Pour la toute première fois, Le Plateau avait droit à son propre événement dans le cadre de la 37e Nuit des sans-abri. Une variété de kiosques et de services étaient offerts dans une ambiance festive, au parc Lahaie.
«C’est une fête pour remercier et redonner à nos clients», explique Cindy Kimchi Ha, la petite-fille de la fondatrice et aujourd’hui la gérante de l’établissement qui célèbre son 50e anniversaire.
Situé au 14, rue Prince-Arthur O., dans Milton-Parc, le restaurant a été fondé en 1976 par la grand-mère de Mme Ha, Hoàng Thị Tuận. D’abord établie sur la rue Sherbrooke O., l’entreprise a déménagé quatre ans plus tard à son adresse actuelle.
«Le quartier Milton-Parc nous a accueillis à grands bras ouverts, puis nous [a] encouragé», explique Mme Ha, qui affirme avoir des clients qui fréquentent le restaurant depuis 45 ans.
Elle indique que le local sur Sherbrooke O. était «beaucoup plus petit», et qu’« il y avait une ligne d'attente pour goûter à la nourriture de [sa] grand-mère».
«Grâce à cette ligne-là, grâce à la communauté, on est encore là», déclare-t-elle.
Pour l’occasion, le restaurant était décoré de ballons et un groupe de musique a assuré l’animation. Un buffet de bouchées vietnamiennes et un bar étaient offerts.
Soutenir la communauté de Milton-Parc au quotidien
Pour Mme Ha, l’entraide entre les clients et la communauté de Milton-Parc est au cœur de la philosophie de l’entreprise.
«J'ai un petit marché dans mon restaurant, des amis, des clients, qui me laissent leurs vêtements pré-usagés. Je les vends entre 1 $ et 5 $, et tout le pot de cet argent-là va à la Banque alimentaire Milton-Parc.»
Vêtements à vendre à l'entrée du restaurant. Photo : Odile Joron
Elle explique que l’entraide s’étend également aux commerçants du quartier, comme la librairie The Word, voisine de Au 14 depuis 46 ans.
«L'année dernière, j'ai [divisé] le pot [en deux]. On a donné une part à la banque alimentaire et [l’autre] à The Word, parce qu'il fallait refaire la fondation [...] qui s’écroulait.»
De l'accueil des réfugiés en 1975 à la solidarité pendant la COVID-19
Durant la pandémie, Mme Ha a offert des restants de nourriture aux personnes en situation d'itinérance du quartier. Sa grand-mère lui a souvent dit que si elle-même avait choisi d’ouvrir un restaurant, c’est qu’elle savait cuisiner, mais aussi qu’elle souhaitait que personne ne manque de nourriture.
Mme Ha partage que pendant «la grosse vague» d’immigration en provenance du Vietnam en 1975, sa grand-mère, arrivée au Canada en 1972, préparait chaque semaine des restants de nourriture et les offrait aux personnes nouvellement arrivées qui «n'avaient pas beaucoup de sous».
Elle explique que son désir d’offrir de la nourriture pendant la pandémie s’inspire de cette histoire.
«La pandémie, c'était une grosse vague. Nos restants, je les préparais, puis j'allais les offrir soit dehors aux itinérants, et beaucoup à La porte ouverte sur avenue du Parc.[...] [Pendant] que tout le monde était en détresse, redonner, ça faisait vraiment chaud au cœur».
Son équipe a offert entre 300 et 400 repas par semaine pendant huit mois.
En retour, les clients ont soutenu le restaurant en achetant des plats à emporter.
«Ils venaient de très loin, mais il y en a aussi qui habitaient dans le coin et qui ne venaient plus [depuis] des années. [...] C'est comme ça qu'on a pu survivre à la COVID.»
Célébration du 50e anniversaire le 17 octobre 2026. Photo : Odile Joron
De fidèles clients
Plusieurs clients fréquentent le restaurant depuis de nombreuses années.
«J’ai rencontré Cindy il y a 25 ans dans un restaurant de sushis sur Mont-Royal. Elle était serveuse le soir, et pour le dîner, elle venait ici», explique Alain Pépin qui fréquente le restaurant tous les vendredis soirs avec son conjoint.
«Elle nous a parlé de sa famille, et on a commencé à venir ici», raconte-t-il.
Arrivée à Montréal en 1996 en provenance du Manitoba, Miriel Robidoux a trouvé du réconfort au restaurant Au 14.
«Quand je suis arrivée, j’ai retrouvé mon village ici, parce que j’allais au salon Tonic sur Saint-Laurent, c'était juste à côté. [...] À chaque fois qu’on rentre, il y a une énergie de longévité, de famille et de communauté.»
Plus qu’un restaurant
Matthieu Lizotte a souvent fréquenté le restaurant lors de ses études à l’Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, situé tout près.
«Il y a une âme dans ce restaurant. Les restaurants qui survivent, c’est parce qu’il y a une relation de communauté et d'entraide. Les gens sont là pour les bonnes raisons. Ils ne veulent pas juste avoir leur nourriture, merci bonsoir.»
Le cofondateur du festival culturel et culinaire vietnamien Chợ Đêm MTL, Charles Nyung, abonde dans le même sens.
«Dans les familles vietnamiennes, les valeurs familiales sont hyper importantes. [...] On oublie souvent que le restaurant, c’est dans le milieu du service. Donc on est au service du public. Et ce n’est plus le public quand ils font partie de la famille.»
Il soutient que la famille de Mme Ha a créé «un point de rassemblement» pour célébrer la culture vietnamienne, mais aussi pour rassembler toutes les communautés.
«Le service, [c’est trouver] comment injecter de l’amour à la population pour qu’elle nous la redonne.»
Pour la toute première fois, Le Plateau avait droit à son propre événement dans le cadre de la 37e Nuit des sans-abri. Une variété de kiosques et de services étaient offerts dans une ambiance festive, au parc Lahaie.
Après la destitution de l’ancienne présidente au mois d’août, une pétition circule depuis le 15 octobre pour que le conseil d’administration (CA) de la Caisse Desjardins Portugaise reflète mieux les origines géographiques de ses membres.