École Saint-Enfant-Jésus: l’abolition d’un poste de direction est contestée

Des nombreuses voix s’élèvent contre la décision du CSSDM qui justifie son choix par la baisse des inscriptions dans cette école du Mile End.

École Saint-Enfant-Jésus: l’abolition d’un poste de direction est contestée
Ruba Ghazal, Jessica Barker et Diane Pominville réunies devant l'école Saint-Enfant-Jésus. – photo: Devin Ashton-Beaucage
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L’abolition du poste de direction adjointe de l’école Saint-Enfant-Jésus provoque une onde de mécontentement. En plus de servir d’école de quartier, l’établissement d’enseignement dessert également les élèves avec des déficiences auditives et visuelles de Montréal.

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) explique que l’élimination du poste a été faite en fonction du nombre insuffisant d’élèves inscrits depuis deux ans. Ils sont moins de 300.

«Cette règle s’applique à toutes les écoles du CSSDM», souligne le responsable des relations de presse, Alain Perron, évoquant une «répartition équitable des ressources». «Par ailleurs, il est important de rappeler que certaines écoles ayant des volets particuliers fonctionnent aussi sans direction adjointe.»

«Ils ont joué au fichier Excel», déplore Jessica Barker, mère de deux élèves de Saint-Enfant-Jésus. «Ils ont ouvert des documents et ont décidé de se cacher derrière un concept d’équité.»

«Je pense qu'il faut parler d'égalité des chances. Les enfants avec des besoins particuliers ont besoin d'un accompagnement particulier parce que, sinon, ils n'auront pas la chance à la réussite.»

Anticipant un potentiel regain d’inscriptions, Mme Barker craint que l’école perde l’expertise qu’avait acquise sa directrice adjointe.

Elle n’est pas seule à s’indigner. Une pétition lancée le 30 avril par Aude Besrest, parent et vice-présidente du conseil d’établissement de l’école, demandant au CSSDM de revenir sur sa décision, avait recueilli près de 1000 signatures au moment d’écrire ces lignes.

«Couper dans l’os»

«Il y a beaucoup de besoins, qui n’existent pas dans une école régulière et qui sont liés à la particularité de la surdité ou de problèmes au niveau visuel», souligne pour sa part l’enseignante retraitée Diane Pominville. «La communication avec les élèves vivant avec une surdité demande des adaptations nombreuses.»

Mme Pominville a enseigné 47 ans à l’école Saint-Enfant-Jésus, notamment auprès des jeunes malentendants. Elle dit d’ailleurs avoir connu une époque avec deux postes de direction adjointe.  

«Il y a beaucoup de choses à faire», résume-t-elle. «Je ne crois pas qu’une seule personne va arriver à faire tout ça.»
M. Fortin prend la parole dans le gymnase de l'école.
La décision du CSSDM verrait le directeur Michaël Fortin se débrouiller sans l'aide de la directrice adjointe de l'école Saint-Enfant-Jésus. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Ruba Ghazal, députée de la circonscription provinciale de Mercier, où est située l’école primaire, évoque l’idée de repenser le système basé sur les seuils minimaux d’inscriptions. 

«Ce n’est pas comme si on était en train de couper dans le gras. On coupe dans l’os», illustre-t-elle. «Dire qu’il n’y aura pas d’impact sur les services aux élèves, c’est rire de nous.»

Celle qui est aussi co-porte-parole de Québec solidaire a fait parvenir une lettre à la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, mercredi, l’avisant de «la perte d’une ressource de gestion expérimentée [qui] risque également d’accentuer la pression sur les équipes et, ultimement, de nuire à la qualité des services offerts aux élèves les plus vulnérables.»

Du côté du CSSDM, Alain Perron assure que «l’offre de services aux élèves demeure la même», malgré les réajustements à prévoir sur le plan administratif.

«En plus du personnel enseignant, l’école Saint-Enfant-Jésus peut compter notamment sur une psychoéducatrice à temps plein, quatre orthophonistes à temps plein, deux orthopédagogues et quatre techniciens en éducation spécialisée.»

«[D]ans le cadre des mandats régionaux en déficience auditive et visuelle, la direction siège à deux comités de référence et assure la gestion de plusieurs dossiers par année provenant du CSSDM, du CSSPI et du CSSMB», souligne le personnel de l'école Saint-Enfant-Jésus. – photo: Devin Ashton-Beaucage

Une école de quartier au mandat unique

Dans une lettre destinée au CSSDM en provenance de l’«ensemble du personnel» de l’école Saint-Enfant-Jésus, on soutient que l’abolition du poste de direction adjointe ne tient pas compte de la situation particulière de cet établissement scolaire, qui a des «mandats régionaux à l’échelle de l’île de Montréal». 

«La direction doit superviser plus de 80 employés, soit une charge nettement supérieure à celle d’une école régulière avec ou sans classes spéciales ayant le même nombre d’élèves.» 

La lettre affirme d’ailleurs que le poste de direction adjointe, qui existe depuis plus de 40 ans, avait été maintenu dans le passé après une analyse soulignant le caractère essentiel de celui-ci.

«L’abolition de ce poste entraînerait inévitablement une surcharge importante, compromettant la qualité de la gestion et, par conséquent, celle des services offerts aux élèves.»

Une décision dénoncée par le conseil d’établissement de l’école

Du côté du conseil d’établissement de l’école, une résolution défavorable à l’abolition du poste de direction adjointe a été adoptée à l’unanimité, le 4 mai dernier.

Parmi les considérations incluses dans le texte de résolution, on souligne la «complexité organisationnelle» liée au mandat en déficience auditive et visuelle, qui exige des services individualisés et la gestion de transports adaptés. 

On y associe également le «rôle essentiel» de la direction adjointe à la coordination des services spécialisés et au «soutien direct» aux «élèves vulnérables».


Selon nos informations, un représentant du CSSDM était présent lors d’une rencontre extraordinaire du conseil d’établissement, au début du mois de mai. Il se serait engagé à fournir une réponse officielle, après qu’on lui ait lu la lettre du personnel à voix haute. 

Texte de la résolution du conseil d'établissement de l'école Saint-Enfant-Jésus.

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