Viaduc Rosemont-Van Horne: démolition, reconstruction ou transformation?

Des résidents du Plateau et des experts se sont réunis pour discuter de l’avenir du viaduc Rosemont-Van Horne qui arrive en fin de vie utile en 2030.

Prise du vue de l'extrémité nord-ouest du viaduc, avec l'entrepôt Van Horne s'étirant sous un ciel bleu, en toile de fond.
La décisions prises concernant l'avenir du viaduc Rosemont-Van Horne pourraient transformer la vie dans le nord du Mile End, tout comme le projet de réhabilitation de l'entrepôt Van Horne, que longe la structure routière. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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«Quel avenir doit-on réserver au viaduc Rosemont-Van Horne?» 

C’est cette question qui a guidé les échanges lors d’une table ronde sur le viaduc Rosemont-Van Horne organisée par Mon Plateau le 15 mars dernier à la bibliothèque Mordecai-Richler.

Celle-ci a rassemblé un public d’une cinquantaine de personnes ainsi que plusieurs experts: l’historien Yves Desjardins, le photographe Thomas Bouquin, l’organisateur de raves Félix Thouin et le professeur en architecture et urbanisme Nik Luka.

Les quatre panélistes sont assis côte à côte.
Yves Desjardins prend la parole entouré de Thomas Bouquin, à sa droite, ainsi que de Félix Thouin et Nik Luka, à sa gauche. – photo: David Harvey

Le remplacement du viaduc: un projet qui pourrait atteindre 1 milliard $

La Ville de Montréal étudie différents scénarios pour le futur du viaduc de 800 mètres qui relie La Petite-Patrie et le Mile End. Celui-ci pourrait être transformé, démoli ou simplement reconstruit.

Selon l’option choisie, la conseillère Marie Plourde, qui siégeait parmi le public, a expliqué que la Ville estime dépenser entre 200 et 300 millions de dollars. 

Elle croit cependant qu’il s’agit d’une «estimation un peu jovialiste» et que la facture, selon l’option de remplacement choisie, se rapprochera de 1 milliard $.

Mme Plourde appuie cette prévision sur les complications rencontrées sur le chantier du Centre de transport Bellechasse, situé tout près du viaduc, et l'«explosion des coûts» en construction.

S’inspirer de l’Europe pour créer des infrastructures polyvalentes

Dans ce contexte, le professeur Nik Luka estime qu’il faut se demander «comment est-ce qu’on peut rendre plus rentables et polyvalents nos espaces d'infrastructure?»

En guise de réponse, il a offert en exemple un projet d’urbanisme de dalle sur lequel il avait travaillé à Bâle, en Suisse. 

Un collège, un centre de tri postal ainsi que des bureaux avaient été construits sur une surface soutenue au-dessus de la gare de triage du réseau de chemin de fer fédéral.

Image tirée de la présentation de Nik Luka. La plateforme créée pour surélever le niveau du sol au-dessus de celui des voies ferrées de la gare de triage de Bâle est identifiée par la flèche rouge.

«C'était tout un bâtiment qui était en plateforme. C'était un beau défi pour les ingénieurs, mais on a réussi.»

D’ailleurs, en ce qui concerne le viaduc Rosemont-Van Horne, M. Luka et les représentants de la firme In Situ avaient exprimé leur désir de voir l’infrastructure être davantage liée aux structures et éléments environnants lors d’un entretien préalable à la table ronde.

«La meilleure structure, c’est celle qui existe déjà»

Serait-il également possible de modifier l’usage du viaduc et d’en restreindre l’accès aux véhicules pour donner davantage de places aux autres moyens de déplacement et prolonger la vie utile de cette infrastructure?

«Si on dit “fini la circulation des voitures, etc., sur le viaduc”, on peut aller beaucoup plus loin», a affirmé M. Luka en notant que le sel de déglaçage des routes joue un rôle important dans la dégradation des infrastructures.

«La meilleure structure, c’est celle qui existe déjà», a-t-il soutenu.

Le viaduc est emprunté quotidiennement par 15 000 voitures, 300 camions, 270 autobus et 800 piétons, selon les données fournies par la conseillère Marie Plourde.

L’achalandage demeurerait toutefois modeste sur cette infrastructure à l’extérieur des heures de pointe, ont souligné Nik Luka et Yves Desjardins.

«Le principe qu’on utilise maintenant, en aménagement, c’est de réclamer tranquillement l’espace qui était réservé auparavant à la circulation véhiculaire», a rappelé M. Luka.

M. Lukas tient un micro devant quelques rangées de spectateurs, alors que la projection d'une image de New York est diffusée sur un écran à ses côté.
Nik Luka présentant le High Line de New York. – photo: David Harvey

Éviter que le verdissement mène à l'embourgeoisement

Une membre du public a émis le souhait de voir la structure végétalisée et conçue avec les changements climatiques en tête. Cependant, Nik Luka a averti que le verdissement menait souvent à de l’embourgeoisement.

Il a donné comme exemple le High Line, un parc linéaire construit sur d’anciennes voies ferrées aériennes à New York, qui a eu un «impact gentrificateur énorme».

Une solution identifiée lors de la table ronde pour mitiger ce problème est le projet de quartier Une Bellechasse gardée pour le bien commun !. Celui-ci vise à créer plusieurs logements sociaux du côté nord du viaduc.

Un plan d'aménagement du terrain de la Société de transport de Montréal (STM), situé à l'intersection des rues Bellechasse et Saint-Denis, est d’ailleurs en cours de conception. La fin de la démarche est prévue en 2027.

Garder le viaduc le Rosemont-Van Horne pour préserver une vie sous le pont

Au-delà des aspects techniques, Thomas Bouquin et Félix Thouin ont parlé de la vie et des activités culturelles observables sous le viaduc, suscitant plusieurs réactions positives du public. 

«Je passe très souvent sous ce viaduc et je suis toujours ravie quand je vois qu’il y a des activités musicales, ou même des cyclistes ou des gens qui s’amusent», a indiqué une dame. 

Un autre homme a dit avoir été forcé d’arrêter son jogging à cause d’un rave dont il était incapable de détourner son attention.

Une dame de dos, prend la parole au micro, alors que plusieurs autres membres du public se retournent dans sa direction.
De nombreux commentaires et questions ont été émis par le public lors de l'activité, qui s'est tenue à la bibliothèque Mordecai-Richler. – photo: David Harvey

Cela dit, réagissant au fait que M. Thouin a dit ne pas avoir eu connaissance de plaintes soumises en lien avec les activités sur ces lieux publics, un homme dans la salle a signalé que les événements musicaux pouvaient bel et bien déranger le voisinage.

«Vous dites que ça ne fait pas de bruit, mais pour tous les gens qui habitent autour, ça résonne sous le viaduc. Ça se propage et ça empêche de dormir la nuit», a-t-il avisé.

Il a également noté que des activités criminelles et sexuelles se déroulent sous le viaduc et dans les environs, selon ses dires.

«Je ne pense pas qu'en enlevant le viaduc, on va enlever le problème de l'itinérance, ou  ceux que vous venez de citer, malheureusement», a répondu Thomas Bouquin. 

«Si on veut juste combattre deux ou trois nuisances, on risque de perdre tout ce que ça peut apporter de positif.»

«Faites entendre vos voix»

La question du pouvoir citoyen pour façonner l’avenir du viaduc Rosemont-Van Horne s’est invitée dans la discussion. 

Nik Luka a incité le public à contacter ses représentants des différents paliers politiques, mais aussi de s’impliquer au sein de groupes citoyens et de tables de concertation afin de faire valoir ses préoccupations.

Un membre du public a souligné le droit des citoyens d’exiger que l’Office de consultation publique de Montréal se penche sur certains sujets

De son côté, Marie Plourde, qui siège dans les rangs de l’opposition à l’hôtel de ville, a dit s’attendre à ce qu’«une forme ou une autre de consultation publique» ait lieu.

Alors qu’est lancé le compte à rebours vers 2030, date de la fin de vie utile du viaduc, la conseillère a rappelé l'importance de la parole citoyenne.

«Faites entendre vos voix, parce que ça va avoir un impact majeur.»

Le chemin de fer: un obstacle immuable à contourner

Le viaduc Rosemont-Van Horne ne relie pas seulement des quartiers, il permet également de passer par-dessus la voie ferrée du Canadian Pacific Kansas City (CPKC).

Puisque la modification de la trajectoire du chemin de fer semble improbable, d’après ce qui a été dit lors de l’événement, il faudra continuer de s’y adapter et maintenir ou créer d’autres options de contournement.

L’idée de l’ajout d’un passage à niveau a été abordée, mais l’historien Yves Desjardins a souligné que l’Office des transports du Canada, qui a le dernier mot dans ce dossier, avait déjà rejeté la demande formulée par Montréal en 2013.

Et ce, même si «des passages à niveau piétonniers avec ouverture et fermeture automatique des portes quand un convoi ferroviaire arrive sont beaucoup plus sécuritaires que tous les passages illégaux qui continuent à être utilisés par des milliers de personnes chaque jour», a-t-il ajouté.

Une femme est d’ailleurs morte sur la voie ferrée, heurtée par un train, deux semaines après la table ronde.

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