Sécurité sur l’avenue du Parc: un rassemblement pour une artère apaisée
Depuis 2013, 14 personnes, majoritairement des piétons, sont décédées sur cette avenue qui compte jusqu’à huit voies lorsqu’elle traverse Le Plateau-Mont-Royal.
Depuis 2013, 14 personnes, majoritairement des piétons, sont décédées sur cette avenue qui compte jusqu’à huit voies lorsqu’elle traverse Le Plateau-Mont-Royal.
Samedi, le Collectif Apaisons du Parc (CAP) a tenu sa première activité de mobilisation depuis sa création en mai 2026. Celui-ci revendique une avenue plus sécuritaire, accessible à tous les types de mobilité et plus agréable.
Une centaine de personnes s’était réunie vers 16h sur l’avenue du Parc, près de l’intersection avec la rue Villeneuve, pour le «chill-in familial» organisé par le CAP. Cette zone de l’artère était partiellement fermée dans le contexte des compétitions de cyclisme de l’Union Cycliste Internationale qu’accueille la région de Montréal à l’aube de l’automne.
«On n’est pas des urbanistes. On est des rêveurs et des rêveuses. On veut que l’avenue du Parc devienne un endroit qui nous soit accueillant, où on peut se sentir bien», a lancé Raùl Garate qui animait le rassemblement.

«C’est fini le free-for-all pour les voitures», a-t-il clamé lors de son allocution amplifiée, disant vouloir une «avenue apaisée pour les êtres humains».
L’avenue du Parc, une importante artère nord-sud à Montréal, compte de quatre à huit voies lorsqu’elle traverse les quartiers Milton-Parc et Mile End.
Selon des comptages réalisés par la Ville de Montréal, l'intersection des avenues du Parc et du Mont-Royal était empruntée quotidiennement en semaine par près de 22 000 véhicules motorisés, 130 cyclistes et 2800 piétons en décembre 2025.
Les comptages indiquent également que les passages augmentent en été avec une moyenne quotidienne en semaine d’environ 31 000 véhicules motorisés, 1700 cyclistes et 5500 piétons en juillet et août 2024.
«Jusqu’à maintenant, une personne est morte chaque année, depuis 2013 [...] Septembre est le mois le plus mortel sur les rues de Montréal. Donc, faites attention quand vous traversez la rue, parce que la Ville ne vous aidera pas», a averti M. Garate.
Le Collectif Apaisons du Parc répertorie d’ailleurs les noms et les âges des quatorze personnes décédées après avoir été impliquées dans une collision sur l’avenue, depuis 2013. Sur le site du collectif, on détaille également les années des incidents ainsi que les intersections où ils ont eu lieu et les modes de transport qu’utilisaient les personnes défuntes.
Alors que neuf des quatorze victimes se promenaient à pied, quatre circulaient à vélo et une était en voiture.
Le site du CAP répertorie également 26 incidents menant à des blessures graves, entre 2014 et 2025, sans toutefois identifier les victimes.

En plus d’utiliser le tronçon de rue comme espace de loisir et de socialisation, les participants du rassemblement ont aussi été invités à prendre la parole. Deux résidentes du secteur ont répondu à l’appel pour exprimer à quel point elles étaient terrifiées à l’idée que leurs enfants traversent l’artère à vélo.
«Ça ne devrait pas être politique», a tranché l’une d’entre elles, Rani Cruz, souhaitant que les infrastructures sécuritaires ne soient pas liées à des tendances partisanes.
Une autre dame s’est aussi dite inquiète, mais en tant que grand-mère.
«En même temps, je suis certaine que si on se rassemble, on va changer les choses», a-t-elle toutefois lâché avec optimisme.
Un père de famille a décrit l’avenue du Parc comme «une immense barrière [...] dans le tissu urbain».
«Je me souviens encore de l’époque où il y avait l’échangeur du Parc-des Pins. C’était impossible de se rendre au centre-ville. Je me souviens très bien de la bande cyclable sur Saint-Urbain. Au début, c’était révolutionnaire.»
Il a cependant déploré que la Ville de Montréal n’ait pas montré autant d’audace en ce qui concerne l’avenue du Parc et n’a pas profité de travaux importants pour réaménager l’artère. Celle-ci devrait être remodelée à l’avantage des résidents riverains et pour «la sécurité de tout le monde», selon lui.
Claudine Schirardin, impliquée dans le Comité des citoyens du Mile End depuis plus de 40 ans, a quant à elle rappelé le décès de Yakov Austerlitz, survenu au coin de l’avenue du Parc et de la rue Bernard, en novembre 2024. Il avait 11 ans.
C’est d’ailleurs cet incident qui a mené à l’organisation d’une assemblée citoyenne au Théâtre Rialto en mai 2025 pour discuter d’enjeux de sécurité piétonne dans le Mile End en présence d’élus municipaux et du chef du poste de quartier 38 du Service de police de la Ville de Montréal.
«On a l’intention de continuer en ce sens et de faire avancer la situation», a avisé Mme Schirardin.

«L’avenue du Parc, c’est un peu un dinosaure», a illustré le professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Yan Kestens, qui avait été invité à prendre la parole lors du rassemblement.
«C’est un aménagement d’une autre époque. Aujourd’hui, si on devait refaire ou faire un axe majeur comme ça dans une ville contemporaine, c’est sûr qu’on ne le ferait pas comme ça», a ajouté le professeur, qui est également titulaire de la Chaire en santé publique appliquée: interventions urbaines et santé des populations.
Soulignant qu’il n’est «ni aménagiste ni ingénieur», le professeur Kestens a énuméré «quelques ingrédients» bénéfiques au «bien-être et à la santé» et utiles dans les contextes des crises climatique, démocratique et «de confiance» qui marquent notre époque.
En ce sens, il a nommé «un système de transport en commun structurant, une piste cyclable efficace [et] des trottoirs élargis, qui invitent à s’y promener».
«C’est moins d’émissions de gaz à effet de serre. C’est des Montréalais plus en santé.»
À ce sujet, il a d’ailleurs noté que la Ville de Paris avait pu réduire les émissions de particules fines sur son territoire de 55%, depuis 2005, grâce à des mesures d’apaisement.
Le verdissement de l’artère pourrait également répondre aux mêmes objectifs, a-t-il soutenu, laissant entendre qu’une telle démarche favoriserait la socialisation, renforçant ainsi le tissu social.
M. Kestens a rappelé que les axes routiers favorisant la présence de piétons et de cyclistes peuvent être aussi bénéfiques pour les commerces qui s’y trouvent.
«Ces axes deviennent alors de véritables destinations où il fait bon se promener en famille et entre amis.»
En juin, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, avait annoncé le lancement d’un chantier de réflexion sur le réaménagement de l’avenue du Parc, où la sécurité devra être prise en considération.
Cette annonce arrivait quelques semaines après le rapport de la coroner Marie-Claude Boutin sur le décès d’Amanda Augstsson, survenu en septembre 2025. Mme Boutin avait conclu que «la marge de manœuvre et le niveau de sécurité des cyclistes sont insuffisants» sur l’avenue du Parc.
C’est ce même rapport qui a provoqué la création du Collectif Apaisons du Parc. Le manifeste du CAP avait cumulé 350 signatures au moment d’écrire ces lignes. Il servira à faire valoir les revendications du collectif devant les représentants de la Ville et des arrondissements concernés.
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