaire

Sur la pelouse du parc, les participants de la Nuit des sans-abri du Plateau pouvaient aussi profiter de la Clinique d’acupuncture solidaire qui se trouvait au kiosque de l’organisme Dans la rue. 

«Les gens en situation d’itinérance vivent parfois avec des douleurs chroniques, des traumas qui peuvent être complexes, des engelures et toutes sortes de pathologies qui peuvent affecter leur système», a expliqué Myro Le Ber Assiani, qui offrait des soins sur place.

Selon iel, l’acupuncture peut aider à réguler le système nerveux ou encore à stimuler la circulation sanguine. Les soins proposés suivaient un protocole axé sur les oreilles et censé favoriser la détente, apaiser les douleurs et les envies de consommer, entre autres choses. 

«C’est une approche qui est non invasive. Les personnes n’ont pas besoin de se déshabiller [...] Elles peuvent rester aussi longtemps qu’elles le veulent.»

Jessica Lavoie-Tardif prend la parole sur une petite scène installée au parc Lahaie.
«Ne pas savoir si on peut rester chez soi, dépendre constamment de la disponibilité des autres, vivre sans endroit stable et sécuritaire, c'est aussi une forme d'itinérance», a affirmé Jessica Lavoie-Tardif, de l'organisme Le Chaînon. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Soutien aux femmes sans hébergement stable

«Être en situation d’itinérance, ce n’est pas seulement se demander où on va dormir ce soir. C’est aussi se demander “Comment je vais payer mon prochain loyer?” “Est-ce que je peux rester ici une autre nuit?”», a illustré Jessica Lavoie-Tardif, responsable de l’intervention de milieu et de la cohabitation sociale au Chaînon, dans un discours prononcé entre les performances de deux groupes au programme de la soirée.

«Certaines femmes quittent un milieu violent, sans avoir d’endroit où aller. D’autres y retournent parce qu’elles ne voient pas d’autres possibilités», a-t-elle souligné.

Cette prise de parole, qui notait aussi l’importance des services de soutien aux femmes qui traversent de telles épreuves, a particulièrement touché Nikita Fortin, qui ne connaissait pas Le Chaînon. Elle et son compagnon se sont rendus à l’événement, étant intéressés par les prestations musicales. 

«Je suis une femme trans. J’ai déménagé à Montréal parce que je me suis fait kick out de chez mes parents», a confié celle qui a quitté la Rive-Sud. Elle a dit se trouver en situation précaire dans sa ville d’adoption, où elle peine à se trouver un emploi et à payer son loyer.

Valérie Doran, boisson chaude à la main, pose dans le parc Lahaie, le soir de la Nuit des Sans-Abri du Plateau-Mont-Royal.
«C'est la première édition. On ne connaît pas encore l'impact», a souligné Valérie Doran. – photo: Devin Ashton-Beaucage

«Travailler le vivre-ensemble» dans un contexte festif

«C’est quand même une belle réussite», s’est réjouie Valérie Doran, coordonnatrice responsable du volet itinérance et vivre-ensemble à la Corporation de développement communautaire (CDC) Plateau-Mont-Royal. La CDC, qui sert en quelque sorte d’agent liant entre les différents organismes communautaires du Plateau, a soutenu l’événement. 

Mme Doran a expliqué que des tentatives de créer d'autres éditions propres au Plateau avaient échoué par le passé. Les acteurs locaux s’étaient donc greffés à la version montréalaise, plus large, jusqu'en 2025.  

«C’est la première édition. On ne connaît pas encore l’impact. On ne savait pas à quoi s’attendre», a avoué la coordonnatrice. 

Elle a tout de même dit souhaiter qu’avec sa proximité, cette version locale de la Nuit des sans-abri puisse plus efficacement réunir la population environnante, qu’elle soit logée ou non, dans un contexte festif, et «travailler le vivre-ensemble», tout en mettant en évidence les organismes actifs dans la communauté.

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